Accueil Désinformation Cancer de la prostate : un problème de langue.
Publié le
26 juin 2008

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Auteur :
Dominique Dupagne




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Cancer de la prostate : un problème de langue.
Où l’on comprendra pourquoi les urologues s’obstinent à vouloir pratiquer le dépistage du cancer de la prostate

Savoir lire l’anglais est devenu quasi indispensable pour accéder à une information médicale de pointe. Des formations devraient être organisées dans certaines spécialités.

Le dépistage du cancer de la prostate est controversé. Aussi bizarre que cela puisse paraître, tout dépistage n’est pas forcément bénéfique. Par exemple, vous n’avez jamais entendu parler de dépistage de cancer du cerveau : cela ne sert à rien ; on ne guérit pas ceux que l’on trouve et l’on inquiète inutilement (ou on opère pour rien) des gens qui n’auraient jamais eu de problème. Globalement, ce dépistage serait néfaste pour les patients.

Pour la prostate, c’est un peu plus compliqué, mais le résultat est quasiment le même. La Haute Autorité de Santé l’a confirmé. Vous trouverez des explications détaillées et des liens ici ou .

Je me suis toujours demandé pourquoi les urologues s’obstinaient à recommander ce dépistage par dosage des PSA dans le sang contre l’évidence scientifique. Les urologues avec qui j’en ai parlé sont des médecins dévoués et sincères et non des Dr Knock.

En fait, j’ai trouvé récemment l’explication : l’Union Régionale des Médecins Libéraux de l’île de la Réunion a organisé une campagne de communication sur ce sujet, pour mettre en garde les patients contre ce dépistage à l’intérêt douteux. Cette campagne a suscité des réactions chez les urologues et notamment dans un article du Journal de la Réunion.

L’urologue interviewé conteste cette mise en cause du dépistage, accuse la Haute Autorité de Santé de "trafiquer" les études (? !) et les généralistes d’être mal formés. Pour étayer ses dires, il cite une étude scandinave dont il donne les références précises (note à la fin de l’article).

Cette publication est consultable (résumé en accès libre, article payant) ici. Je recopie la fin de sa conclusion :

"PSA is a valid screening test for prostate cancer, which compares favorably with mammography for breast cancer. However, until an effect on mortality has been shown, routine screening cannot be recommended."

Je ne suis pas un spécialiste de l’anglais, mais la dernière phrase dit clairement "Cependant, tant qu’un effet sur la mortalité n’aura pas été prouvé, un dépistage de routine ne peut être recommandé".

Que dit cet article ? Rien d’autre que ce que disent la HAS et les médecins de la Réunion, ainsi que bien d’autres sociétés savantes : Certes, le dosage des PSA permet de trouver beaucoup de cancers, mais nous ne savons pas quoi en faire car ce cancer est très fréquent et tue très rarement ceux qui en sont porteurs. En revanche, le dépistage mutile (souvent) et tue (plus rarement) des hommes qui n’auraient jamais entendu parler de leur cancer si on leur avait fichu la paix. De plus, enlever la prostate cancéreuse ne protège pas des métastases. Dans ces conditions, et faute d’avoir montré une baisse de la mortalité par le dépistage, il est tout à fait licite de s’abstenir de faire doser ses PSA.

Donc, pour justifier le dépistage, cet urologue se réclame d’une publication qui conclut que le dépistage n’est pas justifié.

L’explication est finalement simple : certains urologues fondent leur actions sur des travaux scientifiques qu’ils ne comprennent pas, faute de traduction. Il faut débloquer d’urgence des budgets pour apprendre aux urologues à lire l’anglais.

Prochain terrain d’étude : les gynécologues et le traitement hormonal de la ménopause.






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