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Consternom
Disparition programmée de la médecine générale.Tout le monde le sait, tout le monde le voit, les médecins libéraux sont en train de disparaître, et surtout les généralistes.
Déserts médicaux ou non, une chose est certaine : les jeunes médecins ne s’installent plus et les effectifs diminuent inexorablement.
On a beaucoup parlé des causes de ce désastre, mais je voudrais dans ce billet stigmatiser des responsables qui m’irritent particulièrement : ceux que l’on appelle les sacerdotaux.
Il s’agit de médecins qui considèrent qu’ils doivent s’offrir corps et âme à leur métier sans rien demander en retour. Ils sont entrés en médecine comme on entre en religion. Leur métier est le sens de leur vie et passe avant leur famille.
Et pourtant, mon père est médecin, mon grand-père et mon arrière-grand-père l’étaient aussi. Mon fils le sera comme moi. La vocation est donc très présente dans ma famille.
Mon grand-père Eugène était un chirurgien belge dévoué corps et âme à ses patients. Il travaillait jour et nuit.
Il est mort à 30 ans d’une septicémie, après s’être coupé avec son bistouri pendant une opération, affaibli par une vie professionnelle harassante. On a écrit un livre sur lui et sa vie donnée à ses patients. Son épouse, ma grand-mère s’est retrouvée seule à 25 ans avec deux enfants en bas âge.

J’ai bien sûr le plus profond respect pour cet aïeul que je n’ai donc jamais connu. Mais nous sommes alors en 1930. Le climat social était différent.
Les médecins sacerdotaux vivent dans la nostalgie de cette époque. Pourquoi pas. Chacun est libre de vivre comme il le souhaite, pourvu que ses convictions n’impactent pas la vie des autres.
Mais certains médecins sacerdotaux sont de vrais militants qui prétendent imposer leur mode de vie à leurs confrères.
Voici ce qu’écrivait récemment le Secrétaire Général du Conseil de l’Ordre des Médecins de l’Eure dans son bulletin paroissial départemental :
Mais qui a dit qu’il fallait que nous recevions quelque chose en récompense ? N’est ce pas en vérité la cause de notre déception. Nous pensons recevoir alors qu’il s’agit de donner. Le médecin est un serviteur. Au service de l’homme, par l’homme, pour l’homme. Le médecin doit servir l’homme avec Amour, voilà l’Idéal Médical. Il se situe dans une logique purement altruiste et n’attend pas de récompense. C’est justement ce qui en fait un idéal, une aspiration car il sort du rendu pour un donné et donc du politiquement correct sociétal actuel. Texte complet.
Ce texte peut paraître noble et admirable en première lecture, mais il est absolument dramatique. C’est un repoussoir pour les jeunes générations.
Que les retraités lisent ce type de prose avec nostalgie, pourquoi pas. Mais nous n’avons pas à aimer nos patients d’Amour. Nous sommes là pour les aider, pour les écouter, pour les protéger, pour les soulager dans le respect de leur personne et la compassion pour leur souffrance. Nous sommes des professionnels qualifiés qui exerçons un métier pour lequel nous attendons en retour des conditions de vie décentes. Nous ne sommes pas des curés, même si nous avons parfois l’impression de les remplacer. Nous avons un conjoint et souvent des enfants. La majorité des médecins formés actuellement sont des femmes.
Pire, ces mêmes médecins prosélytes du don de soi font partie des chambres disciplinaires ordinales qui imposent leur morale au mépris des lois républicaines, par le blâme ou l’interdiction d’exercer. Ils confondent la déontologie et le sacerdoce, ils affaiblissent finalement leur profession au prétexte de la défendre.
Ce sont eux finalement les principaux acteurs de la désertification médicale.
Retraités ou proche de la retraite, ils se fichent des retombées de leurs actes, ce sont les autres qui en paieront les conséquences tandis qu’ils s’émerveilleront de l’élévation de leur âme en radotant sur "les médecins d’avant" avec ceux de leur famille qui les supportent encore.
C’est à cause d’eux que l’exercice libéral n’a pas pu être modernisé. C’est encore à cause d’eux que la permanence des soins fondée sur le volontariat, prévue par la loi, n’a pu s’installer correctement dans les départements où ils sévissent.
Les médecins sacerdotaux sont le cancer qui a tué la médecine libérale. J’emploie le mot cancer car c’est bien de l’intérieur que le mal est venu.
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