Accueil Déontologie médicale et indépendance professionnelle Conflit d’amour
Publié le
10 avril 2011

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Auteur :
Dr Dominique Dupagne

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Conflit d’amour
Il n’y a pas que l’argent dans la vie

Jaddo, la célèbre blogueuse aux couettes, a posté ce matin un très bel exemple de conflit d’intérêt, qui a la particularité d’être fondé sur l’amour. L’amour rend aveugle et empêche de voir ce que l’on ne veut pas voir. C’est un des principaux moteurs de conflits d’intérêts.

Commencez par lire son billet avant de poursuivre la lecture du mien (spoil !) :

http://www.jaddo.fr/2011/04/10/je-sais-que-taimes-pas-donner-des-conseils-medicaux-mais/

Les conflits d’intérêt ne se résument pas à des histoires de chèques, de subventions, de malhonnêteté intellectuelle. Les conflits d’intérêt sont profondément ancrés dans nos gènes car ils constituent un des fondements du caractère humain.

Jaddo ne voulait pas que son père souffre d’un accident vasculaire cérébral.

C’est un conflit, un vrai, un de ceux qui nous empêchent de voir la réalité quand elle nous dérange. Le mécanisme est le même que celui qui empêche les experts financés par Servier de voir les valvulopathies chez les patients sous Mediator : inconsciemment, ils ne veulent pas créer de soucis à "Papa". Le pathétique décomptage des décès par le Pr Acar [1] en constitue une parfaite confirmation : sa cécité face au problème pendant toute sa carrière lui est insupportable, justement parce que c’est un homme honnête et connu comme tel. Son cerveau refuse l’idée qui ait pu favoriser le sponsor de sa société savante, tant cette idée paraît effrayante. Ce qu’il refuse de voir actuellement, ce ne sont pas tant les valvulopathies due au Mediator, que sa responsabilité personnelle, car elle lui est intolérable.

J’ai vu des amis médecins m’apporter leurs résultats d’examens où il était écrit quasiment littéralement "GROS MECHANT CANCER MORTEL" et qui me demandaient si c’était grave. Leur cerveau n’avait pas été capable d’intégrer l’information qu’ils décodaient parfaitement habituellement. Pour les autres.

Comme souvent, les humoristes ont parfaitement traité le problème

L’affectif est un des moteurs les plus puissants pour générer des conflits d’intérêt. Un expert qui a voué deux ans de sa vie au développement d’un produit, même bénévolement (et peut-être encore plus dans ce cas), sera le dernier à accepter l’idée que celui-ci puisse présenter un effet indésirable rédhibitoire.

Une mère pétrie d’éthique deviendra aveugle et injuste lorsqu’il s’agira de défendre son enfant.

Nous ne sommes que des humains, l’oublier est dangereux.

Notes

[1] Voir à ce sujet la réponse d’Agnès Fournier sur Atoute. Notez aussi l’empressement de la revue Panorama, financée partiellement par des publicités Servier, à mettre cet article en accès libre sur son site habituellement réservé aux professionnels.



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