Accueil Santé publique Boîte à idées pour Ministre de la Santé
Publié le
13 mai 2017

Imprimer ou lire sur mobile

Auteur :
Dr Dominique Dupagne

Voir sur Google


Entrez votre email pour être averti des nouveaux articles
sur Atoute



Dans la même rubrique :

L’obligation vaccinale est une fausse bonne idée
Le dépistage du cancer colorectal est-il utile ?




Boîte à idées pour Ministre de la Santé
Suggestions pour notre futur Ministre

Les suggestions qui suivent sont fondées sur 30 ans d’observation de notre système de santé et d’une réflexion qui déborde largement le périmètre sanitaire. Cette analyse s’est enrichie d’interactions permanentes et intenses avec les patients et les soignants, notamment sur le forum Atoute et sur les réseaux sociaux.

J’écris ces lignes alors que l’identité du ou de la futur(e) Ministre de la Santé n’est pas connue [1].

Ce billet décrit les grandes lignes de ce que pourrait être une révolution sanitaire vertueuse, c’est à dire tout le contraire du désastre mis en oeuvre par nos précédent(e)s ministres avec une obstination pathétique dans le choix des pires solutions.

Voici donc quelques suggestions iconoclastes qui font la synthèse de 15 ans d’articles de ce blog (vous pouvez ajouter votre nom en signature pour les approuver ou les critiquer en commentaire).

L’hôpital

Je commence paradoxalement par le domaine que je connais le moins, mais les suggestions sont simples :
- Ne pas lancer une nouvelle réforme nationale mais tenter des expériences locales, en soutenant des initiatives ou en cherchant des sites volontaires pour expérimenter de nouvelles approches managériales.
- Arrêter de croire que l’on améliore des structures lourdes en les administrant. L’administration hiérarchique d’une organisation échoue dès qu’elle dépasse quelques centaines d’individus. Au delà, il faut faire appel à des mécanismes d’autorégulation fondés sur les relations humaines, comme dans les hôpitaux magnétiques. L’analyse du fonctionnement du groupe Mayo Clinic par Antoine Flahaut est très instructive [2] La "Qualité" à la française, avec son cortège de procédures et d’indicateurs est le moyen le plus sûr pour ruiner l’hôpital, humainement et financièrement.

Les déserts médicaux

Une page se tourne définitivement : il n’y aura plus assez d’installations de médecins libéraux pour faire face aux besoins de la population. Il est impossible, par définition, de forcer des médecins libéraux à s’installer là où ils ne veulent pas aller. Tout au plus peut-on interdire l’installation dans les rares cantons considérés comme suffisamment dotées, mais il est illusoire de penser que cette contrainte suffira à forcer leur installation en milieu rural : il y a trop d’offres de postes salariés en ville par rapport au nombre de médecin formés.

Avec mes amis les médecins blogueurs, nous avions fait des propositions il y a quelques années, peu suivies malheureusement malgré l’enthousiasme qu’elles avaient soulevé chez les jeunes médecins. Il serait intéressant de les relire avec attention.

J’ai proposé plus récemment une solution qui paraît incontournable : des contrats en CDD de médecins salariés, faciles à mettre en oeuvre et donc immédiatement efficaces. Ces contrats permettraient de remplir les Maisons Médicales construites à grands frais, mais qui restent désespérément vides. Cela ne signifie pas qu’il faut remplacer les médecins libéraux par des salariés, ce serait une très mauvaise idée, mais qu’il faut proposer des offres salariées limitées dans le temps là où les médecins libéraux ne veulent plus passer leur vie entière.

Les dépenses de santé

Il existe des solutions simples pour économiser des dizaines de milliards d’euros, je les avais listées ici. Certes, elles demandent un certain courage politique, mais il semble que ce courage soit une valeur forte chez les "marcheurs".

La qualité des soins de ville

Le choix qui a été fait par vos prédécesseurs repose sur la rémunération "à la performance", c’est à dire fondée sur des indicateurs de pratique conformes aux recommandations. Il est difficile de faire pire... Une littérature abondante démontre que cette approche enrichit surtout les escrocs, désespère les vertueux, n’a aucun effet positif sur la qualité des soins et augmente les coûts. Il y a moyen de faire mieux, à condition de changer d’approche et d’essayer une "Qualité 2.0".

Télémédecine et santé connectée

Le grand marché des miroirs aux alouettes ! La majorité des projets sont sans intérêt et ne cherchent qu’à capter des budgets publics. La révolution numérique repose sur le web qui permet l’accès à la connaissance, sur les réseaux sociaux qui connectent les individus, et sur le smartphone qui permet de photographier et d’échanger en quelques secondes. Le reste prête le plus souvent à rire :

Les outils nécessaires à la pratique de la télémédecine sont déjà là, c’est le cadre légal qu’il faut adapter.

Engorgement des urgences

Il existe une solution simple qu’il faut imposer malgré les réticences des hospitaliers [3] : des Maisons d’Urgences en face des hôpitaux, gérées par les médecins généralistes universitaires et leurs internes, qui pourront décharger les urgences hospitalières de toutes les pathologies bénignes. Elles fonctionneront de 20h à 3h du matin, et la consultation sera en tiers-payant cotée 3 C (69€) ce qui permettra à la fois de les auto-financer et de réaliser une économie puisque le passage d’un malade au urgences revient beaucoup plus cher à la collectivité.

Système de remboursement trop complexe, mille-feuille de la protection sociale

Le système actuel qui associe assurance obligatoire, complémentaire obligatoire et surcomplémentaire, associé aux franchises et aux prises en charge à 100% est devenu absurde et incompréhensible autant que coûteux en gestion. Une mise à plat s’impose.

Bon courage Monsieur ou Madame la Ministre.

Liens d’intérêt : je gère le site http://www.mesconfreres.com/

Notes

[1] Je ne suis pas candidat et j’espère qu’il s’agira de Didier Tabuteau, qui possède la sagesse que confère l’expérience des échecs et des espoirs déçus.

[2] Série de billets qui commence ici.

[3] Ces réticences sont liées entre-autres au fait que la gestion des pathologies bénignes est très rentable pour l’hôpital et permet de réduire leur déficit



Tweet





Descriptif :

Signez ici pour appuyer ces propositions (et commentez éventuellement vos divergences)

Identifiants personnels
Lien hypertexte :

Un message, un commentaire ?


12 Signatures

Date Nom Message
05-07-2017 Elie Arié Il manque quand même l’excellente suggestion de Didier Tabuteau et Martin Hirsch : créer une assurance-maladie universelle, en faisant basculer les complémentaires , morcelées entre plus de 500 organismes qui couvrent 95 % de la population et financent près de 14 % des dépenses de soins, dans la "Sécu", qui couvre aujourd’hui 100 %des résidents légaux en France, et finance environ 77 % des dépenses de soins. Cette complexité a un coût faramineux. L’analyse faite par un rapport de 2013 est édifiante. L’Assurance-maladie, pour rembourser 150 milliards par an, dépense 6,5 milliards en gestion (4 % de ses coûts). Les assurances complémentaires dépensent également 6 milliards de frais de gestion pour couvrir 32 milliards de dépenses maladie (19 % !), avec une variabilité forte selon les organismes.
La fusion de ces deux étages permettrait de diviser par deux les frais de gestion de l’ensemble de l’Assurance-maladie, et donc d’économiser environ 6 milliards d’euros par an, sans affaiblir la protection d’aucun assuré et, au contraire, en améliorant l’accès aux soins.
29-05-2017 Michel
19-05-2017 Oliaki Bonsoir, D accord avec cela mais je souhaite aussi une sorte d uberisation des ambulance car pas évident quand ont a pas de voiture et blessé ou mal psychologiquement d aller au urgence. Une fois j ai eu le pied cassé et les pompier ne voulais pas m emmener et j ai eu toute les peine et douleur pour marcher jusqu aux urgences un dimanche sans béquilles pour allez faire radio et prendre mon ordonnance et j avais pas les 50 euros pour payer un taxi à l epoque et une autre fois ont à eu toutes les peines à faire venir une ambulance avec SOS médecin pour m emmener à l hôpital psychiatrique lors d une terrifiante crise bda avec hallucination et aussi remplacer la mutuelle qui coûte cher pour quelques un à l AAH qui est à peine au seuil de pauvreté par une prise en charge des soins généraliste pour des conséquences juste souvent lié aux traitements psychiatriques comme la dyskinesie qui demande un détendeur musculaire,pomades et des antalgiques,les maux de ventres,ostéoporose,thyroïde,bilan sanguin,cardiologie...
17-05-2017 Julien Bezolles Et sur la prévention du risque sanitaire que représentent les conflits d’intérêts en médecine, pas d’idées à transmettre à la nouvelle ministre, qui estime que les experts indépendants sont incompétents ?
16-05-2017 Chantal Je ne sais si "les marcheurs" feront du bon travail, mais je préfère laisser ma santé entre les mains d’un médecin que je juge honnête, plutôt qu’entre les mains d’un politicien.
14-05-2017 Jean-Michel Benattar Voir mon commentaire plus bas
14-05-2017 Galilea Bonjour ! Merci pour vos billets, toujours appropriés et empreints d’un bon sens bienvenu. Médecin généraliste installée depuis 17 ans en semi rural, après 8 ans de remplacements, j’ai vu peu à peu se dégrader nos conditions d’exercice et se limiter à peau de chagrin la reconnaissance de nos compétences... mais le plus dur fût d’encaisser l’absence totale de soutien de nos pairs : le Conseil de l’Ordre. Condamnée par la chambre disciplinaire de Rhone-Alpes en décembre 2016, après un remontage de bretelles en rêgles par mon Conseil Départemental (Savoie) un an avant, j’ai fait appel devant le CNOM, mais sans illusions. Le motif ? avoir signalé un cas caractérisé de maltraitance infantile, avec à la clé 5 certificats de coups et blessures en bonne et dûe forme, dont un attestant clairement d’une tentative d’homicide. Le parent coupable, bien que condamné par la justice et s’étant vu retirer la garde de ses enfants, a porté plainte, et s’est vu conforter par le Conseil de l’Ordre dans ses récriminations, à ma stupeur et à celle de mon avocat, pourtant spécialisé en droit de la santé, et des plus compétents ! A l’heure où pénurie de généralistes et faits divers d’infanticides vont bon train, l’attitude du Conseil ne passe pas. Je suis loin d’être un cas isolé ! Nombre de confrères et consoeurs en Rhone Alpes subissent la même injustice, en tentant juste de faire leur travail,dans des conditions de plus en plus difficiles. Que peut on faire ? Merci
14-05-2017 Senac
14-05-2017 mt barrellier
14-05-2017 Thierry Lecoquierre, Dr Coq Et continuer à simplifier la base colossale de données utiles à une pratique raisonnée, en permettant de s’appuyer sur des références validées
13-05-2017 Doc95 Je ne partage pas tout mais il y a beaucoup de bonnes idées
13-05-2017 Pierre Nadeau Je ne suis pas médecin, mais j’avais déjà lu vos billets et j’applaudis des deux mains !

14 Messages de forum

Répondre à cet article