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Influence de la visite médicale sur les prescriptions des médecins

Thèse de médecine soutenue le 1er mars 2012

jeudi 5 avril 2012, par Etienne Foisset

L’influence de l’industrie pharmaceutique et ses conséquences sur les prescriptions des médecins sont l’objet de vifs débats depuis plusieurs années. Que sait-on de manière objective sur ce sujet ? Si un certain nombre d’études ont été réalisées à l’étranger, très peu ont été conduites en France.


Cette indroduction présente la thèse d’Etienne Foisset, téléchargeable ici ou en bas de page. C’est avec plaisir que publie sur Atoute ce travail de grande qualité. D. Dupagne

La première partie de ce travail fait le point sur l’état des connaissances concernant cette problématique.

Il en ressort que l’industrie pharmaceutique ne lésine pas sur les moyens promotionnels en direction des médecins, et que, d’après les études menées sur ce sujet, cette publicité, essentiellement sous forme de visite médicale, n’est pas sans influence sur leurs prescriptions.

De plus, la qualité de l’information en direction des médecins est loin d’être au rendez-vous, généralement en ce qui concerne la forme des messages, mais également le fond. Ainsi, certaines
informations sont présentées de manière à être conformes aux objectifs commerciaux des industriels du médicament, en occultant ce qui pourrait nuire à ces objectifs.

En reliant ces deux données, l’hypothèse peut être émise que les actions marketing de l’industrie
pharmaceutique à destination des médecins vont entraîner des habitudes de prescription traduisant les intérêts des firmes au détriment des intérêts des patients ou des organismes de protection sociale.

La seconde partie de ce travail, l’étude proprement dite, va s’employer à tester cette hypothèse.

Pour ce faire, les prescriptions de 179 médecins généralistes bretons tirés au sort ont été analysées selon 6 critères, et les résultats obtenus ont été mis en parallèle avec la fréquence à laquelle ces médecins reçoivent des visiteurs médicaux des laboratoires pharmaceutiques.
Au final, il est retrouvé que plus les médecins reçoivent de visiteurs médicaux, plus leurs prescriptions vont avoir de probabilité de refléter des objectifs commerciaux des firmes pharmaceutiques, et cela au détriment des intérêts des patients, des caisses d’assurance maladie, et de la gestion des risques sanitaires.
Cette étude montre également que les médecins interrogés, qu’ils reçoivent ou non des visiteurs médicaux, estiment ne pas être très influencés par la visite médicale.

Comme toute étude scientifique, ce travail a ses limites (représentativité et anonymisation essentiellement), mais les résultats obtenus vont dans le même sens que ceux des études réalisées sur ce sujet, et le mécanisme engendrant ce problème est connu.

Messages

  • Etonnant non ?
    Mais c’est du passé, "en 3-4 ans ans, le nombre de visiteurs médicaux a dégringolé ". Il en reste pour les CHU qui sont très visités et la pseudo loi sur la sécurité du médicament n’y changera rien. Il a c’est nouveau les « chargés des affaires publiques » ou autres « affaires institutionnelles » qui vont dans les ARS.
    Mais il y a plus efficace et moins couteux que la visite, les nouveaux média sociaux, voir
    Pharmaceutical Marketing and the New Social Media (New England Journal of Medicine 2011)
    [http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=pharmaceutical%20marketing%20and%20the%20new%20social%20media&source=web&cd=2&ved=0CD8QFjAB&url=http%3A%2F%2Fwww.nejm.org%2Fdoi%2Fpdf%2F10.1056%2FNEJMp1004986&ei=YBd_T-OgAYHb0QX46_2YBw&usg=AFQjCNGbeznND_FmkCKze3t7a0eC5SbyiQ&cad=rja]

  • Voici la conclusion de la thèse. Elle résume en quelques mots le drame sanitaire et financier représenté par l’absence de prise en compte du problème par les pouvoirs publics français.

    Les prescriptions des médecins sont soumises à de nombreuses influences, la plupart inconscientes.

    Parmi ces influences, les laboratoires pharmaceutiques occupent une place particulière à la fois par

    les moyens dont ils disposent, en premier lieu grâce à la visite médicale, et à la fois par la
    contradiction entre recherche de bénéfices financiers et prise en charge adaptée des patients.

    L’information produite par ces laboratoires reflète cette contradiction, et les messages diffusés n’ont
    pas l’objectivité nécessaire qui permettrait aux médecins d’effectuer des choix optimaux. Cela peut
    se traduire d’ailleurs dans leurs prescriptions par une augmentation des coûts, une augmentation des
    volumes, et une diminution de critères qualitatifs. Les médecins n’ont généralement pas conscience
    de cette influence.

    Cette étude montre que les prescriptions des médecins généralistes qui reçoivent plus fréquemment
    des visiteurs médicaux ont des caractéristiques traduisant des objectifs commerciaux des firmes
    pharmaceutiques, sans bénéfice pour les patients, les caisses d’assurance maladie, ou la gestion des
    risques sanitaires.

    De plus, les médecins interrogés, qu’ils reçoivent ou non des visiteurs médicaux, estiment ne pas
    être très influencés par la visite médicale.

    Le lien statistique n’a pu être établi en raison d’une obligation d’anonymisation, mais ce résultat va
    dans le même sens que les autres études sur ce sujet, et le mécanisme engendrant ce problème est
    connu.

    Des solutions existent pour essayer de remédier à ce problème, mais pour l’instant, les mesures
    mises en place semblent être de l’ordre du symbolique.

  • Sujet passionnant des prescriptions sous influences( et pas que de la visite médicale, certaine presse, certains congrés de "formation"ne sont pas dénués de conflits d’intérets) ! Et qui me pose depuis longtemps question. Ma méthode a été de m’abonner à deux revues indépendantes (il n’y en a pas quarante en France) et de me former à la lecture critique (qui est maintenant entrée dans la formation médicale initiale, depuis peu).
    En même temps, l’industrie a besoin des médecins pour développer des molécules ( pas toujours nouvelles, hélas, bien trop souvent copies de copies, dont l’intéret médical est très relatif), et on ne peut sans doute pas lui reprocher de chercher à faire des bénéfices, puisque la majorité des entreprises du médicament est côtée en bourse. Je m’interroge encore sur la possibilité de travailler en partenariat constructif, et pour permettre sa transparence, d’y associer les patients (associations, par exemple). Une option également intéressante, serait d’obliger à la publication de tous les essais, positifs ou négatifs, au niveau international, ce qui, me semble-t-il, n’est pas encore le cas. Après les derniers scandales sanitaires liés aux médicaments, tout le monde aurait à y gagner...

    Encore bravo à Etienne Foisset pour son si intéressant travail de thèse.

  • Bonjour,
    À la suite de la lecture vraiment passionnante de la thèse d’Etienne Foisset, j’aurais aimé entrer en contact avec lui.
    Si vous pouviez me transmettre ses coordonnées mail, ce serait très gentil.

    Sophie Lacoste
    Journaliste
    TV Magazine
    Rebelle-Santé

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