Accueil La médecine et le social Déserts médicaux ? Plus pour longtemps
Publié le
7 août 2011

Auteur :
Dr Dominique Dupagne

Google

Imprimer

Lire sur grand écran







Entrez votre email pour être averti des nouveaux articles
sur Atoute




Dans la même rubrique :

Dépassements d’honoraires des médecins : pas de solution simple
Que va faire Marisol Touraine ?
Carte Vitale biométrique : la fausse bonne idée
Retour sur l’affaire Van Proosdij - Santé Service
Public, à ta santé !
Certificat médical pour absence scolaire
La campagne de vaccination Bachelot
2) La "pierre de Rosette"

La campagne de vaccination Bachelot
1) Premiers enseignements

CMU : comment faire échouer une bonne idée.
90% des arrêts de travail sont justifiés
En route vers la Santestroïka ?
La méthode du disque rayé progressif
Comment arrêter le progrès ?
Sophia et Carla


Déserts médicaux ? Plus pour longtemps

Les déserts médicaux constituent le problème sanitaire du moment. Les médecins désertent l’installation libérale et cèdent aux sirènes du salariat. De plus, les facultés forment trop peu de praticiens, surtout en médecine générale.

Et pourtant, les déserts médicaux n’ont aucun avenir.

Je défends cette position iconoclaste depuis quelques années dans des espaces de discussion entre confrères, mais il s’est passé vendredi soir un événement qui m’a poussé à en faire un billet sur Atoute.

Vendredi soir, S & P a déclassé la note des USA de AAA à AA+. Le non-remboursement de sa dette par les USA n’est donc plus jugé impossible par cette vénérable agence de notation. Comme ses consoeurs anglosaxonnes, elle nous avait pourtant jusqu’ici habitué à un excès de confiance.

Depuis des années, je prédis une faillite des états et la disparition de l’Euro en passant pour un dangereux Nostradamus. Cette faillite est pourtant rationnellement inévitable. L’argument qui m’était le plus souvent opposé se résumait à "ce n’est pas possible parce que ce serait trop grave". J’ai toujours trouvé cette argumentation très faible. Ce qui est vrai, en revanche, c’est que ses conséquences seront telles que les gouvernants sont prêts à tout pour en reculer l’échéance, quitte à aggraver la situation.

Cette faillite est désormais certaine puisque l’étalon absolu de la fiabilité financière reçoit un bonnet d’âne, alors que de nombreuses économies occidentales sont en réanimation. Imaginez d’ailleurs un service de réanimation où le malade saigné à blanc serait transfusé avec le sang d’un autre malade exangue. Ce dernier recevrait lui-même de l’eau colorée en rouge dispensée par une banque centrale du sang dont le directeur se serait assis sur les fondements déontologiques de sa mission.

Bref, nos économies vont s’écrouler pendant quelques années, avec tout ce que cela comporte comme drames et chaos sociaux. Du jour au lendemain, ou presque, le budget de l’Etat, privé de la capacité d’emprunter, devra être équilibré avec ses seules recettes fiscales, dans un pays où l’activité économique va s’effondrer brutalement et où les épargnants auront été préalablement ruinés, leurs obligations se transformant en "emprunts russes".

Conséquences sur la démographie médicale

Après ce chaos renaîtra une période positive car assainie, mais ce n’est pas le propos de ce billet. Intéressons-nous uniquement aux conséquences de cet effondrement des finances publiques sur le système sanitaire.

Ces conséquences sont principalement au nombre de quatre.
- Disparition de l’assurance maladie, au moins pour le risque non vital. La médecine de ville ne sera plus remboursée, l’hôpital accueillera les urgences graves, dans des conditions de dénuement dignes du tiers monde. Retour, donc, à la situation d’avant guerre.
- Disparition de la retraite des vieux, et donc désolvabilisation des plus gros consommateurs de soins déjà privés de remboursements faute d’assurance maladie.
- Disparition de la retraite et d’une grande partie du patrimoine des médecins retraités, avec nécessité pour eux de revenir sur le marché du travail pour vivre.
- Exode urbain vers les campagnes, avec potager obligatoire et clapier à lapin ou poulailler dans tous les jardins. Changement de statut des paysans dont les conditions de vie vont redevenir enviables. L’installation rurale, pour les médecins, deviendra incontournable.

A court terme, donc, et probablement avant la fin 2012, nous allons vivre une révolution de l’offre et de la demande en matière de santé.

Les médecins, nombreux et désoeuvrés, attendront dans l’angoisse qu’un patient solvable passe la porte de leur cabinet. Les consultations seront souvent réglées en nature. Un médecin qui verra 5 patients payants dans sa journée sera content.

Les patients chroniques se soigneront directement à l’aide d’internet qui prendra une énorme place dans notre vie en général, pour compenser l’effondrement social et commercial. Les médicaments, désormais non remboursés seront chers et disponibles sans ordonnance.

La médecine générale, économique et polyvalente, reprendra sa place centrale dans le système sanitaire. Mais la bataille sera rude pour vivre face à une demande qui aura diminué d’au moins 90% alors que les médecins retraités seront revenus disputer les rares patients à leurs confrères.

Nous apprendrons à vivre chichement, à ne prendre que les médicaments strictement nécessaires, à ne faire que les examens indispensables, à porter longtemps nos vêtements, à faire réparer ce qui est cassé, à jeter et gaspiller le moins possible.

Les médecins battront la campagne à la recherche de petits coins tranquilles pour s’installer loin des autres confrères, et y trouver quelques agriculteurs prêts à payer leurs services, au moins en nature. Ils auront bien du mal et la concurrence sera rude.

Le souvenir des déserts médicaux sera alors bien lointain.

Il se trouvera certainement, comme d’habitude, des confrères pour railler mon pessimisme. Il est vrai que je vais parfois un peu vite en besogne, mais je n’ai pas souvent tort sur le fond. Nous verrons ce qu’il en est fin 2012.



Tweet Suivez-moi sur Twitter






3 Messages de forum

Réagir à cet article