L’inertie thérapeutique est considérée par le professeur Halimi comme une sorte de renoncement ou, plutôt, comme une attitude facile d’habituation à une situation donnée qui pourrait constituer une perte de chance pour le patient. Il est vrai que cette attitude peut exister et je ne saurais conseiller à mes collègues une pratique qui apporte beaucoup : l’échange programmé de patients. Je m’explique : Monsieur A est diabétique non id et je le suis depuis dix ans ; je lui dis, pour le prochain rendez-vous trimestriel, de prendre rendez-vous avec mon associée... Pour avoir un regard neuf.
Je reviens à mon propos : dans les relations médecin patient tissées lors de pathologies chroniques, et hormis de patentes erreurs diagnostiques et/ou thérapeutiques, on arrive souvent à un point d’équilibre entre les exigences du médecin (par exemple le comblement du trou constaté entre les recommandations et les pratiques qui ne peut manquer de rendre le médecin "nerveux", coupable, ou agressif à l’égard de son patient, ou encore arrogant dans le genre : "Je vous dis la science et vous vous détruisez"...) et les exigences du patient (moins de contraintes, moins de souffrances, plus d’espérance de vie), ce point d’équilibre étant une résultante complexe entre les désirs des deux êtres humains se rencontrant dans le cabinet et un pur effet du hasard de la vie : rencontrer quelqu’un.
Et ainsi, lutter contre l’inertie thérapeutique, comme le suggère le professeur Halimi, revient parfois à rompre cet équilibre entre la science pure et dure (et Dominique Dupagne a souligné combien les recommandations pouvaient être des insultes à la science) et la vie du patient, c’est à dire son acceptation raisonnée de "sa" maladie (le style de vie), sans qu’il existe aucune preuve que les modifications proposées puissent entraîner un quelconque bénéfice en termes de morbidité et / ou de mortalité.
Vive l’inertie !