Accueil Des économies qui ne coûtent rien La presse médicale va mal, c’est parfait !
Publié le
7 juillet 2012

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Auteur :
Dr Dominique Dupagne

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La presse médicale va mal, c’est parfait !
Une source d’économies simple, immédiate et gratuite

La presse médicale gratuite constitue une force promotionnelle intense pour les médicaments inutiles, dangereux ou trop chers. Il suffirait de réexaminer quelques dossiers de commission paritaire pour faire un ménage salutaire dans la presse médicale professionnelle.

Ce billet inaugure une nouvelle rubrique sur Atoute : "Les économies qui ne coûtent rien". Ce pléonasme apparent décrira des mesures qui permettent réellement à notre système de santé de faire des économies, et qui sont rarement mises en oeuvre car elles sont les seules à léser des intérêts privés proches des pouvoirs politiques.

Je vais aborder l’épineux problème de la presse médicale, et plus particulièrement de la presse professionnelle diffusée gratuitement aux médecins. Enfin, pas n’importe quels médecins : ceux qui prescrivent en moyenne quelques centaines de milliers d’euros de médicaments par an, c’est à dire la grande majorité d’entre eux.

Le concept de la presse médicale professionnelle gratuite est apparu dans les années 70, pour accompagner l’essor du marketing pharmaceutique alors triomphant.

Dans un premier temps, les revues médicales traditionnelles qui vivaient en grande partie de leurs abonnements ont augmenté la place des pages de publicité et ont conservé leur indépendance rédactionnelle. Mais rapidement, deux phénomènes sont venus dévoyer l’éthique journalistique et augmenter par ricochet les dépenses de santé.

Le premier est simple et trivial : le payeur devient rapidement le décideur, et il est très difficile de garder son indépendance éditoriale. C’est le drame de la presse en général et je ne m’étendrai pas sur cet aspect.

Le deuxième est plus pervers et bien plus grave. Face à la manne publicitaire, certains éditeurs ont décidé il y a une quarantaine d’années d’abandonner le principe de la diffusion payante (comme le font depuis peu quelques quotidiens grand public). En diffusant gratuitement leur journal à la majorité des médecins prescripteurs, ils ont fait exploser leur audience et donc leurs revenus publicitaires. Ces journaux sont devenus des sources de revenus considérables pour leurs propriétaires, surtout entre 1980 et 2000 (depuis 2000, l’irruption des médicaments génériques a asséché les budgets publicitaires et ces supports survivent avec difficulté).

L’impact de la diffusion massive de ces journaux gratuits a été double :
- Ils ont intensifié la visibilité de la publicité pharmaceutique et du publi-rédactionnel pour les prescripteurs.
- Ils ont ruiné les revues qui continuaient à vivre en grande partie de leurs abonnés et à respecter une charte éthique pour protéger l’indépendance de leur contenu. Les médecins, inondés d’informations gratuites, n’ont pas renouvelé leurs abonnements aux revues éthiques. Le secteur s’est donc concentré dans les années 80-90. Les revues éthiques exsangues ont été rachetées par les groupes éditant les journaux gratuits, ou ont disparu. Le modèle gratuit s’est généralisé, à l’exception notable des revues Prescrire et Pratiques, villages gaulois résistant avec succès à l’invasion du gratuit.

Le coût induit de cette omniprésence de la publicité et du publi-rédactionnel est faramineux, à défaut de pouvoir être calculé précisément. Cette promotion était bien sûr orientée vers la prescription de médicaments inutiles, coûteux, chers ou dangereux, c’est-à-dire ceux qui ont besoin de cette promotion. Il s’agit au minimum de plusieurs milliards d’euros par an et nous avons des preuves solides concernant des comportements inacceptables de journalistes médicaux aux ordres d’industriels du médicament.

Presque tous les journaux médicaux de qualité qui ont tenté de se lancer depuis ont été confrontés à la même difficulté : impossible d’équilibrer son budget avec ses seuls abonnés, tant la concurrence du gratuit sponsorisé est forte. Certains ont disparu (EBMJournal) d’autres sont menacés (Médecine).

Or, faire cesser cette situation détestable autant que coûteuse est très simple : il suffit d’appliquer les lois et règlements existants.

Ces journaux bénéficient d’aides facilitant la diffusion de la presse. Cette aide est accordée après avis de la Commission paritaire des publications et agences de presse(CPPAP) qui attribue à la publication un "numéro de commission paritaire". Il est très difficile de survivre sans cet agrément, notamment du fait du coût postal qui devient alors prohibitif.

Or, un des critères d’attribution de cette aide est l’existence d’une diffusion payante significative de la publication, au numéro ou par abonnement. Par un mystère qui m’échappe, les revues médicales diffusées gratuitement ont réussi à convaincre la Commission paritaire de l’existence d’abonnés payants. Lors d’une recherche récente pour une de ces publications (appel Twitter largement diffusé, principales listes de discussion médicales), il ne m’a pas été possible d’identifier un seul abonné payant pour ce journal.

Il suffirait donc que la CPPAP réexamine avec la plus grande attention les comptes des journaux et revues médicales professionnelles pour qu’un grand nombre d’entre elles perdent leur agrément et disparaissent.

Cette disparition aurait un double effet positif :
- Diminuer la pression publicitaire sur les prescripteurs
- Inciter les médecins à s’abonner à des revues de qualité

Chiche ? Il suffit qu’un ministre en fasse la demande et d’être un peu exigeant vis-à-vis des justificatifs produits par ces journaux et revues...



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