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Jacques Servier, ce petit joueur

lundi 3 février 2014, par Dominique Dupagne

Il y a bien pire que le Mediator, et c’est arrivé le mois dernier. Cela concerne les enfants et cela s’est passé avec la bénédiction du Ministère de l’Education Nationale. Une mission d’enquête parlementaire paraît nécessaire.

Le procès du Mediator a mis à jour un vaste réseau de trafic d’influence ayant permis au groupe SERVIER de commercialiser son coupe-faim déguisé MEDIATOR au mépris d’évidences scientifiques soigneusement dissimulées.

Cette affaire a provoqué un électrochoc dans la santé. Elle a montré la dangerosité (qui se compte en milliers de morts) des liens trop étroits entre les experts, les formateurs, les agences d’Etat et l’industrie pharmaceutique.

J’ai découvert bien pire. C’est tellement énorme que j’ai cru initialement à un canular. Ce n’est malheureusement pas le cas. Il ne s’agit plus de milliers de morts, mais de centaines de milliers [1], et cela date de quelques mois.

Le Ministère de l’Education Nationale vient de nouer un partenariat avec l’industrie sucrière pour lui livrer la formation et l’information des enseignants et des élèves.

Donc, face à un des principaux responsables de l’obésité et des fléaux sanitaires qui l’accompagnent (et je ne parle pas des caries...), l’Education Nationale a choisi l’alliance avec l’industrie, plutôt que la protection des jeunes cerveaux déjà cernés par le marketing sucrier.

Voici un extrait du billet fièrement publié par le CEDUS (organisme créé par les sucriers) Suivi d’un extrait de l’accord signé par le Ministre.

A ce stade, il ne s’agit plus de critiquer cet accord ou de demander son retrait, mais d’exiger une mission d’enquête parlementaire pour comprendre comment le Ministère a pu être infiltré et manipulé au point d’aboutir à cette aberration.

C’est la négation de toutes les campagnes de santé publique organisées autour de la nutrition. À quand Mc Do, Nestlé et Coca Cola partenaires de l’école élémentaire pour former le goût des enfants ? (ne me répondez pas que c’est déjà le cas, je vais pleurer).

J’ai eu l’occasion d’en parler sur France-Inter, dans ma chronique sur la Tête au Carré :

Jean-Yves Nau a relayé l’information sur son site. Il rappelle l’historique de la semaine du goût, confisquée par les sucriers.

Ajout du 13/2/2014 : La suite, après la question au gouvernement de la députée Laurence Abeille : http://www.atoute.org/n/Le-CEDUS-le-sucre-et-les-enfants.html


[1Cumulés sur 30 ans, comme pour le Mediator

Messages

  • L’article 3 mériterait aussi d’être mis en exergue..

    Article 3 - Développement et valorisation des pratiques culinaires
    Les cosignataires s’engagent à développer la recherche et la créativité dans les métiers de bouche autour de l’utilisation du sucre comme ingrédient alimentaire.
    A cet effet, ils organisent, chaque année, le Championnat de France du Dessert, créé et financé par le CEDUS. Concours destiné à valoriser le savoir-faire des jeunes, des enseignants, et des professionnels, il encourage la pratique du dessert en restauration en distinguant les meilleurs pâtissiers de France.

  • Notre pays vit un bien étrange "déjà vu".
    Rappelez vous le Comité Permanent Amiante. Notre cher gouvernement français avait mis aux commandes de ce comité l’industrie de l’amiante, pour décider si l’amiante était toxique ou pas, et à quelle dose.
    Madame Martine Aubry est mise en examen et certains bâtiments français sont toujours en cours de désamiantage.

    Notre gouvernement, qui ne recule devant rien pour favoriser l’industrie avant la santé publique, décide donc de confier au LOBBY DU SUCRE la désinformation systématique des citoyens, au niveau où ça sera le plus efficace : les enfants.

    Le terme LOBBY désigne un groupe de PRESSION qui a la volonté particulière de faire passer une idée, qui ira dans le sens de son intérêt, ici financier.

    Au lieu de former les professeurs (de Sciences de la Vie et de la Terre, par exemple) à la nutrition, avec une association indépendante de diététicienn(e)s, le gouvernement préfère que l’éducation alimentaire de nos bambins soit confiée au secteur industriel qui a intérêt à faire passer l’idée que "le sucre n’est pour RIEN dans l’épidémie de diabète et d’obésité".

    Notons que le journaliste Thierry Souccar a commencé ce combat il y a 10 ans, en avril 2004, avec la parution de son livre aux éditions SEUIL "Santé, mensonge et propagande".
    Dans cet ouvrage écrit avec une avocate, isabelle Robard, il cite certains médecins qui sont payés pour prêcher la bonne parole de l’industrie.
    (et bien d’autres personnes, mais sur ce blog, je parle des médecins...)

    Et ces médecins là, je les ai rencontré, dans leurs conférences de défense des produits laitiers "injustement attaqués", puis dans une conférence où on venait redorer l’image du sucre ou de l’aspartam, avec de vraies études financées par l’industrie.

    Quand un "expert" parle d’alimentation dans les médias, il n’a même pas à dire quelle industrie le paie en sous-main.
    Pour un médecin parlant d’un médicament, la loi l’oblige à le faire, bien qu’on sache que cela n’est jamais fait en France.

    La situation dans le monde de l’agro-alimentaire est donc encore plus corrompue et floue que dans le monde de la santé.
    Mais dans les deux cas, les lobbies font leur loi.

    Une pétition existe sur AVAAZ, si cela vous intéresse de défendre l’indépendance de l’information auprès des enfants.

    • Bon, par contre Isabelle Robard c’est une avocate qui milite beaucoup pour la "liberté thérapeutique" et que l’on retrouve souvent dans l’univers des thérapies alternatives à caractère sectaire. Et pour moi, Thierry Souccar c’est un commerçant qui revend des compléments alimentaires en ligne et qui édite quelques ouvrages de santé tendance new age/théories du complot.

      Etre vigilant et attentif vis à vis de tentatives de manipulations de la part de grosses industries et d’experts corrompus, c’est bien. Mais si c’est pour tomber dans les mains et jouer le jeu d’un camps qui n’a pas l’air très net et qui n’est pas complètement désintéressé...

    • Si vous aviez pris la peine de lire ça :

      http://www.lanutrition.fr/les-news/l-industrie-du-sucre-va-dire-aux-eleves-ce-qu-il-faut-manger.html

      cela vous aurait évité d’être stupide sur ce coup .

    • Bonjour
      Ces attaques contre Thierry Souccar me paraissent très injustes. Ce que j’ai lu de lui m’a toujours paru globalement de bonne qualité. Evitons les attaques personnelles.

  • La stratégie de l’agence du CEDUS http://www.hopscotch.fr/fr/lagence-hopscotch/notre-vision

    C’est tout à fait ça. La victoire est totale : infiltrer l’école, c’est le but ultime. Bien joué.

  • Je suis enchantée que tu sois indigné.
    Mais cela n’est que la suite logique d’un mouvement enclenché de longue date, celui d’une certaine forme de partenariat public privé où l’école est censée « s’ouvrir » de plus en plus « au monde » (et aux besoins « des entrerpises ».

    En France, la publicité à l’école a été formellement interdite en 1936. Cette interdiction a été renouvelée à plusieurs reprises.
    En 1998 un rapport de la Direction Générale de la Santé et de la Protection des consommateurs de l’Union Européenne traitait du sujet de la publicité à l’école en notant qu’elle était interdite dans certains pays comme la France mais autorisée dans d’autres à la faveur d’un vide juridique . Les conclusions de ce rapport étaient particulièrement optimistes quant aux bienfaits de l’entrée de matériel à visée pédagogique issu des entreprises à l’école et à la capacité d’ »autodiscipline » des entreprises http://ec.europa.eu/dgs/health_consumer/library/surveys/sur03_fr.html . C’est Jacques Lang qui en finit, par une circulaire du 28 mars 2001, avec l’interdiction de la pub à l’école, en définissant un « code de bonne conduite des interventions des entreprises en milieu scolaire ». Il a ainsi ouvert grande la porte au marketing en milieu scolaire dont voici quelques exemples français http://www.bastamag.net/Ecole-quand-les-multinationales .

    Aux Etats Unis cela va beaucoup plus loin. Les établissements scolaires acceptent de financer certains matériels en l’échangeant contre du « temps de cerveau disponible » d’élèves.
    Une société spécialisée s’engage à fournir du matériel vidéo aux écoles si les établissements s’engagent en échange à faire regarder aux élèves quelques minutes par jour de pub sur la chaîne dédiée. Lorsque des lycéens se sont révoltés contre cette pratique, ils ont été sanctionnés pour non respect du règlement intérieur. Voici un document d’ATAC qui reprend quelques points http://instits.org/outils/pub_ecole.pdf .

    Il ne s’agit pas que d’un problème de nutrition. Il s’agit d’un problème plus vaste.

    A ours des neiges
    Je suis d’accord avec Ron Swanson ou quelque soit son nom (damned !)et je veux bien être stupide aussi. Thierry Souccar est d’abord un commerçant qui vend sa came http://www.thierrysouccar.com/ .
    Et puis ceci : http://www.lepoint.fr/editos-du-point/anne-jeanblanc/ces-complements-alimentaires-qui-ne-servent-a-rien-18-12-2013-1771601_57.php

    • Je ne suis pas l’avocat de Souccar ......mais je sais qu’il ne vend pas de compléments alimentaires : il y a sur son site " La Nutrition " quelques pubs pour des C.A.

      Il est éditeur de bouquins qui parlent de santé - dont Michel de Lorgeril - " charlatan notoire " dirait Swanson !.....

      C’est un spécialiste de la nutrition , depuis + de 20 ans ( je crois qu’il est diplômé de médecine ), il a pratiqué aux USA , puis comme journaliste à Sciences & Avenir avant de créer son site . Et pour finir , il est auteur de livre sur ces sujets , qui dénoncent certaines arnaques .
      Comme vous et moi , il doit gagner sa vie ; ce n’est sans doute pas un saint , mais de là à le dénigrer ....Vous devriez consulter son site , très bien fait , instructif et offensif .

  • Bonsoir CMT

    Je sais bien que ce n’est pas nouveau. Mais là, c’est factuel, énorme, indéfendable, monstrueux. Ce sera l’objet de ma chronique à la Tête au Carré de jeudi prochain. Le message sera simple : "Parents, à partir de maintenant, dites à vos enfants de ne pas tenir compte de ce que diront les enseignants en matière de nutrition, mettez-les en garde et assurez vous-mêmes l’information de vos enfants.

    Suite à cet accord cadre, l’Education Nationale a perdu toute crédibilité dans de domaine".

    • Dominique,
      c’était déjà factuel, indéfendable, quand la loi qui interdisait l’entrée de la publicité à l’école a été contournée par Jacques Lang. C’était évident qu’on finirait par en arriver là comme il est évident que ça ne va pas s’arrêter en si bon chemin.
      Cela a commencé avec les négocaitions de l’Uruguay round à l’OMC autour de l’accord général du commerce et des services dont l’idée centrale était que toute activité de service peut et doit rentrer dans le secteur "concurrentiel" et marchand.

      Les lois sont là pour fixer un cadre. C’est en ça qu’elles peuvent être utiles.
      On ne peut pas passer son temps à faire des pétitions qui sont dévenues tellement banales que des sociétés se sont spécialisées dans ce créneau (faire signer des pétitions).

      Dans une perspective marchande l’enfant et l’enseignement ne sont pas de buts mais sont des intruments, l’objectif final étant toujours le même, tirer du profit.

      Je suis cependant heureuse que tu puisses en parler à la radio et qu’une pétition circule pour sensibiliser les parents et les enseignants.
      Parce que le but de ces manoeuvres est de banaliser l’entrée puis l’installation pérenne de la publicité à l’école. Nos enfants seront ainsi en but à un lavage de cerveau permanent sans aucun moment de répit.

    • Tout a fait d’ accord ! Bravo à ce médecin qui s’implique et dénonce ce scandale ! Amitiés

  • Bravo Dominique Dupagne de mettre (remettre) plein phare sur ce veritable scandale de l’industrie agro-alimentaire .
    En agissant sur les enfants , il y a un vrai delit de mise en danger sur personnes non averties, non-éduquées, fragilisées par une influence insidieuse qui vise à formater leurs comportements alimentaires au total mepris des consequences pour leur santé

    Regardez cette video edifiante qui se passe de commentaire
    Cela ne se passe pas encore en France, mais on n’en est pas loin
    Jamie Oliver est cuisinier et enseigne l’alimentation à l’ecole aux enfants ...

    http://www.ted.com/talks/jamie_oliver.html

  • Ah les conflits d’intérêts ...

    La santé cela rapporte
    et pas qu’aux soignants ces "arrogants" qui sont pourtant stigmatisés par des campagnes qui détournent l’attention du bon peuple pour que ceux qui dans l’ombre font leur beurre en lançant des rumeurs tout en graissant la patte aux experts de toutes catégories puissent prospérer encore plus

    La santé cela fait peur et cela permet à des intérêts à des sectes de prospérer
    Le pire c’est qu’ l’Etat nous fait croire qu’il peut nous défendre
    cet exemple nous montre bien combien tout est infiltré par des lobbys qui oriente la pensée du plus grand nombre.

    Don Quichotte crève et Sancho finit par éclater tellement sa panse de capitaliste grossit

  • Bonjour,
    On peut effectivement trouver le contenu du site lanutrition.fr très limite (promotion sans fondement de la vitamine D, dénigrement des produits laitiers tous azimuts, éviction des céréales et du gluten chez tout le monde, j’en passe). Mais pour le coup, ils ont relayé une bonne information !

  • Il me semble que le débat est en train de dériver, comme dans le thème de la vaccination, vers une opposition entre deux écoles de pensée, qui va oblitérer toute possibilité de débat constructif et surtout paralyser toute action.

    Alors que le sujet me paraît suffisamment important pour dépasser les querelles de chapelle.

    Je dis seulement que le sujet ne devrait pas être porté par des personnes qui ont des conflits d’intérêts évidents, puisque tout ce qui tourne autour des médecines douces est un marché, au même titre que le marché pharmaceutique, ou le marché de l’agro-alimentaire.
    Il ne s’agit pas de faire sortir l’industrie sucrière de l’école pour y faire entrer d’autres mécènes qui, eux aussi, ont bien des choses à leur vendre.

    La question est donc bien celle de comment protéger les enfants de la publicité et comment les en protéger à l’école plus particulièrement ?.

    Si on apporte une réponse conditionnelle à cette question, à savoir, » les industriels peuvent délivrer une « information » aux enfants en milieu scolaire à condition que »,ce qui est la solution réclamée à cors et à cris par les industriels puisque c’est pour eux un moyen d’éviter qu’on légifère et qu’on interdise, ceux-ci trouveront non pas une mais mille manières de faire passer des messages publicitaires http://www.youtube.com/watch?v=QtGTY_8c8TQ . Messages dont la particularité, ici, est d’être clairement en contradiction avec les données de la science, (puisque le site de l’industrie du sucre proclame qu’il n’y a pas de lien entre sucre et obésité ni entre sucre et diabète http://www.lanutrition.fr/les-news/l-industrie-du-sucre-va-dire-aux-eleves-ce-qu-il-faut-manger.html http://www.lesucre.com/fr/article/alimentation-sante/le-sucre-fait-il-grossir http://www.lesucre.com/fr/article/alimentation-sante/le-sucre-et-le-diabete ) et avec l’intérêt des enfants. Les industriels clament leur capacité à s’autodiscipliner. Les politiques et Jack Lang avec sa charte de bonne conduite ont choisi de les croire sur parole.
    Le problème est qu’il n’y a pas en France, contrairement à d’autres pays comme le Canada ou la Suède, de loi protégeant les enfants contre la publicité en tant que personnes particulièrement vulnérables.
    Le texte invoqué par ATTAC et par Paul Ariés (le texte était de lui) est une circulaire ministérielle, la circulaire du 19 novembre 1936, rappelée ensuite par plusieurs ministres lors de plusieurs autres circulaires. Elle précisait qu’en aucun cas et en aucune manière les maîtres et les élèves ne devaient servir directement ou indirectement à aucune publicité commerciale http://ul.fcpe.rueil.free.fr/IMG/pdf/interdiction_pratiques_commerciales.pdf .

    Le problème c’est qu’une circulaire n’est pas une loi et a une portée très limitée. Ce qu’un ministre a fait un autre peut le défaire sans avoir besoin de consulter qui que ce soit. C’est ce qu’a fait Jack Lang. Il a vidé la circulaire de sa substance car la rédaction d’un code de bonne conduite signifiait, implicitement, qu’on réglait les modalités de partenariats désormais autorisés entre l’école et des sociétés privées. Les politiques se comportent ainsi comme s’ils ignoraient tout des méthodes marketing, comme si les enfants n’étaient pas des personnes vulnérables, et comme si l’école ne devait pas garder sa neutralité, garantie de la gratuité du savoir dispensé, dans un sens humaniste du terme, c’est-à-dire que le savoir doit être dispensé pour lui-même et non pour servir un objectif caché.

    Au Québec les enfants sont protégés de la publicité par deux articles de loi, le premier relevant de la protection du consommateur et le deuxième de la loi sur l’instruction publique. Dans le cadre de la protection du consommateur l’enfant est ^protégé en tant que personne particulièrement vulnérable. Dans le cadre de la loi sur l’instruction publique l’enfant doit être protégé de « toute sollicitation commerciale » car celle-ci est « incompatibles avec la mission de l’école » .http://cbcsq.qc.net/sites/1676/options/opt-20/allard.pdf . La Cous suprême du Canada a même été amenée à se prononcer sur le fait que la protection des enfants justifiait, dans ce cas, une restriction à la liberté d’expression.

    En France les gouvernants ont le mérite de la constance dans la préférence qu’ils accordent aux intérêts commerciaux des industriels de l’agro-alimentaire par rapport à l’intérêt de l’enfant. En 2008 diverses sociétés savantes et professeurs avaient lancé une pétition pour que soit encadrée la publicité pour les aliments gras salés et sucrés à la TV aux heures d’écoute des enfants, ce qui était un projet du gouvernement mis en cause par la pression de groupes d’intérêts. Ils ont seulement obtenu qu’on introduise des injonctions paradoxales (un petit encart dans la publicité pour les barres chocolatées expliquant qu’il ne faut pas trop en manger) http://www.sfsp.fr/activites/file/CPpubalimentaire30-06-08.pdf . Leur argumentaire était pourtant bien étayé car ils avaient mis en avant des études ayant démontré l’effet de la publicité télévisuelle sur la prise de poids des enfants.

    Dans le cas de sollicitations commerciales à l’école enfants et parents sont doublement piégés. D’une part parce que l’enseignement est obligatoire. D’autre part parce que la firme intervenant à l’école s’approprie, à peu de frais, l’image et la légitimité de l’institution scolaire et que les enfants ne sont pas en situation de se défier des « informations » qu’on leur fournit.
    On peut dire que l’Education nationale fournit des victimes pieds et poings liés aux firmes.

    Et avec la modernisation et la volonté de généraliser le numérique à l’école les possibilités d’influence deviennent infinies http://www.education.gouv.fr/pid29064/ecole-numerique.html .

    Pour les enseignants, refuser cette main mise du CEDUS sur l’information nutritionnelle à l’école demande une vraie démarche de réflexion. Semblable à celle des médecins qui refusent les visiteurs médicaux. Mais comme il faut aussi, dans leur cas, s’opposer à la hiérarchie qui avalise la présence des industriels à l’école et leur rôle auprès des enfants cela devient un acte militant dont tous ne sont pas capables.

    A mon avis il ne s’agit pas de lancer une pétition mais plutôt de former un collectif pour faire interdire, comme au Québec, la participation de firmes privées à l’éducation des enfants au sein des établissements scolaires sous quelle que forme que ce soit. Cela au nom de la protection des enfants.

    Des organisations de consommateurs comme « que choisir », à la FCPE, en passant par les syndicats enseignants, les associations anti-publicité, les sociétés savantes qui s’étaient mobilisées contre la publicité télévisuelle, etc beaucoup de monde pourrait être partie prenante de ce combat qui va, bien sûr, à contre sens des politiques actuelles.

  • Ce qui se passe n’est pas une surprise mais bravo pour avoir signaler cela. On a à nouveau un cocktail associant : incompétence, paresse ou inertie, porosité à la corruption

    Il n’y a pas de pb métaphysique sur ce qui se passe, sur la gestion des conflits d’intérêt, sur la confiance envers l’Education Nationale ou les industriels. C’est un peu comme si l’Education Nationale concluait un partenariat avec les violeurs d’enfants pour les cours d’éducation sexuelle.

    Cela n’est pas une surprise,

    - le Programme national nutrition santé est mené par le ministère de la santé, avec pour principal partenaire le ministère de l’agriculture ! Le loup est depuis longtemps dans la bergerie.

    - pour la lutte contre l’alcool le ministère de la santé a créé un "conseil de la modération" qui fait large place aux alcooliers, si bien que les gens normaux n’y siègent plus.

    - etc ...

    ces qq réactions mettent un peu de baume au coeur. Hélas, il faut noter la passivité chronique des experts patentés (Haut Conseil de Santé Publique etc ), universitaires et sociétés savantes. Coincidence, la Société Française de Santé Publique, dans sa lettre du 6 février 2014 se félicite du nouveau plan Nutrition Santé ! http://www.sfsp.fr/flash_email/index.php?cid=324 Mais mon coté scientifique me fait douter des coincidences. Le déni de réalité, manque de moyens, découragement ...

    Enfin il faut voir le bon coté des choses, si l’industrie du sucre peut mettre un bémol au "5 fruits par jour" c’est pas si mal, le régime chimpanzé je trouve cela très limite.

  • Lobbying (suite)

    cette semaine la Société Francaise de Santé Publique publie une offre d’emploi

    http://www.bdsp.ehesp.fr/Emploi/9159/responsable-des-programmes-de-sante-publique-abbvie-h-f-cdi/

    Sauf erreur, le poste si c’est pas pour faire du lobbying, ça y ressemble beaucoup !

    Sur le labo concerné, il est connu comme le loup blanc, a tel point qu’il a du changer de nom !
    Ci après quelques extraits du casier judiciaire :

    - Dec 2013 : the U.S. Department of Justice announced that global pharmaceuticals and healthcare products company Abbott Laboratories has agreed to pay the United States $5.475 million to resolve allegations that the company violated the False Claims Act by paying improper kickbacks to induce doctors to use some of its products.

    - Amende record pour Abbott. Un tribunal fédéral du Texas a condamné le groupe pharmaceutique américain à verser 1,7 milliard de dollars (1,2 milliard d’euros) de dommages et intérêts à Centocor Ortho Biotech, une filiale de son compatriote Johnson & Johnson, pour violation de brevet. Les Echos n° 20456 du 01 Juillet 2009 • page 21

    - Abbott France a été condamné par le Conseil de la concurrence à une amende de 2 MF (300 000 €) pour abus de position dominante en 1993 et 1994

  • A A Braillon,
    Je suis d’accord avec ça. Il y a quelques années j’ai été aussi assez étonnée de recevoir, à l’issue d’une formation Repop (réseau de prévention et de prise en charge de l’obésité dont la principale source de financement est publique) une brochure mettant en avant le partenariat établi avec Mc Donald. A l’époque je ne savais pas tout ce que je sais maintenant.

    A DD
    J’ai trouvé ta chronique très bien mais je ne crois pas à la mission d’enquête parlementaire. Si tu te rappelles, il y a eu deux missions d’enquête parlementaire après la fausse pandémie grippale, dont une mission sénatoriale excellemment dirigée par François Autain où nous avons appris bien des choses passionnantes grâce aux auditions. Le résultat ? Néant.

    Je pense, comme toi, qu’un pas de trop a été franchi dans une démarche foncièrement cohérente quoique totalement sournoise et immorale d’inféodation de l’intérêt général aux intérêts particuliers.
    L’Education nationale est une institution symbolique dans la république. L’instruction est censée contribuer, dans une perspective humaniste, à l’émancipation des individus et non à leur asservissement.

    Dans le cas des habitudes alimentaires le rôle joué par l’éducation est particulièrement clair puisque les familles de milieux socio-économiques favorisés se défendent et défendent beaucoup mieux leurs enfants contre les effets de la publicité. Un enfant d’ouvrier a dix fois plus de risques de devenir obèse qu’un enfant de cadre.

    Les enfants ne trouvant pas d’information critique dans leur milieu familial doivent compter sur l’école pour la leur fournir.
    Le projet de collaboration avec le CEDUS a de très fortes chances de se transformer en un formidable accélérateur d’inégalités.

    On se prépare à utiliser l’école pour faire des enfants des consommateurs dociles et acritiques et des travailleurs soumis et arréflexifs.

    Pour moi, il faudrait que des organisations ayant un poids politique suffisant fassent pression sur les autorités afin qu’une loi soit édictée. Une loi interdisant ce genre de partenariat pour protéger les enfants. Une loi avec des sanctions à la clé, sans quoi elle restera sans effet.

    Je pense que c’est un combat de longue haleine et j’espère une réaction de la part des associations de parents, car les parents sont les représentants légaux des enfants et les premiers concernés.

    J’espère aussi une réaction des syndicats d’enseignants parce que l’immense majorité des enseignants n’ont pas signé pour ça. S’ils avaient voulu servir de VRP à l’industrie sucrière ils auraient fait école de commerce. Ils vont subir une terrible perte de sens (que subissent aussi la plupart d’entre nous dans leur travail, des causes semblables générant les mêmes effets).

    J’espère aussi une réaction des sociétés savantes et des professeurs qui avaient lancé la précédente pétition contre la publicité TV pour la malbouffe. Car à quoi servent tous les efforts faits en aval si on conditionne en amont les enfants pour qu’ils génèrent leur propre pathologie ? Là aussi il y a une terrible perte de sens à l’image de ce que subit la société dans son ensemble.

    • Je suis d’accord avec toi. Pire, je pense que nous n’avons aucune chance de faire changer quoi ce soit. Trop d’intérêts financiers sont en jeu. Pour en arriver à une telle forfaiture, il est probable que le parti socialiste (comme les autres) reçoit des dons significatifs de l’industrie sucrière. Tout cela nous dépasse.

      Parfois, je me demande ce qui se passe dans la tête des femmes qui travaillent au CEDUS ou à l’agence Hopscotch et qui emmènent leurs enfants à l’école le matin. Comment arrivent-elles à se regarder dans une glace ?

      Dans ma chronique, j’ai manié deux menaces :
      - L’incitation à la perte de confiance dans les enseignants, dans le but de les faire réagir. Ils ne peuvent plus se permettre de rester passifs.
      - La mission d’enquête parlementaire. François Autain, en vieux briscard de la politique, savait très bien qu’il n’en sortirait rien. Le seul intérêt est de faire rôtir sur le grill, et devant les cameras, les acteurs de type d’affaire. Ils détestent ça et c’est une menance qu’ils ne prennent pas à la légère. Les pétitions, en revanche...

      Et surtout, j’ai refusé le débat sur l’étude qualitative des documents du CEDUS (l’accord prévoit leur validation par le ministère) car c’est un piège. Souvent, le message promotionnel est discret, quasi subliminal, comme ici http://www.dailymotion.com/video/xv8lbn_le-merveilleux-repas-d-ulysse_creation (entre 4’55’ et 5’05")

    • Oui, j’ai bien noté que tu avais évité ce piège.
      Je continue à espérer que les parents vont se saisir du problème. Éventuellement impliquer une association de consommateurs comme l’UFC que choisir, qui dispose de gros moyens financiers et d’une équipe de juristes compétents.

  • En profitant de l’élan donné aux dénonciations des hypocrisies de nos gouvernements respectifs , les campagnes sur l’emploi de antibiotiques " Les antibiotiques c’est pas automatique " !!!
    belle hypocrisie quand on découvre les masses d’antibiotiques injectés aux animaux dans les filières agro alimentaires très puissantes ..et aucune étude , aucun Véritable contrôle ni dosage
    d’où l’absorption massive et les résistances transmises par viandes ou poissons d’élevage interposés. Qui va s’élever contre les multi nationales dans ce domaine ..ou arrêter de consommernon pas "Bio" mais "Antibios" !

  • Une étude américaine qui vient tout juste d’être publiée online dans le JAMA Internal Medicine (ex Archives of )

    "Most US adults consume more added sugar than is recommended for a healthy diet. We observed a significant relationship between added sugar consumption and increased risk for CVD mortality."

    Yang et al. Added Sugar Intake and Cardiovascular Diseases Mortality Among US Adults.
    JAMA Intern Med. online February 03, 2014. doi:10.1001/jamainternmed.2013.13563

    http://archinte.jamanetwork.com/article.aspx?articleid=1819573

  • Bonjour,

    Je suis une simple lectrice (enseignante), et je vous remercie pour l’information de qualité que vous délivrez régulièrement et qui me permet de mieux comprendre de nombreux enjeux de société et de santé publique.

    En ce qui concerne cet accord, c’est le genre d’information que beaucoup de citoyens aimeraient trouver dans les médias à large diffusion. N’avez-vous pas songé à contacter des journalistes ?

    Mais pour apporter mon point de vue, je pense qu’il faut nuancer la portée que ce type de partenariat peut avoir dans les établissements. Les enseignants disposent de leur liberté pédagogique et ne sont jamais incités à utiliser telle ou telle source précise d’information, et en aucun cas des documents promotionnels ou publicitaires pour faire cours. Ce sont les professeurs de SVT qui délivrent principalement l’enseignement sur la nutrition, et je ne pense pas qu’ils puissent se faire massivement influencer par ce type de source.

    Ce type de partenariat risque de donner lieu à des actions très ponctuelles. La semaine du goût par exemple, passe souvent complètement inaperçue : quelques plats internationaux ou régionaux à la cantine, quelques panneaux d’affichage que les élèves ne lisent pas...

    Les influences néfastes de la publicité, du marketing en faveur de la nourriture industrielle de mauvaise qualité etc. sont un fait de société beaucoup plus large.
    L’urgence serait d’abord de constater des menus plus équilibrés à la cantine et surtout de mettre en place une véritable cuisine à base de produits frais, qui bannit les desserts et entrées industriels des menus des enfants !

    Je vous remercie en tout cas et vous souhaite une bonne journée.

    • PS : excusez-moi pour l’erreur, je n’avais pas vu que vous aviez déjà communiqué à ce sujet sur France-Inter.

    • Bonjour
      L’éducation nationale est votre employeur. Vous me dites que vous ne vous sentez pas liée par les partenariat que noue votre employeur. Je veux bien vous croire, mais j’aimerais que vous et vos collègues l’expriment collectivement et fermement, avant d’accepter de vous faire de nouveau confiance.

      Quoi que vous en pensiez, l’Education nationale parle en votre nom, et l’accord, si vous le lisez bien, dépasse largement la fourniture de quelques documents pédagogiques. C’est le loup dans la bergerie.

  • Je trouve inquiétant que les enseignants pensent que c’est un problème mineur et qu’ils se croient immunisés contre le marketing des sucriers.
    Nous retombons dans les mêmes problématiques que celles de la visite médicale des médecins, où les médecins qui se croient aussi immunisés contre les effets de cette visite sont aussi ceux qui y sont le plus sensibles. Rappelons que 70% des spécialistes et 80% des généralistes environ, reçoivent des visiteurs médicaux des laboratoires et que cette proportion a peu varié dans le temps.

    A priori, les médecins qui sont des libéraux, sont plutôt avertis par rapport aux techniques marketing utilisées par les visiteurs médicaux. Cela ne les empêche pas du tout d’être influencés comme le montrent plusieurs études http://www.medsyn.fr/perso/g.perrin/cyberdoc/controverses/medic/visiteurs-medicaux.htm
    http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2008/08/21/oubliez-l-ebm-et-la-science-les-visiteurs-medicaux-tiennent.html#more .

    Comme l’indique le deuxième article les techniques d’influence ne font pas appel à la rationalité du médecin. Bien au contraire, elles la contournent.
    L’apparente rationalité de l’argumentaire est uniquement là pour l’habillage, pour permettre aux mécanismes d’influence de jouer pleinement leur rôle.

    Les techniques d’influence font appel à des mécanismes beaucoup plus archaïques que les mécanismes conscients et aboutissent à ce que Joules et Beauvois ont appelé « la soumission librement consentie ». Les mécanismes mis en jeu sont des mécanismes largement inconscients qui sont étudiés dans le cadre de la psychologie de l’engagement.
    La réciprocité, le besoin d’être cohérent, l’implication affective, voila quelques unes des raisons qui déterminent qu’on agit d’une certaine façon parce que… on agit d’une certaine façon. Nos actes nous engagent plus que notre réflexion et nos valeurs. Voici deux documents qui décrivent ces mécanismes http://ecolereferences.blogspot.fr/2011/10/la-soumission-librement-consentie-par.html , http://eduscol.education.fr/cid46304/la-psychologie-de-l-engagement-ou-l-art-d-obtenir-sans-imposer.html . Le premier met en scène une enseignante qui tente d’obtenir des comportements vertueux de ses élèves, le deuxième est un document éduscol.

    On sait quelles sont les positions soutenues par l’industrie sucrière . Elles sont bien représentées par le Pr Patrick Tounian, qui a lui-même un conflit d’intérêt avec Nestlé et qui est cité en exemple par le CEDUS : http://lesucre.com/fr/article/alimentation-sante/controverse-sur-le-sucre « L’excès de sucres chez l’enfant occasionne une véritable peur phobique chez un grand nombre de parents et de professionnels de santé […], la peur de sucre est clairement démesurée chez l’enfant » affirme le Pr Patrick Tounian, dans un communiqué de la Société Française de Pédiatrie du 8 février 2012. »

    Les idées mises en avant sont reprises dans cette série d’articles : http://leplus.nouvelobs.com/PatrickTounian
    -  interdire aux enfants la malbouffe c’est de la maltraitance (habile manière de faire culpabiliser les parents de tenter d’éduquer leurs enfants)
    -  ce n’est pas la malbouffe qui rend les enfants obèses car l’obésité est une maladie génétique

    Puisque les parent qui tentent d’éduquer leurs enfants sont des parents maltraitants et que de toutes façons l’obésité est une maladie génétique autant abandonner tout de suite et laisser le soin au CEDUS d’éduquer les enfants à bien se nourrir.

    Les enseignants auront beau savoir tout cela, à supposer qu’ils le sachent, les commerciaux de l’industrie sucrière ne sont pas moins habiles que ceux de Big Pharma. La raison ne joue aucun rôle dans cette histoire.
    Dès lors qu’on laisse le marketing entrer dans les écoles la bataille est perdue d’avance.
    J’ai du mal à croire que Vincent Peillon ne le sache pas.
    Pourquoi donc l’éducation nationale a-t-elle besoin des documents pédagogiques du CEDUS ? Bien médiocre justification.

    L’association Que choisir subodore qu’il y a anguille sous roche et qu’il ne s’agit pas « simplement » (c’est déjà aller trop loin) de mettre des documents pédagogiques à la disposition des enseignants.

  • Bonjour,

    L’impact des lobbies agro-alimentaires sur l’éducation n’est pas d’aujourd’hui !...

    Que certains de mes contemporains se rappellent les campagnes des années 50 et 60 dans les maternelles et écoles primaires où des boîtes de lait concentré sucré d’une marque bien connue étaient distribuées aux élèves pendent la sieste !...mes caries précoces s’en souviennent encore !...

    Docmars

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