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Publié le
14 septembre 2007

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Auteur :
Dr Dominique Dupagne

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Rapport sur les causes du cancer
Un rapport intéressant et complet sur les principales causes du cancer.

Ce rapport contient de nombreuses données sur les causes des cancers. Il est disponible en français sous une forme résumée. La surprise n’est pas forcément là où on l’attend : la médecine est une des princales causes de l’augmentation des cancers. Explications sur un paradoxe apparent.

PDF - 393.7 ko
Rapport 2007 résumé sur les causes des cancers

L’académie de médecine a publié sur son site le 13 septembre 2007 le résumé en français d’un rapport international ayant cherché à évaluer les causes des cancers.

Ce rapport suscite déjà des polémiques, notamment car il minimise le rôle de la pollution passive et de l’environnement en général et insiste au contraire sur les comportements individuels actifs (tabac, alcool, alimentation).

Dans ses recommandations (1.5), la commission précise :

Pour analyser et quantifier la contribution des différentes causes, plus de poids devrait être donné aux revues générales fondées sur des faits plutôt qu’aux résultats des publications individuelles.

Les données disponibles doivent, en effet, être analysées avec la plus grande rigueur en se méfiant des conclusions hâtives fondées sur des faits incertains. Les conflits d’intérêt des personnes effectuant ces analyses doivent être déclarés.

Curieusement, ce rapport résumé ne contient pas les déclarations d’intérêt de ses auteurs, contrairement à l’obligation prévue par la loi française. Il en est de même pour une version en anglais qui paraît être le document source, bien qu’il ne comporte que 177 page alors que le résumé français parle d’un rapport original de 275 pages.

La "révélation" de ce rapport n’est pas forcément lié la place relative des différents facteurs environnementaux où alimentaires.

La révélation, univoque de ce rapport, est que la médecine est à l’origine d’une grande partie de l’augmentation du nombre des cancers !

Par nos incitations à un dépistage mal étayé, par nos prescriptions imprudentes, nous sommes, nous les médecins, bien placés parmi les nouveaux pourvoyeurs de cancers.

Dès son résumé introductif, le rapport présente une réalité incontournable (page 3)

L’accroissement de l’incidence globale des cancers depuis 1980 est, pour la plus grande part, dû au perfectionnement des méthodes diagnostiques et au dépistage qui décèlent des petits cancers très faiblement évolutifs qui auraient pu rester méconnus. Dans les cancers où ce phénomène a le plus joué, l’incidence a augmenté brutalement, tandis que la mortalité restait stable ou diminuait à cause des progrès thérapeutiques (c’est le cas des cancers du sein, de la prostate et de la thyroïde). Pour d’autres cancers, incidence et mortalité ont évolué parallèlement. En général, la mortalité est un indicateur plus fiable que l’incidence pour évaluer l’importance des cancers dans une population.

Ces faits sont reformulés dès la page 8 dans le corps du rapport résumé.

Les taux d’incidence, après standardisation, ont augmenté de 1980 à 2000 de 23% chez les hommes et de 20% chez les femmes. Plusieurs facteurs contribuent à cette augmentation :

1) L’introduction de méthodes diagnostiques ultrasensibles augmente le nombre de cancers détectés et découvre des petits cancers dont le potentiel évolutif est faible, dont le volume aurait pu rester stable pendant de longues périodes et pour certains jusqu’à la mort du sujet. C’est notamment le cas de la mammographie pour le cancer du sein, du dosage du PSA pour celui de la prostate et de l’échographie pour le cancer de la thyroïde. Dans ces cas, l’incidence est augmentée mais pas la mortalité.

En résumé : le dépistage intempestif de certains cancers conduit à trouver des cancers qui n’auraient jamais fait parler d’eux, et encore moins provoqué la mort du patient. Ce dépistage conduit à fabriquer des malades qui n’en sont pas. Le fait que la mortalité soit inchangée alors que le nombre de nouveaux cas diagnostiqués augmente considérablement prouve indirectement l’inutilité de ce dépistage dans le cas du cancer de la prostate et du cancer du sein. Les chiffres sont présentés sous forme de courbes dans le rapport.

Revoir le merveilleux film mettant en scène le docteur Knock de Jules Romain est saisissant, tant ce qui n’était qu’une comédie satirique avant-guerre est devenu une routine médicale


Knock les maladies et la medecine moderne
envoyé par dailyglub

Il est confirmé, page 27, que les prescriptions massives et souvent intempestives de traitement hormonaux de la ménopause ont provoqué un nombre de cancers important :

B7 TRAITEMENT HORMONAL SUBSTITUTIF (THS) DE LA MENOPAUSE ET CONTRACEPTIFS ORAUX

Depuis 1980, les oestrogènes sont utilisés pour réduire les troubles liés à la ménopause (bouffées de chaleur, ostéoporose, affections cardiovasculaires). Dans les années 90, on s’est aperçu que l’administration d’oestrogènes augmentait l’incidence des cancers du corps utérin, ce qui a conduit à administrer simultanément oestrogène et progestérone. En 1997, une méta-analyse des études effectuées (essentiellement des enquêtes cas-témoins) a montré une augmentation de l’incidence des cancers du sein chez les personnes traitées, augmentation qui disparaît dès l’arrêt de l’administration, ce qui est normal puisque les hormones sont des agents de promotion.

Depuis, deux grands essais randomisés, dix études de cohorte et sept études cas-témoins ont constaté que l’excès d’incidence du cancer du sein chez les femmes recevant une association oestrogène et progestérone, est plus grand qu’après administration d’oestrogène seul. Les données actuelles ne permettent pas de savoir si le risque de cancer du sein varie avec les doses de progestérone ou le nombre de jours pendant lequel il est administré (IARC, 2005).

Dans une monographie récente, les experts français de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire (AFSSAPS) aboutissent à des conclusions similaires : aucune donnée ne permet d’affirmer que les risques associés au THS sont influencés par le type d’oestrogène ou de progestatif et la méthode d’administration. De plus, on peut extrapoler à la France les résultats observés aux Etats-Unis et au Royaume-Uni car il n’existe aucun argument valable pour refuser cette extrapolation. L’étude de cohorte E3N conduite en France par des équipes de l’INSERM montre naturelle, alors que le risque est nettement augmenté pour les autres types de progestatif (RR : 1,69 ; intervalles de confiance : 1,50 - 1,91).

Cette étude suggère donc une différence notable du risque en fonction du type de progestatif. Cependant, l’étude E3N est la seule ayant abordé ce sujet. Ses résultats doivent donc être interprétés avec prudence, dans l’attente de nouvelles études effectuées dans des pays où l’on utilise aussi la progestérone micronisée. Certains médecins se sont demandés si la sélection des femmes (en effectuant les traitements sur des femmes sans facteur de risque prédisposant au cancer du sein) ou les modalités d’administration pouvaient influencer l’effet cancérogène. Ces hypothèses ne sont fondées sur aucune analyse significative de données valable. Le risque, en ce qui concerne le cancer du sein, est plus faible chez les femmes traitées par oestrogène seul, mais ce traitement n’est acceptable que chez les femmes dont l’utérus a été enlevé. Certes, il faut poursuivre les études expérimentales et cliniques, mais on ne saurait tirer argument des données de l’étude E3N pour dire qu’on a trouvé une méthode permettant d’administrer sans risque un traitement hormonal de la ménopause. Cette étude invite à poursuivre les recherches, mais étant la seule de ce type n’est pas suffisante pour conclure. Aux Etats-Unis, la diminution notable du nombre de femmes recevant un THS a été suivie d’une baisse notable de l’incidence des cancers du sein. On verra ce qu’il en est en France. L’étude britannique Million Women Study (MWS) a observé, en outre, un excès de cancers de l’ovaire.

Risque relatif

On s’est basé pour l’évaluation du RR sur l’étude britannique « MWS » (2003) qui a porté sur 1 084 000 femmes et qui a été conforté par plusieurs études ultérieures. Ce choix a fait l’objet de critiques méthodologiques, on a notamment incriminé l’absence de groupes témoins. Mais, il s’agit d’une cohorte de plus d’un million de femmes et la comparaison est faite à l’intérieur de la cohorte avec les femmes britanniques ne recevant pas de THS, après ajustement pour les différents paramètres invoqués. L’étude britannique constitue donc, en l’état actuel des choses, la meilleure référence. L’excès d’incidence provoqué par le THS s’atténue rapidement, après l’interruption de l’administration et disparaît complètement en quelques années. Il n’y a pas de temps de latence. Fraction attribuable

Au total, en France en l’an 2000, sur ces bases la fraction attribuable est de 18,8% parmi les femmes de 45 à 75 ans. Il apparaît que 5 317 cas de cancer du sein et 1 120 décès par cancer du sein peuvent être attribués au traitement hormonal, soit 12,7% des cancers du sein et 10% des décès causés par ce cancer.

Discussion

L’AFSSAPS (2005) estime le nombre de cancers du sein causés par THS à un niveau plus bas (1200/an), mais ce rapport ne prend en compte que les femmes de 40 à 64 ans, donc un nombre de femmes plus petit que le présent rapport qui prend en compte les femmes de 45 à 75 ans. De plus, les RR retenus par l’AFSSAPS proviennent de différentes études, alors que dans ce rapport, dans un souci d’homogénéité tous les RR proviennent de l’étude MWS.

Au total, malgré ces discordances, il apparaît qu’une proportion notable de cancers du sein est provoquée par les THS en France. Ces données invitent à réduire les indications de THS et à diminuer la durée des THS puisque les risques croissent avec la durée d’administration et sont plus grands lorsque celui-ci est administré après 60 ans. La prescription de THS, comme toute prescription médicale, doit tenir compte des risques et des bénéfices du traitement et ne doit être faite qu’après une information écrite et standardisée de la femme qui doit décider en toute connaissance de cause.

Enfin, les contraceptifs oraux jouent aussi un rôle dans l’apparition des cancers du sein (page 28), cet effet devant être mis, comme pour les hormones de la ménopause, en balance avec les bénéfices apportés aux femmes qui les utilisent. Il n’y a pas eu, pour les contraceptifs, de campagne d’incitation massive à leur usage et de négation du risque de cancer, comme cela a été le cas pour le THS.

Contraceptifs oraux

Ils sont classés cancérogènes certains par le CIRC ; Ils augmentent faiblement mais significativement les risques de cancer du sein, cet effet disparaît rapidement après cessation de la prise de contraceptifs pour disparaître dix ans au maximum après la fin de l’utilisation. Les causes du cancer en France

Une étude conduite sur 150 000 femmes a observé à un risque multiplié par 1,27. En tenant compte du nombre de femmes utilisant ces contraceptifs qui varie en fonction de l’âge entre 15 et 45 ans entre 50% et 30%, on calcule qu’environ 7,8% des femmes, utilisatrices actuelles, auront un cancer du sein qui est causé par ceux-ci. Inversement, les contraceptifs diminuent l’incidence des cancers de l’ovaire et de l’endomètre ainsi que la fréquence des grossesses extra-utérines. Globalement, donc, il n’y a pas de contre-indication à leur emploi sur le plan induction de cancer

En pratique, sans tomber dans la Nemesis médicale, force est de constater que la médecine française sert parfois bien mal ses patients. Si l’individu qui veut diminuer son risque de mourir d’un cancer doit faire des effort personnels pour éviter de consommer des produits toxiques et améliorer son alimentation, il doit aussi s’assurer que le dépistage du cancer qu’on lui présente comme bénéfique n’est pas finalement délétère et que les médicaments promus comme salutaires et sans danger le sont réellement.

Ces faits et cette réflexion ne doivent pas faire oublier les extraordinaires progrès de la cancérologie depuis 50 ans, qui permet de guérir de nombreux malades autrefois condamnés. De même, la mise en cause de certains dépistages (prostate, sein, thyroïde) ne doit pas rejaillir sur d’autres dépistages utiles : cancer du col de l’utérus (frottis régulier), cancer du côlon (recherche de sang occulte dans les selles, coloscopie chez les sujets à risque). Seuls les excès et déviances éthiques sont contestables et contestés.

Si ce sujet vous intéresse, venez en débattre sur le forum

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