Atoute.org

"La médecine a fait tellement de progrès que plus personne n’est en bonne santé !" *


ARTICLE

Accueil > Médecine 2.0 > Le modèle Ligne de vie

Le modèle Ligne de vie

Puisqu’il faut changer le monde, autant proposer une piste humaniste !

mardi 21 mai 2013, par Philippe Ameline

Le web révolutionne notre façon de communiquer, mais aussi, d’apprendre, de consommer, de nous divertir. Pourtant, il a jusqu’ici échoué à influer sur notre façon de faire société.

On peut même s’inquiéter, à juste titre, de la montée en puissance d’entreprises qui font commerce de nos informations les plus intimes et vont jusqu’à nier toute vie privée sur la toile.

Le Modèle Ligne de vie fournit un cadre théorique pour créer une incarnation plausible et opérationnelle de la personne sur le web.

L’ambition sous-jacente, aussi démesurée que réjouissante, est de donner ainsi naissance à un web intime, lieu virtuel à même de constituer le pivot des renversements coperniciens de nos sociétés à bout de souffle.

Introduction

Les premiers lecteurs m’ont signalé que ce texte est long – une quinzaine de pages – et qu’il n’est pas facile à lire sur un smartphone… ni, d’ailleurs, en diagonale.

Quinze pages, c’est pourtant assez court pour exposer un modèle qui a vocation à faire voir la personne, et par extension l’Internet et nos sociétés, avec un regard neuf et transformatif.
Et si cette proposition était utopique, elle serait également réjouissante en ce que, a minima, elle démontre que les concepts et les outils sont à portée de main. Ce sont les éléments que vous trouverez dans le chapitre contexte.

Comme les notions de « modèle » et de « complexité » ne sont pas évidente, et que le propos est bien de proposer un modèle adapté à la complexité du monde moderne, le court chapitre suivant est consacré à ces concepts.

Le chapitre Ligne de vie est un pivot ; il expose le modèle tel qu’il a émergé au sein du domaine médical en mettant en évidence le référentiel propre du patient et en exergue la différence de nature entre ce référentiel et celui des organisations.
Il en ressort deux considérations d’étape qui peuvent paraître surprenantes : si la transformation est humaniste, rien d’ambitieux ne peut se construire dans la boîte restreinte de la médecine, et le domaine de la santé, son extension naturelle, est une chimère.

C’est en sortant de la chrysalide du patient au profit d’une personne pleine et entière que naît alors le Modèle Ligne de vie.
La vision « opérationnelle et transformative » du modèle se construit sur la proposition qu’une personne peut se qualifier comme un corps étendu par des projets et un réseau social.
Elle se concrétise alors de la mise en évidence de leur couplage – car le réseau, renforcé par des prestataires professionnels, constitue l’équipe naturelle au service des projets - tout comme la richesse des projets entraine généralement la richesse du réseau, mais aussi parce que ces projets sont tous interdépendants et intriqués dans la dimension du risque.

L’ambition du modèle est bien de donner à voir la personne comme un monde complexe faisant société par interaction avec les autres personnes également mondes complexes. Proposition qui tourne résolument le dos aux modèles classiques qui favorisent la hiérarchie et la règle et auxquels même l’Internet menace aujourd’hui de céder. Puisque le web est l’outil naturel du modèle, ce document se conclut en proposant l’émergence d’un « web intime » et en ouvrant la discussion sur un modèle entrepreneurial d’un nouveau type pour la plateforme qui sera bientôt lancée.

Si cette introduction a suffisamment éveillé votre curiosité pour que vous preniez le temps de lire attentivement le texte, investissez encore un peu de ce matériau précieux en participant à la discussion. Le Modèle Ligne de vie est avant tout destiné à ouvrir les perspectives… par l’échange !

Contexte

L’Internet a profondément modifié la manière dont nous communiquons et accédons à l’information, mais a jusqu’ici eu étonnamment peu de répercussions sur notre façon de « faire société ».

C’est le constat que fait Jeremy Rifkin dans son livre Troisième révolution industrielle, qui part de l’hypothèse que les sociétés modernes n’évoluent que lorsque leurs ressources énergétiques changent. De la vapeur, qui a fait naître, avec le chemin de fer, les premières méga-organisations, sont apparues les entreprises fortement hiérarchisées et la « gestion des ressources humaines ». Avec le pétrole, géographiquement localisé, sont nées les relations géopolitiques qui agitent, souvent violemment, notre planète.
Pour Rifkin, les valeurs non hiérarchiques et géographiquement distribuées, nées sur l’Internet avec le 2.0, ne transformeront la société qu’après qu’elles auront été concrétisées sous leur forme énergétique : production durable locale (solaire, éolien…) et distribution pair à pair au travers d’une &laquo : grille énergétique ».

Jeremy Rifkin excelle dans la construction du récit épique qui mènerait à cette troisième révolution industrielle, mais on pourrait objecter que ce citoyen « augmenté » capable de constituer un nœud « à parité » de la grille énergétique sera par là même inscrit dans la dynamique de construction d’une société qui, tournant le dos aux énergies fossiles des deux précédentes révolutions industrielles, ne soit plus hiérarchique, ni basée sur des antagonismes géopolitiques.

Cette démarche ne semble pas constituer la vision politique du moment, comme l’illustre cette belle interrogation de Jean-Paul Delevoye, président du Conseil économique et social, lors du colloque « L’Homme dans son environnement numérique » : « Serons-nous suffisamment intelligents, lucides et honnêtes pour engager un débat qui peut saper les fondation de [notre] pouvoir ? »

Ce document a pour ambition d’engager ce débat, ou tout au moins de fournir des outils théoriques pour l’engager.

Les rameurs du Club-Med

L’être humain semble fortement destiné à faire société, pourtant nous sommes de plus en plus légitimement fondés à nous demander si la civilisation dans laquelle nous vivons n’a pas pour dessein de l’asservir.

On peut imaginer que ce sentiment habite la plupart des habitants de la zone Sud de l’Europe, qui subissent actuellement une terrible cure d’austérité sans avoir jamais eu l’impression d’habiter un « pays du Club Med ». C’est également ce dont témoignent, par exemple, tous ceux qui perdent leur emploi en s’estimant injustement frappés par la malédiction du Dieu Mondialisation.

Cette évidence n’est ni localisée, ni réservée à une classe sociale ou une catégorie d’emploi. « Notre espace de liberté se restreint sous la pression des directives, des normes et des procédures. Nous sommes devenus des zombies. Nous n’osons plus nous révolter contre une matrice sociale qui paraît invincible. » écrit Dominique Dupagne dans l’avant-propos de La revanche du rameur.
Les muscles du rameurLe rameur dont Dominique Dupagne fait son héros éponyme est tiré du conte humoristique des rameurs de l’ENA, où le pauvre bougre a pour mission de faire avancer à lui seul une embarcation dont le reste de l’équipe est précisément constitué d’experts en « directives, normes et procédures ».

C’est une histoire ancienne et paradoxale. Ancienne puisque, si on en croit Dominique Dupagne, elle dérive du concept de « mâle dominant », celui-là même qui, dans notre nuit des temps, constitua autour de lui le premier groupe qui devint la première tribu, elle-même noyau lointain des sociétés humaines. Paradoxale parce qu’elle porte en elle le ferment létal, la pilule de cyanure, qui programme sa destruction : l’anti-Qualité.

Qualité et anti-Qualité

La Qualité, avec un Q majuscule, a été magistralement définie par Robert M. Pirsig dans son « Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes » comme étant le principe qui unifie la réalité romantique (pré-intellectuelle) et la réalité classique (intellectuelle). « Pour arriver à la Qualité, il faut à la fois sentir ce qui est beau, et comprendre par quelle méthode on peut parvenir à la ‘belle ouvrage’ ».

Dans son application pragmatique, la Qualité est la fusion de l’âme et du savoir faire technique. Le principe qui fait de l’œuvre la prolongation naturelle de la main de l’artisan ou du cerveau de l’inventeur. Elle s’oppose à la vision dualiste usuelle qui distingue fortement le concepteur et la conception, le sujet et l’objet.

Ainsi, comme l’explique Pirsig, « au moment de la perception de la Qualité pure ou, sans même parler de perception, au moment de la Qualité pure, il n’existe ni sujet ni objet. Il n’existe qu’un sens de la Qualité – d’où naîtra plus tard la conscience du sujet et de l’objet. Au moment de la Qualité pure, sujet et objet sont identiques. […] Cette identité est la base même du travail artisanal, dans tous les arts appliqués. C’est elle qui manque à la technicité moderne, fondée sur une conception dualiste. Le créateur ne s’identifie nullement à ce qu’il crée, le consommateur ne s’identifie pas à ce qu’il possède ».

Nous sommes ici très proches de la maxime de Jacques Puisais (œnologue créateur de l’Institut du Goût) : « Un vin juste doit avoir la gueule de l’endroit où il est né et les tripes de celui qui l’a fait ». La « bouteille de Qualité » rassemblera dans un même flacon le vigneron, sa terre et son vin.

Nos sociétés modernes cantonnent la Qualité au domaine artistique et artisanal. Le principe même des organisations (industrielles, administratives, etc) qui en forment la structure est de détacher l’objet du sujet, de s’assurer que, grâce à l’observation zélée de procédures simples, les sujets sont interchangeables afin de rendre possible en cas de besoin le renouvellement de tout ou partie de la ressource humaine sans altérer le processus productif.
Nous qualifierons d’anti-Qualité cette conception de la qualité (avec un q minuscule) qui est à l’opposé de la Qualité.

Il faut ici se préserver de deux extrémismes naïfs, l’anarchisme et la soumission.

L’anarchisme prétendrait que les processus sont inutiles à la Qualité.
Qui a vu à l’œuvre un artiste ou un artisan sait qu’il n’y a pas plus maniaque dans l’observation de processus précis ; le génie n’a rien de brouillon et naît généralement, au contraire, dans un cadre quasi-ritualisé.
Pourtant, ce n’est pas le fait d’avoir des outils bien rangés qui fait le bon ébéniste, le bon luthier… ou le bon chirurgien. L’outil doit être à sa place afin de prolonger la main sans perturber la fluidité du geste, mais la précision du geste ne suffit pas à la Qualité ; en amont, le bois doit avoir été sélectionné et séché ; en aval, il faudra porter une attention considérable à l’assemblage et aux vernis.
Si on inscrit en perspective l’instant de grâce de la Qualité pure, dont Pirsig nous dit qu’il voit la fusion du sujet et de l’objet, on constate que ce sujet ne peut être détaché de la société des hommes qui produit ses outils, élève les arbres qu’il travaille et permet la rencontre de son offre avec une demande. La Qualité est ainsi très rarement œuvre solitaire et nous verrons que l’exposition de processus explicites aux regards de tous est une condition impérative de toute démarche de groupe.

Le magicien d'OzLe propos est bien ici, comme le sous-entend Harold Jarche lorsqu’il affirme de façon provocatrice que « le travail en équipe est surcoté », de ne pas considérer le processus comme un protocole intangible et aliénant, mais au contraire, comme le plan partagé sur lequel peuvent se pencher des intelligences aux modalités d’action diverses.
Lorsqu’il écrit "Teams promote unity of purpose, not diversity, creativity, and passion" (Les équipes promeuvent l’unité de motif, pas la diversité, la créativité et la passion), Harold Jarche critique la notion d’équipe hiérarchique telle qu’elle a été forgée par l’anti-Qualité avant d’introduire sa vision personnelle, qui exhibe une équipe hétérarchique favorisant l’émergence de la Qualité : « what would be better are workers who can truly collaborate by connecting to each other in a more balanced manner with multiple facets of their lives » (ce qu’il faudrait, c’est que les acteurs puissent réellement collaborer en se connectant les uns aux autres d’une façon plus équilibrée par les multiples facettes de leur vie).
Conservons en tête pour la suite la belle conclusion du texte d’Harold Jarche, "In a complex world, unity can be counter-productive" (dans un monde complexe, l’unité peut être contre-productive).

Autre extrême, la soumission fait sienne la rhétorique de l’anti-Qualité, de la qualité par la norme.
Partant du principe que la personne « ordinaire » n’a pas de génie particulier, il serait logique d’admettre que les organisations n’ont pas d’autre solution que de standardiser son action pour assurer une qualité de production suffisante.
Il ne faut pas oublier que la motivation première des cabinets de conseil étasuniens qui ont érigée l’anti-Qualité en dogme était de fluidifier l’usage des ressources humaines. En remplaçant les filières verticales par métier (au sein desquelles les individus cheminaient de l’apprentissage à la maîtrise) par des strates horizontales, il devient possible d’affecter une même personne à toute tâche d’un même niveau d’encadrement. Aujourd’hui professionnel du câblage, demain téléopérateur, plus tard agent au service après-vente.

Carrière et espoirIl est actuellement à la mode de citer en exemple ce panneau d’affichage situé sur le bord de la highway 101 dans la Silicon Valley : "A million people can do your job. What makes you so special ?" Si un million de personnes peuvent faire votre travail, qu’est-ce qui vous rend si spécial ? Un système qui est organisé pour vous amener à répondre « rien » est à la fois très destructeur de l’individu, mais également taillé pour justifier l’actuel décrochage entre profits et salaires qui, lui, est destructeur de la société toute entière.

Inventer l’espace de la solution

D’après Dominique Dupagne, le Rameur trouve sa vengeance dans le 2.0. Soudain capable, par un effet boule de neige à grande échelle, de transformer son propre dépit en indignation de masse, il devient potentiellement capable de faire plier toute organisation - à la façon dont une femme injustement licenciée par le supermarché qui l’employait fût réintégrée après qu’une émotion massive avait entrainé un boycott de la chaîne de magasins.

La direction est certainement bonne, mais on peut douter qu’elle mène mécaniquement à une solution.

Sur le web historique, le coût d’un serveur réservait la capacité de publication aux grandes organisations. Le volume mis en ligne était donc à la fois considérablement plus restreint et concernait des pages conçues pour un large public.
Avec l’arrivée du 2.0, qui permet à chaque internaute de devenir contributeur, la rareté a changé de camp et le déluge d’informations publiées chaque jour fait que chacune d’entre elles doit mériter son public.
Ainsi, si la mécanique d’un monde fortement connecté donne parfois un effet de levier considérable à une indignation ou permet de partager en masse un moment de joie ou un fou-rire, l’Internet n’échappe pas au fait que toute société se caractérise principalement par une indifférence massive aux événements ordinaires. Pour un rameur qui parvient à mobiliser le 2.0 à son profit, des dizaines de millier de ses homologues gémiront dans le vide sans que la magie n’opère. On pourrait s’amuser à établir, à l’américaine, la liste en 10 points des astuces qui permettent de rallier une masse d’internautes à sa cause – mais appliquer cette liste ne garantirait ni le buzz ni même, s’il avait lieu, l’efficacité de la démarche car, comme l’exprime Seth Godin « In fact, the easiest way for a post to not spread is for you to ask someone to actually do something » (En fait, le moyen le plus simple pour qu’un message ne se diffuse pas consiste à ce que vous y demandiez à quelqu’un de faire quelque chose).

Pour créer un monde qui favorise la Qualité, il ne suffit pas d’administrer la potion magique du 2.0 à une société travaillée par l’anti-Qualité.

Lorsque Dominique Dupagne oriente les rameurs vers le 2.0, son intuition est que notre société est contrôlée par la toute puissance des organisations (cette « matrice sociale qui paraît invincible » pour l’individu qu’elle isole) mais que le rapport de force peut s’inverser, au moins ponctuellement, devant la capacité que donne la mise en réseau de briser l’isolement et de « faire banc » à la façon dont les poissons utilisent le langage groupal pour contrer les prédateurs. Crédits <a href="http://www.sharkwater.com">Sharkwater Productions</a>

Est-il possible d’être plus ambitieux ? De ne pas viser un renversement local et ponctuel du rapport de force, mais, au contraire, d’imposer à des organisations qui rêvent de clones interchangeables et prédictibles une société construite de la richesse des spécificités de chacun.

John Hagel, dans "The Power of Pull " affirme que c’est non seulement possible, mais surtout nécessaire dans un monde où, portée par la loi de Moore, la vitesse du changement augmente exponentiellement.

The Power of Pull

Dans son introduction (paragraphe Leaving behind the world of Push), John Hagel commence par décrire la contrepartie du Pull, le Push : « Push approaches begin by forecasting needs and then designing the most efficient systems to ensure that the right people and resources are available at the right time and the right place using carefully scripted and standardized processes. »
Cette démarche, qui planifie la demande et organise sa satisfaction en arrangeant individus et ressources au sein de processus soigneusement ordonnancés et standardisés, est, comme l’affirme John Hagel, celle qui a dominé nos vies depuis toujours : un système éducatif standardisé durant les dix ou douze premières années, des entreprises qui appliquent cette méthode à la lettre, des médias de masse qui présupposent ce qui nous intéresse, jusqu’aux églises qui savent comment sauver nos âmes et aux gourous des régimes qui savent comment sculpter les corps.

« In previous generations of institutional changes, an elite at the top of the organization created the world into which everybody else needed to fit. » (Lors des générations précédentes de changements institutionnels, une élite au sommet de l’organisation a créé le monde au sein duquel tous les autres ont dû trouver leur place).

Le Push est adapté à un monde qui est suffisamment prédictible pour former des années à l’avance les talents nécessaires (comme en médecine, où il faut 20 ans pour former un bon chirurgien), qui évolue assez lentement pour garantir la puissance d’une entreprise en fonction du réservoir des talents qu’elle a pu attirer et du stock de brevets constitué par leurs ainés et qui est assez politiquement stable pour garantir la grandeur d’un état en fonction des infrastructures qui supportent l’ensemble de ces processus.
Accélérez le rythme du changement et vous comprendrez qu’une telle mécanique, dont l’équilibre est basé sur des stocks dont l’évolution se planifie souvent plusieurs dizaines d’années à l’avance, se grippera immanquablement. Il reste à constater, comme le fait John Hagel, que cette accélération est actuellement exponentielle dans de nombreux domaines pour se rendre à l’évidence qu’il faut d’urgence passer d’une mécanique de stocks à une orchestration de flux.

C’est de cette analyse que naît le Pull, avec ses trois ressorts : Access, Attract et Achieve. Sketchnotes of John Hagel's book, Power of Pull

Les deux premiers concepts, Access et Attract, représentent la fluidité d’accès aux ressources utiles et la capacité à les enrôler. La clé réside dans une forme de sérendipité disciplinée afin de se mettre en position permanente de « découvreur de talents ».
Le troisième mécanisme, Achieve, est beaucoup plus intéressant et subtil : il traite de la capacité à évoluer d’une logique de stock à une démarche de flux. Au lieu de stocker à l’avance (statiquement) les compétences requises, en fonction d’un besoin estimé par un processus de planification de plus en plus aléatoire, il s’agit de savoir découvrir et attirer les talents rendus réellement utiles par la demande réelle et de les mettre (dynamiquement) en capacité de contribuer à la satisfaire.

Il ne faut pas confondre le Pull avec les méthodologies actuellement à la mode comme l’Agile, le Lean ou, plus ancien, le Just-In-Time. Ces approches ont pour but, en animant l’équipe interne et son réseau de sous-traitants, de rendre les processus les plus fluides possibles afin de les adapter au mieux au contexte. Dans l’approche Pull, il ne s’agit pas simplement de piloter différemment les ressources internes, de gérer au mieux son stock de talents, mais bien de se mettre en état d’organiser un flux de compétence en enrôlant des acteurs « hors structures », voire « borderline », car ce sont précisément ces « dissidents » qui sont capable d’innovation !

Les trois coups

Le décor est planté. Dupagne, Pirsig, Jarche et Hagel nous ont donné respectivement un héros, le Rameur, une quête, la Qualité, des renforts, avec l’équipe hétérarchique et une direction, le Pull.

Avant d’exposer le Modèle Ligne de Vie comme moyen d’unifier l’ensemble, nous allons plonger dans un exemple réel avec la narration sur le blog « Les carnets d’un médecin de montagne » d’une garde de week-end dans une station de sports d’hiver.

C’est un épisode prévisible, puisque les week-ends de période de vacances sont fréquents (et quand les français ne sont pas en congés, ce sont éventuellement des skieurs d’autres pays).
Deux grilles de lectures sont particulièrement intéressantes : l’utilisation des ressources et l’usage des systèmes d’informations.

En première intention, nous pourrions attribuer le rôle du Rameur au médecin généraliste qui raconte cette histoire, et décide à la fin qu’on ne l’y reprendra plus. Il est, tout au long du récit, harcelé par des « organisations » qui ne l’aident à aucun moment mais semblent prendre un malin plaisir à « charger sa barque ».
Mais avec un peu de recul, les véritables Rameurs, ce sont bien les patients ; ils sont les seconds rôles du récit, mais aussi de la véritable histoire, que ce soit ceux qui habitent alentour et à qui on explique que la situation d’urgence ne permet pas qu’on s’occupe d’eux ou les vacanciers dont la prise en charge « de crise » sera, au moins pour l’un d’ente eux, proche de l’erreur médicale.

Ce récit est un exemple archétypal d’une organisation Push qui dysfonctionne face à une augmentation du rythme des événements et on peut se demander comment faire pour basculer en mode Pull ?
La base de toute solution passerait certainement par une perception commune, par l’ensemble des acteurs professionnels, des processus en attente et en cours de traitement. Ceci passe bien évidemment par un système d’information spécifique… et vous remarquerez que le récit n’évoque pas un instant l’outil informatique ! Pourtant ce week-end n’est qu’un des très nombreux week-ends de vacances à la montagne ; que font-ils, en 2013, avec un ordinateur s’ils ne l’utilisent pas pour gérer les processus métier ?
On devine que le SAMU utilise un système d’information, mais il doit être particulièrement déficient puisqu’ils posent sans cesse la même question de localisation du centre médical. L’hôpital local possède certainement un système d’information, mais comme celui du SAMU, il est utilisé en interne et se contente de gérer les patients physiquement « dans les murs ».

Le stock de compétences professionnelles est ainsi purement utilisé « en silos » (en mode « chacun ses problèmes ») et n’est doté d’aucun outil de travail en équipe, qui permettrait par exemple de partager des Care Pathways. Le mode Push est déficient, mais on peut supposer que, même s’il était optimisé, il resterait difficile de traiter en parallèle la diversité des cas, mélange de pathologies aiguës bénignes, de suivi de pathologies chroniques et d’urgences traumatiques ou non. C’est là que le Pull pourrait entrer en jeux. En cas de « surchauffe », les compétences disponibles dans la station sont probablement considérables, ne serait-ce que pour débrouiller les problèmes d’assurances et de rapatriement, pour renseigner les Care Pathways et même assurer la prise en charge initiale des traumatismes bénins.

L’autre dimension du Pull, qui va constituer le cœur du Modèle Ligne de vie, est de le considérer au niveau de chacun des patients.
Le médecin qui narre ce week-end infernal est le médecin traitant de certains d’entre eux ; s’il n’est pas disponible car trop accaparé par les urgences, quelle autre compétence mobiliser ? Pour les autres, les vacanciers, ce généraliste de garde est un acteur occasionnel ; comment lui permettre d’être rapidement pertinent dans la prise en charge ?

Aux différentes échelles du système, ici représenté par l’organisme de régulation, le praticien de garde et le patient, l’enjeu est de mettre en œuvre ce que John Hagel appelle un « Creation Space », un espace de création qui permet la rencontre productive d’un flux d’information et d’un flux de talents. C’est précisément l’ambition du modèle Ligne de vie !

Entrons dans le vif du sujet !

Modèle, vous avez dit modèle ?

Loi de Grossman : Les problèmes complexes ont des solutions simples, faciles à comprendre, et fausses.

Plus un environnement est complexe, et plus la prise de décision y est difficile.

Les domaines de faible complexité se définissent par une forte corrélation entre une action et son résultat. La diversité des « points de vue » des acteurs – leur capacité à observer le domaine sous cet angle spécifique que confèrent un mode d’action (un métier) et une spécialisation – converge alors dans une vision multidimensionnelle harmonieuse ; à la façon dont il serait possible, et même automatisable, de reconstruire en trois dimensions un objet photographié sous une multiplicité d’angles différents.

On peut le résumer en une seule phrase : lorsque la complexité est faible, la diversité est mécaniquement bénéfique.

Au contraire, lorsque la complexité augmente et que la capacité à prédire le résultat d’une action devient de plus en plus faible, la diversité des points de vue se traduit par des interprétations spécifiques et hétérogènes, ce qui génère une image divergente. On rencontre alors un paradoxe de la prise de décision hiérarchique en environnement complexe : élargir la consultation ne fait qu’augmenter l’étendue des opinions et des choix possibles, donc l’incertitude.

Un modèle est précisément ce qui permet de retrouver au sein d’un domaine complexe la capacité de convergence naturelle des milieux facilement prédictibles.

"Remember that all models are wrong ; the practical question is how wrong do they have to be to not be useful." George E. P. Box

De la même façon que la carte n’est le pays, le modèle ne se prétend pas une description complète du réel ; il lui suffit d’être suffisamment juste pour permettre aux divers points de vue qui contribuent à la prise de décision de travailler ensemble. Ce principe constituera le fil directeur de la description du « Modèle Ligne de Vie ».

Ligne de vie

La Ligne de Vie est née au sein du domaine médical, aussi les premiers exemples ou analogies explicatives seront-ils pris dans le monde de la santé ; nous prendrons progressivement du recul, ce qui permettra à la fois de comprendre l’évolution chronologique du modèle et de saisir l’étendue de son domaine naturel d’application.

Histoire de référentiels

Où on découvre que le patient possède un univers d’informations spécifique

Partons du colloque singulier entre un médecin et son patient. Au moment où nous les photographions, ils sont tous deux assis, de chaque côté d’un bureau.



Posons maintenant par l’esprit une caméra sur le siège du médecin et déroulons le film : nous voyons défiler des patients. Imaginons maintenant que nous attachions une autre caméra sur le patient ; nous verrons passer une foule de gens, dont, si cette personne est atteinte d’une ou plusieurs maladies chroniques, de nombreux professionnels de santé.

A la façon (toute relative) dont la vache voit défiler le train tandis que le passager du train voit passer cette vache, nos deux protagonistes sont dans deux référentiels distincts qui sont en mouvement l’un par rapport à l’autre et coïncident de façon éphémère pendant le temps de la consultation.
Autre analogie intéressante avec cette image agro-ferroviaire, le médecin et le passager évoluent tous deux dans cette fonction au sein d’un espace clos (le cabinet pour l’un, le train pour l’autre), tandis que le patient et la vache (que nous supposons libre de ses mouvements) sont dans un monde ouvert.

En terme de gestion d’information, toute rencontre entre un professionnel et un client/usager/patient obéit aux mêmes règles : le professionnel utilise un système (ordinateur et logiciel) attaché à l’organisation au sein de laquelle il exerce, tandis que la personne qu’il prend en charge se contente de stocker dans des classeurs, des sacs plastique ou des boîtes à chaussure les documents générés par les différents systèmes des professionnels auxquels il s’adresse. La dissymétrie est patente.

Nous retrouvons de façon typique la problématique que nous avons évoquée en introduisant les mécanismes complexes : chaque point de vue (combinaison d’un métier – comme modalité d’action - et d’une spécialisation) est outillé par un système qui lui est dédié. Lorsque la prise en charge d’une personne donnée est peu complexe, les différents acteurs peuvent converger naturellement vers une démarche commune harmonieuse, mais plus la complexité augmente et plus le risque est grand que chacun agisse au mieux de son point de vue sans préoccupation – donc potentiellement au détriment - de la cohérence d’ensemble.

Le Creation Space deviendrait naturellement un lieu de cacophonie si le flux d’information n’était pas mis au service de la capacité de chaque point de vue à contribuer (éventuellement de façon critique) aux processus en cours.

Le modèle de la Ligne de Vie est précisément conçu pour régler ce problème dans un monde complexe – typiquement, le notre.

Soyons patient

Où on réalise que l’espace temps du patient n’a rien à voir avec celui du professionnel

Revenons aux deux référentiels qui se croisent au décours du colloque singulier d’une consultation médicale.

Le médecin exerce au sein d’un cabinet, d’une clinique ou d’un hôpital et utilise un logiciel adapté. Il en existe une vaste gamme allant du logiciel de gestion de cabinet médical au système d’information hospitalier ; ils partagent tous le point commun de gérer l’intérieur d’une « boîte » (un appartement, un bâtiment… le lieu occupé par l’organisation). C’est un référentiel classique (dit Cartésien) où tout est carré, matriciel.
L’exemple typique est celui des droits d’accès aux documents qui est systématiquement établi sous forme d’une matrice qui détermine, dans sa version la plus frustre, l’accès de chaque personne à chaque document ou, dans une version plus dynamique, l’accès de chaque catégorie de personne à chaque type de document (système RBAC pour Role Based Access Control).
Le cadre temporel est également celui de la boîte, avec une vision limitée à une fenêtre qui s’ouvre avec l’admission (in-patient) et se ferme avec la sortie (out-patient).

Le patient ne fait que passer par cette boîte ; il y repassera peut-être, mais probablement au sein d’un parcours qui lui en aura fait traverser bien d’autres dans l’intervalle. Quoi qu’il en soit, nous pouvons affirmer que, dans le cas général, il n’est pas confiné au sein de cette boite. Son référentiel propre est d’une toute autre nature.
La première propriété de ce référentiel personnel est que le patient en est tout naturellement le centre ; on en déduit naturellement qu’il se déplace avec lui et qu’il doit permettre de définir son entourage, au sens propre des « gens qui l’entourent ».
C’est donc assez naturellement un référentiel circulaire (dit Polaire), où chaque intervenant est défini par deux paramètres : sa position dans l’entourage (fonction) et son niveau de proximité (intimité).
Si nous reprenons l’exemple des droits d’accès, ils seront ainsi tout naturellement gérés sous forme de rosace. Rosace d'équipe de santé
L’autre propriété fondamentale est située dans la quatrième dimension : le référentiel personnel est pertinent de la conception à la mort, et il est conçu pour prendre en compte le temps long.

En mettant ainsi en évidence un « référentiel du patient », dont nous avons vu qu’il est par essence fort différent de celui dans lequel exerce le médecin, nous nous inscrivons dans une logique de révolution copernicienne. Jusqu’ici, le seul centre connu de la collecte et du traitement de l’information était l’établissement de soins et nous prétendons désormais qu’il est possible de faire de la personne elle-même le point central de l’information qui la concerne.

Si nous revenons aux droits d’accès, il est facile de démontrer qu’il est grandement plus pertinent de travailler dans le référentiel du patient. Lorsque que nous avons évoqué un accès aux documents en fonction du rôle, il s’agit bien évidemment du rôle attribué à un professionnel au sein de l’organisation concernée. Si des documents qui vous concernent existent au sein de plusieurs établissements, chacun d’eux ne sera accessibles qu’aux professionnels qui ont un rôle défini au sein de la boite en question… et donc inaccessibles à ceux qui exercent ailleurs.
La démarche est bien de passer d’une logique d’informations en silo (car réservées au « stock de compétences » local) à la mise en œuvre d’un flux d’informations afin de permettre aux intervenants qui alternent autour du patient de contribuer à une démarche cohérente.

Avec le référentiel du patient, nous avons posé le décor où coule ce flux d’informations ; il nous reste à en définir la nature.

Dualité équipe – projet

Nous avons vu que le référentiel cartésien qui organise l’information au sein des établissements de soins permet de gérer les prérogatives attachées aux rôles définis « à l’intérieur de la boîte ». Le référentiel polaire centré sur un individu permet d’attribuer une position vis-à-vis de cette personne en fonction du rôle joué dans son entourage de et du niveau de proximité.

Le référentiel cartésien est donc adapté à la gestion des équipes qui composent l’établissement (par exemple un service hospitalier), tandis que le référentiel polaire permet de définir et de gérer l’équipe pluridisciplinaire et poly-organisationnelle qui contribue à la santé d’une personne donnée à un instant donné.
Stock de compétence d’un établissement contre flux autour du patient.

Equipe et projet sont deux notions duales : pour mener à bien un projet, il faut constituer une équipe et, pour qu’une équipe fonctionne efficacement, il faut la doter d’une vision orientée projet.

Équipe et projet de santé

On cherchera en vain cette dualité en médecine.

On y trouve bien des équipes constituées en fonction d’une spécialité (service de cardiologie) ou d’une pathologie (réseau de soins diabète) qui traitent une ou plusieurs maladies et peuvent se contenter de partager un dossier (ensemble de documents parfois complété d’un « tableau de bord » constitué de quelques données biométriques) et de se réunir physiquement à intervalles réguliers (staffs).
Si nous nous intéressons à une approche plus large, plus holistique (terme savant pour dire qu’on s’occupe d’une personne « en entier » et pas d’une maladie à pattes), les professionnels de santé consultés par un même patient se qualifient eux-mêmes de réseau de « correspondants » - ce qui veut dire, au sens propre, qu’ils s’écrivent (et, éventuellement, se téléphonent). En conséquence, leur système d’information est limité aux notes personnelles et à la gestion des courriers.

Pour vous en convaincre, prenez le temps de lire ce très récent billet, « Interchangeables », à la lumière de cette différence de nature entre appartenance à un référentiel centré sur l’organisation et intégration au sein du référentiel de la personne.

Puisque, grâce à son référentiel, notre patient rassemble une équipe autour de lui, il est naturel de décrire un projet ; c’est-à-dire, de façon explicite, de fournir aux membres de l’équipe une vision commune sur trois éléments primordiaux : sur quoi on travaille, ce qui a été fait et, enfin et surtout, quels sont les objectifs et les cibles. Nous allons les détailler.

Préoccupations

Définir sur quoi on travaille, c’est à la fois s’efforcer de prévenir et s’attacher à guérir. Ainsi, afin d’englober aussi bien les problèmes à régler que la dimension préventive, parle-t-on, dans le modèle Ligne de Vie, de « préoccupations de santé ».

Ces préoccupations peuvent être limitées dans le temps, comme une grippe, ou bien permanentes comme le diabète ou le suivi de risque cardio-vasculaire. Elles peuvent concerner aussi bien un symptôme notable, par exemple une toux persistante, qu’une pathologie ou un suivi de risque ; typiquement, « suivi de risque cardio-vasculaire » ou une procédure de dépistage précoce de cancer.

Graphiquement, on peut représenter les préoccupations comme des lignes temporelles horizontales qui porteront les informations et actions dédiées à ce problème ou à ce suivi.

Documents, information

La gestion de documents et d’informations est un service important de l’outil de gestion de projet qu’il doit alimenter en données de suivi ; par exemple l’arrivée d’un rapport de biologie doit permettre de valider, au sein de la préoccupation Diabète type 2, la présence d’une mesure trimestrielle d’hémoglobine glyquée et la valeur mesurée s’intégrer dans la stratégie thérapeutique.

Au contraire, une gestion documentaire détachée d’un outil de gestion de projet rencontre immanquablement deux écueils :

  • une tendance inflationniste liée au fait que les documents échangés intègrent, en plus des informations spécifiques à l’acte dont il est rendu compte, la narration de l’idée que se fait son auteur de la démarche en cours.
    C’est un mécanisme de « processus fantôme » où, la démarche n’étant pas explicitement décrite, chacun la reconstruit en fonction des éléments à sa disposition – l’une des pratiques les plus courantes en médecine consiste ainsi à faire un « reverse engineering » de la démarche d’un confrère par analyse des médicaments présents sur la dernière ordonnance,
  • l’élection de formats de documents purement bureautique, comme le PDF (qualifié par un expert de « là où les données s’en vont pour mourir »). Puisqu’il n’y a pas de processus communs à alimenter en données, on se contente d’alimenter l’œil en imitant au mieux le papier.

Objectifs, cibles

Un objectif est un élément de projet de vie ; vivre longtemps ou vivre bien, par exemple. Les cibles constituent les moyens mesurables qui coordonnent l’action de l’équipe en fonction des objectifs ; par exemple « ne pas fumer » ou « mesurer l’hémoglobine glyquée tous les 3 mois et la maintenir en dessous de 7 ».

Définir les cibles, c’est organiser les actions futures, donc entrer de plain pied dans la gestion du risque. Faire plutôt que de ne pas faire, faire ceci plutôt que cela, sont des décisions qui naissent d’une évaluation explicite (car partagée) du risque.

Objectifs de santé

L’un des atouts remarquables d’un outil de gestion de projet de santé est justement de permettre une démarche unifiée de la gestion du risque.
Aujourd’hui, par exemple, la prévention primaire et l’interaction médicamenteuse sont deux approches du risque gérées avec des outils sans aucun rapport : la prévention passe par l’analyse des facteurs de risque et la mise en place de cibles adaptées (au niveau du risque calculé ou aux diverses combinaisons de facteurs de risque) alors que l’interaction se traite par déclenchement d’une alerte lorsque deux médicaments aux interactions néfastes sont présents sur une même ordonnance.
Dans une approche unifiée, l’interaction serait transformée en type et niveau de risque et donnerait naissance à un ensemble de cibles adaptées à sa gestion. Si ces cibles n’étaient pas acceptables ou pas atteintes, la combinaison de médicaments en cause devrait disparaitre de la prescription.

Du patient à la personne

Nous avons, jusqu’ici, confiné notre analyse à la bulle médicale, avec des rôles bien distribués entre des professionnels et un patient. Cette bulle constitue un univers autonome et suffisant pour les systèmes d’information des professionnels, mais, de façon évidente, elle est considérablement limitée si on considère l’espace des informations d’une personne.

Même si on attribuait aux personnes atteintes d’une pathologie chronique un statut permanent de malades, il serait parfaitement anormal de les considérer comme des patients à plein temps ; ils ont de nombreuses autres préoccupations car, fort heureusement, ils ont généralement une vie en dehors de la maladie. Sans parler de ceux qui, n’ayant pas de problème de santé particulier, croisent un médecin de façon épisodique.

Pour bien matérialiser la singularité de cette bulle médicale, nous adopterons dans la suite de ce document des règles sémantiques précises : nous appellerons systématiquement « personne » les individus lorsqu’ils ne sont pas considérés depuis le point de vue d’un soignant ; le qualificatif de « patient » sera donc réservé au cas où une personne est vue par les yeux d’un professionnel de santé ou décrite au sein de son système d’information.
La Ligne de Vie étant un outil de gestion d’information situé dans le référentiel de la personne elle-même, le mot « patient » n’y apparaitra plus.

Puisque nous avons abordé des considérations sémantiques, il est utile de traiter d’un autre concept récemment devenu un mot valise : la « santé ».
Le terme « santé » a progressivement évincé la médecine dans un grand nombre d’expressions. Les professions médicales sont devenues « de santé », tout comme sont également devenus « de santé » les dispositifs médicaux, les systèmes d’information médicaux, etc. C’est plus branché et véhicule une image positive (aux antipodes de la maladie et de la souffrance)… mais ça n’a aucun sens et, surtout, rend considérablement plus difficile le raisonnement et la mise en perspective.

Au moment d’élargir le champ de la Ligne de vie au-delà des limites de la bulle médicale, trois questions se posent « par proximité » : qu’est-ce que la santé, qu’est-ce qu’une information de santé, et peut-on dédier la Ligne de vie à cet univers ?

On peut raisonnablement supposer que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) fait autorité pour définir le concept. Abandonnant la qualification « en creux » d’absence de maladie, elle a opté, depuis 1946, pour une définition volontariste : état de complet bien-être physique, mental et social.

En conséquence, comment qualifier les informations de santé ? Est-il possible de définir, au sein de l’ensemble des données qui concernent une personne des critères d’inclusion ou d’exclusion afin de délimiter le domaine des informations qui contribuent à la maintenir en bonne santé ?

Dans le référentiel des professionnels, on peut définir des règles simples, par exemple qu’un médecin ne transfère d’informations qu’à ses confrères. Mais dans le référentiel qui nous intéresse, celui de la personne, où peut-on établir la frontière qui séparerait les données qui intéressent le bien être physique, mental et social des données qui n’ont pas de rapport avec la santé ?
C’est, en pratique, un problème indécidable. Bien entendu, on peut affirmer que l’existence d’un diabète est pleinement une donnée de santé (et même qu’elle appartient au sous-domaine médical) tandis que le niveau du réservoir de la voiture de cette personne peut raisonnablement en être exclus. Pourtant, on sait que des variables comme le niveau d’éducation, le type d’emploi ou la qualité de l’habitat sont des déterminants clés de l’espérance de vie. On peut même hasarder que, pendant la majeure partie de la vie d’un individu, avoir un bon médecin est moins important pour la santé que d’avoir de bons professeurs et un bon réseau social.

Dans le référentiel de la personne, il n’est donc pas possible d’isoler a priori un sous-ensemble d’informations à même d’alimenter les services en santé.

Cette analyse nous amène à une conclusion lourde de conséquences pour la Ligne de vie : qui prétend fournir à un individu un outil de gestion de sa santé doit nécessairement se mettre en état de gérer, en plus du domaine médical, une vision globale qui inclut l’ensemble des préoccupations de cette personne : son éducation, sa carrière, son réseau social et, au sens propre comme au sens figuré, l’ensemble de ses « actifs ».

Cette analyse peut également s’exprimer « en creux » en affirmant que les systèmes qui prétendent permettre à une personne de gérer sa santé mais ne prennent pas en compte la totalité de ses informations personnelles sont mécaniquement restreints à un ensemble limité de services et, en conséquence, ne sont utiles que dans le référentiel de l’organisation qui rend ces services.

Gérer l’information dans le référentiel de la personne ne peut se faire que dans une démarche holistique qui considère intégralement la personne et ses interactions au monde. Ainsi, pour la Ligne de vie, s’étendre au-delà de la bulle médicale c’est renoncer à restreindre le champ des informations à traiter.
Nous allons voir comment, face à ce défi, il est possible d’étendre l’approche déjà testée en médecine pour donner naissance au modèle Ligne de vie.

Modèle Ligne de vie

Dans un précédent opus, nous avons traité la question ontologique « qu’est-ce qu’un corps » et, au-delà, de la fondamentale distinction entre un corps et une personne comme la somme des relations duelles qui construisent une personne en tant que corps intégré à la société.

Par ailleurs, notre modèle historique utilisé en médecine pour permettre la prise de décision en environnement complexe s’appuyait sur la dualité équipe – gestion de projet et des mécanismes de gestion du risque pour établir les cibles.

Le modèle global a été construit en injectant ces principes au sein de la vision humaniste : il considère la personne comme un corps doté d’un ensemble de projets et d’un réseau social.

Le principe directeur reste ainsi bâti sur la dualité « équipe – gestion de projet » en considérant qu’une personne existe par ses projets et que son réseau social (augmenté de ses prestataires de service) en est l’équipe naturelle ou, dans l’autre direction, qu’une personne existe par son réseau social et que ce réseau social s’alimente des projets communs.

Réseau social, équipes et projets

Rappelons que cette vision est constitutive du modèle. Elle ne prétend pas décrire ce qu’est réellement une personne, mais fait le pari qu’on peut, avec ces concepts, aider une personne à construire son existence dans l’environnement naturellement complexe de notre société. Il reste à valider ces suppositions en vérifiant si la plateforme Internet qui les mettra en œuvre rencontre un public. Les principaux axes de sa construction font l’objet du prochain chapitre.
Projets et équipes
Notre vie est jalonnée et construite par de nombreux projets. Ces projets se situent dans une grande variété de domaines et impliquent une aussi grande diversité d’acteurs.

Construire un projet éducatif, faire évoluer sa carrière, traverser un épisode de maladie ou tout simplement gérer les événements de la vie quotidienne supposent d’organiser la collaboration d’un groupe constitué, généralement de façon opportuniste, de professionnels et de proches.

On retrouve dans cette démarche une forme très naturelle du Pull de John Hagel ; les membres du réseau social d’une personne participent naturellement à ses différents projets tandis que la richesse des projets de cette personne, par la variété des contacts qu’elle entraîne, permet par une forme de sérendipité organisée d’étendre le réseau social.

Au sein de la Ligne de vie, c’est la rosace attachée au projet qui matérialise l’équipe en répartissant autour de la personne, en fonction de leur rôle et de leur degré de proximité, un groupe de professionnels et de membres du réseau social.
Cette forme de représentation permet à la fois de définir l’équipe, en tant que l’ensemble des acteurs qui entourent une personne pour un projet donné, et de gérer les droits d’accès aux informations puisque, au niveau le plus atomique de la donnée, il est possible d’attacher une rosace de droits qui se superpose comme un calque sur la rosace d’équipe afin de déterminer les secteurs verts, jaune ou rouge qui définissent respectivement les acteurs à accès complet, les acteurs qui peuvent accéder à cette information mais pas à ses détails et ceux, enfin, pour lesquels cette information est caché (ainsi, bien entendu, que ses détails).

En matérialisant l’évolution des acteurs au sein de l’équipe, par un mouvement hélicoïdal qui permet à la fois d’affiner le rôle et le degré de proximité d’un acteur au sein d’un projet, la rosace permet d’expliquer le concept de sérendipité organisée. En effet, elle rend possible l’intégration au sein de l’équipe d’une personne qui n’aura initialement qu’une vision minimale du projet et pourra, à mesure que ses connaissances tacites et son naturel degré d’intimité se préciseront, évoluer en angle et en distance sur la rosace afin de se voir ouvrir les informations qui alimentent sa capacité contributive.

Organiser la position des acteurs et arbitrer en conséquence la distribution des informations ne suffit pas à définit une équipe ; il faut permettre l’émergence d’une intelligence collective au bénéfice du projet. Ce sujet constituera indéniablement l’un des axes de recherche les plus riches du modèle.
D’un travail déjà ancien avec une équipe de recherche de l’INRIA spécialisée en gestion des connaissances, est déjà né le concept de Staff virtuel. Cet outil permet, lorsqu’un acteur ressent l’utilité d’une réflexion commune, de créer un graphe cognitif qui connecte entre elles les préoccupations, les actions et les données afin de mettre en évidence les cohérences et incohérences. Il est alors possible de remettre en cause la liste des préoccupations et des actions, ou même de déterminer quelles informations il serait utile de recueillir afin de progresser dans la réflexion.
Lorsqu’un élément est ainsi discuté, une approche dite QOC, pour Question, Options, Critères donne à l’équipe la possibilité de définir les options possibles et, pour chacune d’entre elles, d’établir une liste de critères en faveur ou en défaveur de cette hypothèse afin d’éclairer la prise de décision.

Il faut rappeler que le référentiel de la personne est à la fois qualifié par la fluidité des acteurs qui constituent les équipes et par l’étendue totalement inhabituelle de la durée de certains projets ; le projet de santé d’une personne pourra s’étendre sur plus d’un siècle ! Un outil comme le Staff virtuel doit donc à la fois, comme nous venons de l’évoquer, outiller l’intelligence collective du groupe au moment où il faut prendre des décisions complexes, et également, ce qui est aussi important, servir de mémoire de cette prise de décision.
On peut même affirmer que cette mémoire constituera rapidement un véritable actif de la personne en tant que ressort principal de sa prise en charge personnalisée. En effet, à chaque fois qu’il sera question d’orienter différemment un projet, il sera fondamental de mettre à disposition de l’équipe actuelle les hypothèses qui ont été à l’origine des choix en cours et de peser à nouveau les critères à l’aune des informations actuellement connues.

Lorsqu’un projet est autonome, au sens où il n’a pas de connexion avec d’autres projets, cette mécanique, dont les composants principaux sont utilisés depuis de nombreuses années en médecine, est suffisante.
Dans le cadre général, par contre, les projets sont couplés, voire massivement couplés. Citons par exemple le couplage projet éducatif / projet professionnel ou, plus complexe, chez une personne atteinte d’incapacité ou de limitation fonctionnelle, le couplage projet médical / projet éducatif / projet social chez un enfant ou projet médical / projet professionnel / projet social chez un adulte.

Un couplage signifie généralement que le déroulement d’un projet influe sur un ou plusieurs autres projets alors même que leurs équipes n’ont éventuellement que la personne concernée comme membre commun. Pour reprendre un des exemples ci-dessus, la question se pose de savoir comment guider l’action du professeur en fonction des limitations fonctionnelles de son élève alors même qu’il n’a pas le droit d’accéder aux données médicales. C’est un problème extrêmement délicat, généralement mal réglé dans la vie courante et qui peut même, si on s’attache à l’exemple de la dépendance, devenir dramatique pour des aidants pris en tenaille en un monde médical et un monde social étanches l’un à l’autre.

Cloisonner l’information est constitutif de toute vie sociale. Jean-François Brûlet, à qui la Ligne de vie doit son nom et tellement d’autres choses, m’a expliqué un jour le mécanisme classique de ces personnes qui, encore sous le choc d’une consultation d’annonce de cancer, et bien humainement en quête d’empathie, s’ouvrent à un commerçant qu’ils connaissent bien du malheur qui les touche… réalisant souvent trop tard que désormais, et pour longtemps, ils devront pousser la porte de la boutique comme une personne différente.
Tenir compte des couplages tout en gérant le cloisonnement est donc un des défis qui font de la Ligne de vie un système naturellement complexe. La solution à cette contradiction se situe nécessairement dans une dimension supplémentaire, à la façon dont on règlerait un blocage au sein d’un univers bidimensionnel en l’intégrant dans un monde en trois dimensions. La dimension supplémentaire que nous utiliserons est celle du Risque.

La dimension du risque

Nous avons déjà évoqué la gestion unifiée du risque lors de la présentation des objectifs et des cibles dans le domaine médical.
Gérer un projet, c’est se projeter dans le futur ; et la plupart des actions qui y sont planifiées sont issues d’une évaluation de risque. On peut, bien entendu, arguer du fait que la planification de répétitions de chorale ou de tournois de bridge ont pleinement leur place sur la Ligne de vie mais n’ont que peu à voir avec de la gestion du risque, contrairement à une mesure de glycémie, un ordre de vente d’actions ou la révision annuelle d’un véhicule. L’un des ressorts clés du Modèle Ligne de vie est d’affirmer que les actions qui permettent de gérer le couplage de plusieurs projets sont de cette seconde catégorie.

Ce modèle contraint la structure de la Ligne de vie à ressembler à un ensemble de plans parallèles, dont chacun héberge un projet, baignant dans une structure de gestion du risque. Une autre forme, plus proche d’une architecture à base de composants, serait d’imaginer le système comme les PC de bureau, avec une carte mère de gestion du risque sur laquelle s’enfichent des cartes d’extension dédiées chacune à un projet.

Ainsi, l’ensemble des informations de la Ligne de vie est disponible pour les agents intelligents (ou les Knowledge Sources (KS) si on utilise une architecture de Blackboard comme c’est le cas du logiciel actuellement opérationnel en médecine). Ces agents logiciels sont conçus pour évaluer le risque, que ce soit automatiquement s’ils sont réveillés par l’irruption d’une donnée précise, ou bien à la demande d’un acteur. En fonction du niveau de risque ainsi calculé et/ou des combinaisons particulières de facteurs de risque détectés, ils peuvent alors injecter des cibles à atteindre dans différents projets.

Cette mécanique permet, à partir de l’ensemble des données de la personne, de mettre en place des cibles dans les différents projets couplés sans qu’il soit nécessaire de divulguer les données d’un projet aux membres d’autres projets.

Si nous reprenons la phraséologie de John Hagel, la Ligne de vie est un Espace de création global à l’échelle de la personne, lui-même composé d’un ensemble de Sous-Espaces de création spécifiques à chaque dimension de cette personne, et capable de gérer le couplage de ces Sous-Espaces tout en garantissant le respect de la vie privée.

Pourtant, est-il raisonnable de ne garantir que l’isolement des projets entre eux ? Qu’en est-il de l’Espace de création dans son intégralité vis-à-vis de ceux qui n’appartiennent à aucun projet ? Est-il raisonnable de le déployer au sein du web, espace dont les acteurs phares que sont Google et Facebook théorisent la fin de la vie privée ?
Répondre à ces questions n’est pas le moindre défi du modèle Ligne de vie.

Respect de la vie privée

La façon dont la Ligne de vie gère les droits d’accès aux informations a déjà été exposée : chaque donnée peut se voir apposer, pour chaque projet (donc chaque équipe) une rosace qui détermine pour chaque « position » au sein de l’équipe (angle et distance), si elle est cachée, visible mais cache ses détails ou visible.
Faute de rosace, une donnée n’est accessible que pour la personne qui possède cette Ligne de vie.

Une Ligne de vie correctement mise en œuvre ne doit donc pas publier de données vers des personnes qui n’appartiennent à aucune équipe. Mais qu’en est-il, par exemple, de l’hébergeur ?

Une boite noire dans la maison de verre

Le respect de la vie privée est particulièrement en danger sur le web et nous sommes depuis longtemps déjà en droit de nous demander si nous sommes d’accord pour y être la propriété de Google.
Cette inquiétude n’a fait que se renforcer à juste titre au cours du temps à mesure que l’essor des outils de réseaux sociaux amène les internautes à diffuser sans en être conscient une quantité d’information suffisante pour exposer largement leur vie privée, comme le démontre cette récente démonstration de lecture mentale.

Même lorsqu’elles ne sont pas librement diffusées, les données hébergées par ces entreprises leur sont librement accessibles et il est devenu banal, par exemple pour tous ceux qui gèrent leurs échanges électronique avec gMail, de laisser les robots de Google inspecter librement les moindres détails de leurs échanges intimes.

Il est hors de question d’implanter une Ligne de vie dans un tel environnement, de publier l’Espace de création d’une personne au sein d’une maison de verre, ou même d’un lieu qui ne lui appartiendrait pas. Ainsi certaines règles de respect de la vie privée doivent-elles faire impérativement partie de la définition du Modèle Ligne de vie. Elles s’expriment simplement en trois points :

  • L’hébergeur ne doit pas être en mesure d’identifier les acteurs d’une Ligne de vie, que ce soit son porteur ou les membres des différents projets.
  • L’hébergeur ne doit pas être en mesure de connaître le contenu d’une Ligne de vie. Il ne doit pas conserver de trace des actions qui concernent une Ligne de vie (par exemple les paramètres de connexions).
  • La Ligne de vie doit pouvoir être mise « hors ligne » à la demande. Elle doit alors être matérialisée alors par un ou plusieurs fichiers cryptés avec une clé détenue uniquement par la personne concernée. Ce ou ces fichiers doivent pouvoir être librement ôtés du serveur, auquel cas il ne doit en rester aucune trace.

Ces trois points prennent à contrepied la plupart des paradigmes du web actuel, dont la majorité des services sont basés sur la marchandisation des informations. Si le Modèle Ligne de vie n’obtient qu’un succès local, les Lignes de vie constitueront autant de boîtes noires dans la maison de verre. Si, au contraire, le modèle permet l’essor d’une véritable plateforme de services, ce que John Hagel appelle une Pull Platform, nous pourrions voir l’émergence d’une nouvelle forme de web.

Vers un web intime

La maison de verre est un paradigme confortable… pour celui qui y loue de l’espace publicitaire !

La faiblesse de cloisonnement entre les services permet à une société comme Google, qui excelle dans la technologie des moteurs de recherche, d’accéder à une grande diversité de données d’usage, comme des requêtes de recherche de pages web, des échanges au sein de l’outil de réseau social ou le contenu des mails privés.
Google exploite superbement bien ces informations afin de mettre ses modèles statistiques en capacité de prévoir finement les besoins futurs. Ces capacités de traitement sont tellement puissantes qu’elles forment désormais une nouvelle branche en intelligence artificielle.

Une récente interview de Noam Chomsky explique assez bien la différence entre les approches classiques, basées sur des modèles et l’approche statistique qui ne s’intéresse aucunement au pourquoi mais accumule assez de données pour pouvoir prédire « le coup d’après ». Pour illustrer le propos, on pourrait imaginer que Google crée, à partir d’un nombre considérable de parties, un champion d’échecs électronique sans se préoccuper d’inclure dans son code les règles de déplacement des pièces.

Ainsi, le web de la maison de verre est-il un lieu où il faudrait faire le pari de l’abandon de sa vie privée afin de devenir suffisamment prédictible pour bénéficier de services personnalisés. En fonction de cette logique de second degré, les services de premier degré, comme le courrier électronique, les échanges au sein du réseau social ou les recherches de pages web existent principalement pour alimenter la base de données.

La Ligne de vie fait au contraire le pari que c’est de la richesse des échanges humains au sein de l’Espace de création que naitra cette démarche personnalisée. Ainsi la palette de services permise par le modèle – dont la gestion de projet n’est que le noyau – a comme unique vocation la juste circulation des informations qui permettent aux talents de chacun de contribuer à la réussite des projets d’une personne.

De nombreux services peuvent être communs, comme la messagerie électronique, les échanges instantanés et même, pourquoi pas, les forums, services d’hébergement de vidéos, etc. Ce ne sont pas tant les technologies qui distingueront le web actuel, de la maison de verre, du web intime tel qu’il vient d’être décrit, mais bien l’application des trois règles exposées au chapitre précédent.

Extension du modèle

Le Modèle Ligne de vie n’est ni définitif ni complet. Il est seulement « suffisamment complet pour voir le jour », ce qui signifie que ce qui reste à apprendre nécessite de le mettre en œuvre en vraie grandeur pour devenir accessible.

L’axe principal d’extension sera très certainement orienté vers la création d’une forme de langage dual. En termes plus simple, il s’agira, à la façon dont la Ligne de vie organise le couplage de plusieurs projets d’une même personne, de coupler certains projets d’une personne avec ceux d’autres personnes.
Le cas d’application le plus évident concerne la grossesse, période où la mère et son/ses fœtus sont physiquement couplés.
De la collaboration avec des médecins brésiliens, pays où la plupart des médecins généralistes se dénomment officiellement « médecin de famille et de communauté », est née l’évidence que les membres d’une même famille ont des couplages forts sur de nombreux plans ; on peut donner pour exemple le fait que la perte de travail du père crée pour le reste de la famille un risque de désordre social (quitter un domicile salubre) et éducatif (abandonner l’école) dont les répercutions futures sont multiples (en terme de santé et d’emploi).

Le dual, anciennement matérialisé par des pratiques et des tournures grammaticales, aura ainsi très probablement une résurgence au sein de la Ligne de vie.

D’autres extensions traiteront de la capacité groupale, c’est-à-dire de mettre en commun certaines informations afin de faire banc, d’agir en groupe.

Passer à l’acte

La première plateforme appliquant le modèle de Ligne de vie sera lancée courant 2013.

Les services web utilisent pour la plupart la logique du « freemium », qui fonctionne en donnant gratuitement accès à une version limité du service en espérant convertir une fraction suffisante d’utilisateurs aux services payants et/ou en comptant sur la croissance du nombre d’utilisateurs pour les monétiser d’une façon ou d’une autre (vente de leurs données, publicité…).
La plateforme de Ligne de vie tournera le dos au freemium pour deux raisons. La première est que, dans ce modèle, chaque utilisateur gratuit ayant un coût, le succès du service peut entrainer sa ruine si le facteur de conversion aux services payant est insuffisant ; il faut trouver assez de gens qui cotisent pour les autres. La seconde raison est que, au bout du compte, l’adage selon lequel « si un service est gratuit, c’est que le produit, c’est vous » se vérifie toujours… et que cet adage doit être résolument banni de l’esprit de la Ligne de vie.

La Ligne de vie aura donc un coût, et ce coût devra être accessible au plus grand nombre. Si vous souhaitez participer à l’aventure, envoyez-moi un message, ou commentez cet article ; vous pourrez exprimer vos besoins et désirs afin d’affiner les services initiaux et donnerez un poids supplémentaire aux négociations qui fixeront un prix juste.

Messages

  • Bonjour,

    Merci pour cet article.
    Un aspect n’ est pas clair pour moi : quels sont les acteurs en question dans le modèle décrit ?
    Il y a de ce que je comprends :
    - les acteur "patients" composé de plusieurs personnes ou entités (le patient, son médecin, sa famille, l’hôpital etc...)
    - l’acteur hébergeur (qui possede le serveur, la plateforme, et ne voit pas ce qu’il y a dedans ?)
    - mais il manque les autres si j’ai bien lu, qui ne sont pas décrits, meme si il s’agit de composantes techniques, ou bien d’être, ou d’entités... : qui est garant de la sécurité, qui est garant de la participation et de la rétractation, qui est garant de la fiabilité de l’information, etc..., en gros, quel service est rendu par qui ?
    Ce questionnement n’a pas pour but de créer une équipe de rameurs avec des rôles trop nombreux, et des process qualités, mais de comprendre ou sont les responsabilités, pour un système à telle ambition, devenir une nouvelle forme de web....

    Mes excuses si ceci est décrit, mais je n’ai pas trouvé ou compris.

    Stéphanie Fodor

    • Bonjour Stéphanie,

      Les acteurs ne sont surtout pas limitées aux patients (personnes vues par les yeux des soignants), mais au contraire aux personnes dans toutes leurs dimensions et comme pilotes de leur vie.

      Le renversement en gestion d’information est bien de passer d’un système où ce sont les organisations (entreprises, états...) qui gèrent "ce qui se passe dans leur boîte" à une vision où l’individu se met en position de fédérer les acteurs qui participent à ses projets.

      La vision étant par nature hétérarchique, son implémentation devrait assez logiquement l’être également. C’est donc une démarche basée sur la capacité d’un groupe à faire société... et à s’emparer collectivement des préoccupations que vous évoquez.

      Il me paraît, par exemple, impossible qu’une entreprise (ou une personne morale incorporée dans un pays donné) puisse jouer un rôle clé (par exemple de contrôle) dans ce processus. Il est pour moi évident que tout ceci doit procéder de la volonté des personnes à se mettre en réseau et à en assurer le contrôle.

      Philippe Ameline

    • Bonsoir Philippe,

      Ceci évoqué me semble être le point capital de votre modèle (à mes yeux tout du moins), je suis contente d’avoir "re" posé la question donc, car la première fois vous ne m’aviez pas répondu ;).
      L’article mériterait de voir ce point approfondi, comme je vous l’avais proposé.
      C’est essentiel pour la compréhension du modèle, pour qui souhaite le comprendre d’un point de vue "théorique" pour intérêt ou plaisir intellectuel, aussi bien que pour qui voudrait (ceux que je vous souhaite nombreux) le décliner de façon opérationnelle.
      La "répartition des rôles" est quelque chose de capital à définir et comprendre dans un modèle collaboratif ou à l’écosystème complexe. Les rôles sont pilotés par la personne et son cercle ? bien , précisez le, détaillez, illustrez ! (comme déjà dit à nouveau ;).
      Ca peut au pire insister sur des aspects déjà compris par certains, pas bien grave, et au mieux, et c’est la l’essentiel, en rassurer d’autres qui pourraient se dire : "il est fou lui, il veut être le chef d’un nouveau web ?". Eh bien non, mais précisez, expliquez....ça le mérite.

      Stéphanie

    • Bonjour Stéphanie,

      Il me paraît important de distinguer deux niveaux de réponse : sur le modèle théorique et sur son/ses application(s).

      Sur le modèle théorique, la démarche est bien de permettre à une personne de piloter ses projets en la dotant du moyen de rassembler les membres de son réseau (social et prestataires) sous forme d’équipes.

      L’espoir, en faisant la synthèse des travaux des différents auteurs qui apparaissent dans le texte (et de beaucoup d’autres qui rentraient moins bien dans le cadre de la théorie) est, en centrant la Qualité sur la personne et plus sur les organisations et leurs règles, de faire société différemment.

      Dans la théorie, la société nouvelle émerge de la mise en réseau de ces univers individuels. On retrouve (et outille) la vision de Jeremy Rifkin dans son livre Troisième révolution industrielle fondé sur le remplacement des producteurs d’énergie par une "grille énergétique" où chacun est alternativement consommateur et producteur.

      Dans ce cadre théorique, il n’y a pas de répartition des rôles.
      Rifkin attribue aux états et aux politiques le rôle de facilitateur et d’arbitres ; par exemple en légiférant sur le découplage des fonctions de production et de distribution (chez nous, séparation EDF et ERDF), conditions nécessaires pour qu’émerge un jour une grille pair à pair.
      Dans le cadre de l’information, qui intéresse la Ligne de vie, la donne est fondamentalement différente. D’abord parce que la grille existe déjà, l’Internet, ensuite parce que, comme le pressent Jean-Paul Delevoye, il n’y a pas de raison que le politique favorise une démarche fondamentalement hétérarchique et non localisée.

      Passons à l’application...

      L’application du modèle répond à l’injonction de Thomas Edison "Vision without execution is hallucination." Le modèle pourrait probablement exister en tant que tel, mais il ne servirait qu’à prévoir et expliquer l’échec des initiatives auxquelles il ne prête pas de sens. Ce serait extrêmement frustrant (et ça l’a été depuis près de 10 ans avec cette incongruité qu’est le DMP) en application de la belle maxime de Saint-Exupéry "Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible".

      Il y aura donc une plateforme de services ouverte qui donnera vie à une façon d’envisager le modèle (en l’occurrence la mienne !). Si ça réussit, le modèle y gagnera une forme de respectabilité ; si ça échoue... il faudra faire la part des choses entre défaut conceptuel et mauvaise exécution.

      En pratique, les technologies de gestion de l’information qui animeront la Ligne de vie sont déjà largement en place dans le logiciel Episodus (open source sur SourceForge).
      La partie la plus complexe restant à mettre en place, et qui m’a beaucoup accaparé ces derniers mois est de garantir que ce que je mettrais en place respecte une hétérarchie aussi stricte que possible.
      Par exemple, héberger des données et des services web tout en se mettant en état de ne pas pouvoir accéder aux informations, c’est à dire prendre l’exact contrepied du web classique, est réellement innovant.
      L’autre défi, qui m’occupe également, est de trouver le moyen de rémunérer ce service d’hébergement sans se mettre en état de faire le lien entre la personne qui effectue un virement et sa ligne de vie (condition nécessaire de l’anonymat vis à vis de l’hébergeur).

      Je n’ai aucun moyen de prédire comment cette "société hétérarchique" va évoluer, ni comment elle s’emparera des tâches collectives (ni même quelles tâches collectives se révèleront nécessaire pour soutenir l’édifice aux différentes étapes de sa croissance). Les codes sources seront disponibles et l’application de la méthodologie "lean" permettra d’adapter la plateforme aux besoins de la communauté.

      Le succès d’une plateforme se construit à la fois sur le volume de sa communauté et sur la qualité des services qu’elle offre. Les deux sont évidemment couplés, et il faudra concilier communauté ouverte et entrepreneuriat pour les personnes ou entreprises qui ajouteront de nouvelles fonctionnalités dans des domaines aussi variés que l’éducation, la gestion de carrière, la santé, la gestion de biens, la vie quotidienne...
      Autre défi ! Qui me pose déjà des interrogations complexes en tant qu’offreur des premiers services "fondateurs" (annuaire anonyme, hébergement, gestionnaire des projets et des équipes, plus quelques services en santé).
      Une personne morale incorporée en France me paraît incongrue ; une personne physique est trop vulnérable...

      Un peu fou, certainement ; pas, comme vous le notez, "fou de vouloir être le chef d’un nouveau web", mais plutôt "fou de vouloir donner naissance à une nouvelle façon de faire société" et de croire réellement à possibilité de fournir les conditions de la sagesse des foules.

      C’est assez réjouissant à imaginer...

      You may say I’m a dreamer, but I’m not the only one. I hope some day you’ll join us and the world will be as one. ;-)

    • C’est limpide. Merci Philippe pour votre réponse hyper détaillée, illustrée, pédagogique.
      Je ne comprends pas bien encore quelles pourraient être les premières implémentations, mais certainement certains le savent.
      Je me pose beaucoup de questions autour de l’anonymat : voie nécessaire, ou faux problème de société à régler par des changements d’usages en acceptant son exhibition ? Et y a t il une seule réponse, ou plusieurs ?
      Votre exemple autour du lien payeur/virement et usager de la ligne de vie l’illustre. Ce lien certes peut être protégé et encore...C’est un lien si fragile. Je parlais de rôles là par ex., car je ne connais pas de technologie qui puisse gérer cette problématique sans obligatoirement donner le pouvoir de cette protection en une personne, entité, ce que j’appelle "rôle".
      Et une autre question...dans un monde de totale anonymité, (dont a nouveau je me demande combien c’est l’avenir nécessaire, je n’ai pas de réponse), comment les liens sociaux deviennent ils alors possibles ? Comment des personnes peuvent elles se relier entre elles, si elles n’ont accès à leur identité ?
      Et l’annuaire anonyme...ah...ca ça fait sauter quelques uns de mes plombs cérébraux. J’arrete donc là pour l’instant ;)
      J’ai des tonnes de questions à vous poser, mais peut être est ce déplacé, ou ne pouvez vous pas répondre...
      Passionant, merci beaucoup pour ce partage ça fait du bien !

    • Bonjour Stéphanie,

      Il n’est pas question d’anonymat entre les acteurs, mais d’hébergement anonyme.

      L’hébergeur doit pouvoir garantir qu’il ne sait pas à quel personne correspond un identifiant de Ligne de vie et qu’il se met hors d’état de savoir ce que cette Ligne de vie contient.

      Par contre, il doit pouvoir connecter deux Lignes de vie lorsque leurs possesseurs veulent échanger ensemble. Il doit donc simplement savoir si une Ligne de vie donnée est en ligne ou pas et, si elle est en ligne, à quelle adresse IP elle est joignable. C’est l’annuaire anonyme (les utilisateurs se connaissent nominalement, mais l’hébergeur ne doit héberger que des pseudos et des identifiants).

      Le corollaire, c’est que si l’hébergement a un coût, même modeste, il est difficile d’imaginer que l’hébergeur prétende ne pas savoir à qui correspond un identifiant... tout en conservant ses données bancaires ;-)
      Il est donc nécessaire de créer un mécanisme qui ne permette pas de connecter le payeur et l’identifiant de Ligne de vie pour lequel il effectue un règlement. Bref, une forme de monnaie virtuelle, à la façon dont, dans le monde réel, si le distributeur de billets sait à qui il a donné des billets, le commerçant qui les reçoit n’a pas moyen de remonter à cette information pour obtenir l’identité de celui qui lui donne un de ces billets.

    • Bonsoir Philippe,

      Merci.

      Vous dites : "les utilisateurs se connaissent nominalement, mais l’hébergeur ne doit héberger que des pseudos et des identifiants".

      Donc cela repose sur la notion de pseudo couplé à l’identifiant, comme pivots de l’anonymat. (J’étais partie beaucoup plus loin dans mon imaginaire par rapport à "l’annuaire anonyme", là ou il n’y a plus ce couplage).

      Dans votre cas, en effet il n’y a pas "un acteur" qui détient la clé de l’anonymat de la personne, mais chaque personne qui connait l’identité d’untel est cet acteur (car a le pouvoir de casser le secret). "Acteurs répartis" donc mais acteurs quand meme. Non ? :)

      Stéphanie

    • En pratique, rien n’oblige le système à divulguer le pseudo, ni surtout l’identifiant unique.

      Si "Stéphanie Fodor" m’invite sur sa Ligne de vie, on peut tout à fait imaginer qu’elle me demande de lui envoyer ma "figurine nominative" afin de la positionner sur une (ou plusieurs) de ses rosaces.

      Je peux lui transférer cette figurine virtuelle par mail, NFC ou que sais-je ; cette "figurine" donne accès à la sous-partie de ma Ligne de vie qui contient mes informations d’identité personnelles et/ou professionnelles ; mon identifiant y est présent ou pas.
      On peut imaginer que l’hébergeur stocke un identifiant spécifique à la figurine, identifiant de figurine lui-même connecté à mon identifiant personnel, qui reste donc inconnu de Stéphanie.

      Cette mécanique de mise en relation pourrait ressembler à celle des identifiants utilisables une seule fois pour les transactions par carte bancaire.

    • Merci Philippe.
      Peut être pourriez vous rajouter dans l’article quelques cas d’usage (exemples) de "parcours client". Pas pour moi, j’ai compris, mais pour ceux pour qui les concepts énoncés restent trop théoriques.
      Ou peut être disons que l’article tel quel est bien comme il est, car il propose le contexte conceptuel et théorique :
      Un second, visant à illustrer des possibles implémentations pourrait à mes yeux être utiles, pour une déclinaison "projet" : dans le quel donc cas d’usages, exemples de parcours client seraient décrits. Par exemple faire 2 ou 3 pages du type de réponse que vous m’avez faite : exemples d’implémentation et cas d’usages de Ligne de Vie.
      Juste pour rendre accessible au plus grand nombre en terme de compréhension votre concept bien intéressant. En mode "BD", ce serait l’idéal :)
      Bravo à vous pour tout ça.
      Stéphanie

    • Bonjour Stéphanie,

      Nous sommes en phase. Ce document décrit un modèle théorique, volontairement à distance de toute implémentation ou exemple.

      Il me parait impossible de proposer d’élargir la vision vers une nouvelle perspective générique tout en fournissant des exemples locaux. Le danger est bien grand que ces exemples focalisent l’attention.

      L’introduction sur le domaine médical, pour des raisons historiques, est déjà un risque... et je crains que beaucoup des acteurs du domaine de la santé ne fassent que la moitié du chemin, en s’arrêtant au référentiel du patient sans comprendre qu’il est impossible de ne pas en faire une personne "complète", avec toutes ses dimensions sociales.

      D’autres articles utiliseront le modèle pour proposer des axes d’évolution pertinents... pas encore en mode BD, mais ce sera peut-être pour plus tard :-)

      Philippe Ameline

  • C’est un remarquable ensemble conceptuel dont l’exégèse me semble très complexe.
    Cher Philippe, comme je te l’ai dit, il serait souhaitable en optique projet d’en faire un raccourci "pour les Nuls", sinon seuls quelques érudits le liront jusqu’au bout.
    Tu sais mon intérêt et mon amitie.
    Jacques Lucas. CNOM. 

    • Bonjour.

      Oui un raccourci, que j’appellerais "intro" servant à faire le lian entre tous les concepts abordés, pour en expliquer le cheminement menant au concept final.

      Stephanie Fodor.

    • Bonjour Stéphanie,

      C’est vrai qu’il manquait une "intro" ; j’espère que c’est désormais plus clair.

      Amicalement,

      Philippe Ameline

  • Bravo pour cette article, dont la forme serait à revoir,
    peut-être les limites du CMS
    Avoir en en-tête le plan de l’article avec des liens vers chaque item à la wikipédia.

    En incluant les références c’est très long, du coup comme suggére un "executive summary"
    parait indispensable

    Est-ce que tu peux dévoiler ce qui a déjà été fait avec ce modèle ? Cela donnerait confiance aux investisseurs. Je me souviens d’une demo , ou POC en 2006/7 ? C’est vieux :-)

    La modélisation objet/sémantique promet de beaux challenges
    Beau projet technique aussi ! Scalabilité, sécurité

    Devant l’ampleur de la tâche quelles sont les forces en présence ?

    Suite en MP

    Amicalement
    Bruno Seznec

    • Bonjour Bruno,

      L’introduction est en place, avec les liens vers les chapitres. C’était manifestement un gros manque !

      Le but du document est de présenter un modèle qui permette à tous d’envisager de nouvelles façon de gérer l’information.

      Le projet ne me parait pas compatible avec la recherche d’investisseurs. Je ne vois pas comment justifier qu’un système basée sur l’hétérarchie puisse avoir des investisseurs (au sens capitalistique du terme).

      D’un autre côté, les concepts de Lean Startup et de refus du freemium (si c’est gratuit, c’est vous le produit) se généralisent sur le web. Ne pas avoir d’investisseur constitue presque un modèle de développement.

      L’ambition est bien de créer une plateforme la plus libre possible. Ce qui ne tourne pas le dos, bien au contraire, à la possibilité de créer des services et d’être rémunéré pour ces services, en tant que personne physique ou morale.

      La proposition est bien d’ouvrir de nouvelles perspectives en se désenclavant des "boîtes" pour inventer de nouvelles façon de rendre service aux personnes.

      Bien amicalement,

      Philippe Ameline

  • juste deux commentaires à propos de "qualité" et "cartes et lignes de vie"
    Quand j’entends le mot qualité je sors mon ZOBRIST. Pour en savoir plus allez voir le site "Management FAVI" http://www.favi.com/managf.php
    L’histoire des rameurs c’est du soft à coté des écrits de JFZ.

    "cartes et lignes de vie" me rappelle une autre histoire, racontée par Borges, qui fait un peu son Montesquieu avec les "Lettres persanes" en inventant un auteur qui raconte cette histoire

    "... l’Art de la cartographie parvint à une telle perfection que la carte d’une seule province occupait toute une ville et la carte de l’empire toute une province. Avec le temps, ces cartes ne donnèrent plus satisfaction et les collèges de cartographes levèrent une carte de l’empire, qui avait le format de l’empire et coïncidait point par point avec lui.
    … les générations suivantes comprirent que cette carte dilatée était inutile et, non sans impiété, elles l’abandonnèrent à l’inclémence du soleil et des hivers. Dans les déserts de l’ouest, subsistent des ruines en lambeaux de la carte, habitées par des animaux et des mendiants… »

    Suarez Miranda. Viajes de Varones Prudentes. Livre IV, chapitre XLV. Lérida 1658
    Cité par J.-L. Borges. In Histoire universelle de l’infamie / Histoire de l’éternité. p107, collection 10/18, Paris 1994. (première édition française, 1951)

    ... mais c’était il y a plus d’un demi-siècle, Googlemap a rendu caduc ce concept. Vive le net.

    • Bonjour,

      Très bon, ce "management FAVI". D’autant plus amusant que nous pouvons tous constater que l’ensemble des règles qui encadrent de plus en plus strictement les pratiques en sont l’exact contraire.

      C’est ce que j’ai baptisé "la Fabrique de la médiocrité", cet environnement où la technocratie a tellement bien pris le pouvoir qu’il n’est même plus envisageable de simplement songer à innover.

      L’archétype est sans conteste le DMP, qui, le temps passant, combine deux propriétés usuellement antagonistes :
      - avoir toujours moins de sens et
      - lutter de plus en plus énergiquement contre les alternatives.

      La logique sous-jacente est sublime et imparable : plus on ne fait rien et plus on peut prétendre à l’exclusivité de tout faire.

      Lorsque l’humour soviéto-shadok a atteint ses limites, c’est le moment où il faut exhiber un modèle de réflexion, une "carte" qui permet de mettre les choses en perspectives, de délimiter le territoire stérilisé et de retrouver une capacité créative... et même, folle ambition, transformative.

      Quelqu’un m’a récemment pris à témoin sur la triste réalité de ceux qui pourraient faire progresser les choses en médecine et se trouvent bloqués par la stérilisation du domaine opérée par le DMP : puisque le DMP "fera tout", toute initiative revient à lutter contre l’état.

      En utilisant les arguments du Modèle Ligne de vie, je pense avoir pu lui démontrer que toute initiative susceptible d’être concurrencée par le DMP est, de toute façon, condamnée à être mise en œuvre dans une "boîte" trop petite pour constituer un service réellement utile.

      La carte reste ainsi l’outil le plus précieux pour penser sa trajectoire. Le beau texte que vous nous proposez démontre par l’absurde que la carte n’est pas le territoire, comme un modèle n’est pas la réalité. L’un et l’autre doivent seulement être suffisamment fidèles pour outiller la réflexion et permettre de comprendre dans quelle direction progresser.

      Si le DMP reste une errance pitoyable, c’est bien parce qu’il constitue une tentative sans espoir d’innover sans inventer et d’avancer sans perspective... comme on suivrait les instructions d’un GPS aléatoire.

      Rédiger le Modèle Ligne de vie avait bien pour but de fournir un outil qui permette à ceux qui l’utiliseront de voir les choses avec un œil neuf et ambitieux.

      Je reconnais que c’est un texte long et ardu (c’est un premier jet), mais, après tout, les outils les plus utiles ne sont généralement pas les plus frustres.

      Et si cet outil permet de démontrer que le DMP tournera toujours en rond dans sa petite boîte et qu’il est, par contre, possible, en regardant dans la direction opposée, de créer un nouvel univers de services humanistes, son but sera amplement atteint.

    • Ma découverte de Zobrist a été un choc : http://www.atoute.org/n/forum/showthread.php?p=4130813#post4130813 Prenez le temps de voir cette vidéo.

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Ajouter un document

La nouvelle version du site ne permet malheureusement plus de réagir spécifiquement à un message. Pour répondre à un contributeur, copiez et citez un extrait de son message et mentionnez son nom dans votre commentaire.