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Motilium - dompéridone on se calme

jeudi 20 février 2014

La Revue Prescrire, habituellement bien informée, vient de déraper en alertant la presse et le public sur la responsabilité (hypothétique) de la dompéridone (nom de marque Motilium ou Biperydis) dans des dizaines de cas de mort subite en France.

Elle se fonde pour cela sur des liens statistiques peu démonstratifs, sur des hypothèses et des extrapolations que je trouve hasardeuses. Beaucoup de supports ont repris cette information en transformant cette hypothèse en certitude et sans prendre le moindre recul sur cette information.

La dompéridone n’est pas un produit anodin, comme la majorité des médicaments. Elle ne doit être utilisée que lorsqu’elle est nécessaire, ce qui est en fait assez rare. Par exemple, son intérêt dans le traitement des nausées et des vomissements est très faible, voire nul.

Pour autant, en faire un produit dangereux est abusif. Je doute d’ailleurs que l’Europe qui réétudie ce médicament suive l’injonction de la Revue Prescrire qui demande un retrait du marché. C’est juste l’occasion pour les médecins de réfléchir aux bonnes indications de ce produit, et éventuellement de remettre en cause des prescriptions au long cours qui ne seraient plus justifiées. C’est aussi l’occasion pour les patients d’en discuter avec leur médecin.

Une bonne analyse scientifique est lisible ici
http://www.mimiryudo.com/blog/2014/02/le-petit-monde-de-dom-peridone/ qui permet de relativiser les propos inquiétants de la revue.

Lisez aussi l’avis d’un journaliste médecin expérimenté que vous connaissez tous et qui calme le jeu http://www.docteurjd.com/2014/02/20/motilium-suspendre-ou-encadrer-la-prescription-telle-est-la-question/

Si même la Revue Prescrire se met au buzz, les journalistes vont vraiment être perdus. Heureusement qu’il reste Le Club http://www.clubdesmedecinsblogueurs.com/ ;-)

EPILOGUE UN AN APRÈS

Pour faire face à ces critiques, la Revue Prescrire a signé en avril 2015 avec une épidémiologiste réputée un article détaillant le mode de calculs des décès qu’elle attribue à la dompéridone. Je lui ai répondu ici : http://www.atoute.org/n/Les-231-morts-fictifs-de-la.html

Messages

  • Bonjour
    Et que pensez vous de l’utilisation de cette molécule pour son effet secondaire involontaire galactogene ? par ex http://www.consultants-lactation.fr/pdf/motilium_et_allaitement_2011.pdf
    il avait sauvé mon allaitement après que moultes tisanes ou "recettes de grand mere " n’avaient pas eu vraiment d’effet Franchement c’est tellement spectaculaire Et il n’existe pas d’autre molécule à ma connaissance ayant cet effet ( sauf celle citée dans l’article et qui est plus dangereuse).

    • Bonjour
      Merci pour cette synthèse intéressante dans votre lien. Mes débats avec des confrères, notamment rédacteurs à la revue Prescrire, mettent en évidence une forte divergence, philosophique, sur l’approche face à ce médicament.

      L’approche "Prescrire", très française, consiste à :
      - évaluer un bénéfice et un risque pour le médicament
      - évaluer globalement un rapport bénéfice/risque
      - décider arbitrairement si ce rapport justifie le maintien du médicament sur le marché ou le maintien d’une indication.

      Mon approche est différente. Elle consiste à tenter d’apporter la meilleure information disponible au public, sous une forme compréhensible, sur l’intérêt et le risque du traitement (c’est ce que j’avais fait pour la grippe en 2009).
      Chacun(e) pourra alors, en son âme et conscience, et en fonction de ses objectifs propres, choisir de courir ou non un risque.

      Les "prescririens" m’objectent que c’est ce que l’on fait depuis des années et que l’on n’a donc aucun résultat, et qu’il faut donc protéger les patients de leur incapacité à s’informer ou leur fragilité vis-à-vis de prescription de médecins eux-mêmes peu curieux et mal informés. Je pense personnellement que l’information disponible est médiocre et peu accessible.

      Le communiqué de Prescrire va jusqu’à inciter à prescrire un placebo au patient qui veut un médicament, c’est à dire à le tromper sciemment en lui faisant croire que l’on prescrit un produit actif. Cette recommandation me choque.

      Je reste sur ma position. Si une femme place son allaitement comme un objectif fondamental, je ne vois pas de quel droit on l’empêcherait, après avoir lu des informations détaillées, de faire ce qu’elle veut. Idem pour un patient souffrant de troubles digestifs calmés par la seule dompéridone.

      Mais encore une fois, je suis plutôt isolé dans cette position.

    • DD a écrit : "Si une femme place son allaitement comme un objectif fondamental, je ne vois pas de quel droit on l’empêcherait, après avoir lu des informations détaillées, de faire ce qu’elle veut. "

      Je trouve ça louable, comme idéal de liberté, dans le meilleur des mondes.

      Mais quand les labos font passer de fausses rumeurs aux patients par les médias, de fausses informations aux médecins par les visiteurs médicaux et de fausses informations par les sociétés savantes, je trouve que "ça fausse un peu le jeu".

      Si le patient se présente au cabinet du médecin avec un "objectif fondamental" fondé sur les mensonges des labos, que faire ?
      L’empêcher ? Il ira voir un autre médecin, moins regardant.
      Prendre le temps de lui expliquer ? Cela sera l’avis du médecin contre l’avis de "l’expert vu dans les médias".

    • La perversion de l’information sur les produits par des agents économiques est une chose. Les objectifs fondamentaux d’un individu en sont une autre.

      Le bon combat est de fournir une information fiable sur les produits, pas de supprimer les produits au prétexte qu’on se croit incapable de fournir une information honnête, ou que l’on pense les gens trop bête pour faire les bons choix sur leur santé.

    • Mais non, Jef, t’es pas tout seul :-)

      Informer le patient et le mettre au centre de la décision, et ne pas vouloir faire son bien malgré lui, c’est une vraie position éthique qui est l’avenir de notre profession.

      La proposition de Prescrire de prescrire un placebo est un réel dérapage de leur part, mais hélas cohérente avec la position historique des tenants du pouvoir médical lors de la prescription.

      En même temps, cette histoire de Motillium permet d’échanger avec les patients sur l’information de santé, faisons en une opportunité

    • DD a dit :"Si une femme place son allaitement comme un objectif fondamental, je ne vois pas de quel droit on l’empêcherait, après avoir lu des informations détaillées, de faire ce qu’elle veut. "....

      il faut quand même qu’elle sache qu’elle fait absorber un neuroleptique à son bébé.... pourquoi pas de l’Haldol ?
      Extrait du RCP (Vidal) : "Les concentrations de dompéridone dans le lait maternel des femmes allaitant représentent 10 à 50 % des concentrations plasmatiques correspondantes et ne devraient pas excéder 10 ng/ml. La quantité totale de dompéridone excrétée dans le lait humain est estimée inférieure à 7 µg par jour à la posologie maximale recommandée. La toxicité pour les nouveau-nés est inconnue. En conséquence, l’utilisation de Motilium est déconseillée au cours de l’allaitement".

      Si on part du principe que chacun peut prendre ce qu’il veut s’il estime que c’est son "objectif fondamental", alors on doit autoriser toutes les drogues immédiatement. Est-ce bien raisonnable ?

    • "7 µg par jour à la posologie maximale recommandée"... On est dans les traces....

    • Cher DD,

      Il ne faut pas opposer ce que serait une attitude "française" à ce qui serait la tienne, l’information du public (il eût mieux valu commencer par l’information des experts et des médecins), la tienne qui n’est qu’une version du libéralisme anglo-saxon, une version moderne, celle de John Rawls... A ne pas confondre avec le libéralisme économique, bien entendu.

      Nous sommes cul par dessus tête : autorisation de mise sur le marché d’un produit peu efficace et potentiellement dangereux, propagande de big pharma, attitude médicale prescriptrice un symptôme = un traitement, consumérisme des patients qui ont le "droit" au bien être et efforts pour que la molécule soit bien prescrite.

      N’oublions pas la responsabilité des patients : quand je refusais la prescription de mediator, les femmes argaient de leur information et des risques qu’elles prenaient sciemment, elles allaient voir un autre médecin et maintenant que certaines ont des atteintes valvulaires elles oublient que des médecins avaient refusé de leur prescrire le produit et que d’autres l’ont fait sur "leurs" conseils.

      Personnellement je ne prescrirais pas de dopaminergiques pour une femme voulant allaiter...
      Ethiquement parlant et non paternalistiquement parlant.

      Mais le débat est ouvert.

    • Merci de laisser le débat ouvert. Je comprends le point de vue que tu défends, mais je ne le partage pas. Je place comme valeur suprême le droit des adultes à disposer de leur corps tant que cela n’a pas d’impact sur les autres.

      En fait, le plus simple, dans l’optique que je défends, serait de placer les médicaments en vente libre, comme les tronçonneuses, l’acide sulfurique, le beurre, les appareils à UV, l’alcool, le tabac, les skis. Ainsi, les médecins joueraient le rôle de conseil et non de filtre, voire de dealer.

    • o :) génial ce dernier §

  • Nouveau titre la semaine prochaine "PRESCRIRE DEMANDE LE RETRAIT DES BANANES DE LA VENTE"

    La célèbre revue indépendante, grisée de ses succès médiatiques récents, se lance dans un nouveau combat : l’arrêt de commercialisation des bananes.

    En effet une étude exhaustive de la littérature dessinée mondiale montre que les peaux de banane sont une cause fréquente de chute.

    Pour Bruno Toussaint, directeur de la puoblication, "ce risque bien que faible est inacceptable". En croisant les ventes de bananes en France (près de 20 millions de français en auraient acheté cette année) avec les ventes de déambulateurs et de cannes anglaises, la revue estime que les peaux de bananes sont responsables tous les ans en France de 7 à 293 fractures du poignet, 3 à 568 fractures de la hanche, et 2 à 28 hématomes cérébraux mortels. Des études montre que le risque de chute pour les consommateurs de bananes est 4,56 fois plus élevé que chez les consommateur de pommes ou de poires.

    L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire
    de l’alimentation, de l’environnement et du travail) juge pour sa part nécessaire de renforcer l’information des consommateurs, en faisont notamment tatouer des messages sur leur peau incitant à ne pas jeter celles-ci sur la voie publique.

    Pour la revue PRESCRIRE ces précautions sont insuffisantes, d’autant qu’il existe d’autres fruits apportant des nutriments identiques et n’exposant pas à ce risque de chute. C’est un retrait pur et simple de la vente qui est demandé par la revue.

    • Pas mal du tout ;-) Les comparaisons alimentaires sont intéressantes. Par exemple, nous savons de façon certaine que le barbecue produit des substances cancérigènes dans les aliments et des particules dans l’air. Partant du principe que le public n’y comprend rien et que les morts se comptent pas dizaines par an, on pourrait dans cette lancée interdire la vente du charbon de bois.

    • Excellent
      merci j’ai bien ri

      PS c’est pour ce genre de prise de position dogmatique que j’ai fini par résilier mon abonnement à Prescrire il y a quelques années (alors que j’avais toute la collection depuis le number one !)

  • Bonjour,
    Je suis étonné de la réaction des médecins sur ce sujet. La position de Prescrire sur la dompéridone n’a pas changé, la demande de retrait était déjà formulée avant. Qu’est-ce qui ne passe pas, alors, cette fois ?
    La méthode scientifique ? Je pense que Prescrire y répondra de façon détaillée (il semble qu’ils aient travaillé, comme Irène Frachon, sous la houlette de Catherine Hill, avec une formule de calcul similaire à celle utilisée pour Mediator).
    Le fait que Prescrire, revue destinée aux médecins, s’adresse directement aux patients ? C’est une hypothèse qui me paraît à étudier. J’ai le sentiment -mais je me trompe peut-être- que sur ce coup, les médecins n’appprécient pas trop que Prescrire se soit comporté un peu comme une association de consommateurs, avec des méthodes comparables.

  • Vous dites que le dompéridone a peu d’intérêt.

    Certes comme elle n’existe que per os, chez le sujet sévèrement nauséeux, ou vomissant, aucun intérêt (on voit souvent des malades à qui la voie orale est prescrite alors qu’ils vomissent.... aië aië aië ! )

    Mais quels autres moyens ?

    Les autres "neuroleptiques masqués", des neuroleptiques tout court, comme le métoclopramide ou métopimazine, ou alizapride ? Mêmes problèmes qu’avec la dompéridone sauf que probablement moins d’effet extrapyramidal faute de passage suffisant de la barrière hémoméningée.

    Les sétrons ? Allongent le QT aussi. Pas d’AMM en dehors de l’oncologie.

    Comment traitez-vous puis prévenez-vous les vomissements subintrants des vulgaires gastro-entérites ? Je pose vraiment la question.

    Prescrire oublie que c’est dangereux , les vomissements .

    De plus la méthodologie ne peut être que du cas-témoins rétrospectif, donc le plus bas niveau de preuve à part l’opinion d’expert alors hein bon.

    Quand on pense que Prescrire laisse passer les di/bi/bis-phosphonates(choisissez votre mode) et les statines en secondaire sans moufter...

    Ayatollah parfois , laxiste parfois, sûr d’elle toujours, la revue Prescrire est utile mais approximative.

    Face à BigPharma elle est indispensable mais son tir est faiblard comparé à ce que publient des gens comme Gotzsche ou Welch.

    Autre grave défaut de Prescrire, sa méconnaissance de la règle qui veut que la véritable et honnête et intelligible expression d’un bénéfice ou d’un dommage se fait sous forme de la variation du risque absolu et non pas des outils de propagande que sont les rapports de vraisemblance ou des variations flatteuses de risque relatif. L’industrie pharmaceutique en fait autant pour vendre ses produits peu ou pas efficaces, un référence !

  • J’espère mesdames et messieurs les médecins que votre position n’est pas liée à une prescription de longue date de votre part à vos patients.....!.Tous les médecins ne sont pas des spécialistes en pharmacologie.Tous ceux qui ont prescrit du mediator, vioxx etc.... ne doivent faire....OUPS !. Je ne comprends pas dés lors, votre réaction car la revue prescrire n’a pas la réputation de traiter ses sujets avec légèreté.Leur réponse dont je viens de prendre connaissance ne se contente pas d’être laconique...!Cher dominique DUPAGNE dont j’apprécie par ailleurs vos prises de position.quand vous écrivez"responsabilité (hypothétique)", avez vous songé qu’au début de la dangerosité signalée puis avérée de certains médicaments ils étaient probablement qualifiés ainsi ?

    Jean-pierre LAURENT

  • pour le blog de JDF on nage en pleine schizophrénie :
    "Rappelons une évidence : le Motilium est un médicament prescrit par un médecin dans une situation bien précise.
    Les médecins savent depuis des années que ce médicament peut , très rarement, provoquer des troubles du rythme parfois graves surtout chez des personnes de plus de 60 ans et chez des patients ayant certaines pathologies cardiaques et si on l’utilise à des doses élevées, supérieures à 30mg."
    C’est un déni de réalité !

  • Pour l´usage de la Dompéridone pendant l´allaitement, lire la position des médecins canadiens :
    http://www.breastfeedinginc.ca/
    Ce médicament est fort utile mais seulement pour des cas bien spécifiques de retard de montée de lait ou hypogalactie réelle.
    Amicalement.

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