Accueil Coups de coeur, coups de gueule Télémédecine, grrr !
Publié le
26 octobre 2010

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Auteur :
Dr Dominique Dupagne

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Télémédecine, grrr !
La téléconsultation est une fausse bonne idée

Après avoir organisé scientifiquement la disparition du médecin de famille, la Ministre de la santé livre les déserts médicaux à ses partenaires. Plus grave, l’ordre des médecins se fait à la fois acteur et complice de ce mouvement. Vendue au public comme une simplification et une modernité, la télémédecine est en l’état une fausse bonne idée qui va aggraver la situation sanitaire de nos campagnes. La France n’est pas le Canada ni l’Australie.

C’est parti, Roselyne Bachelot a donné le feu vert à la médecine à distance, dite télémédecine. À ne pas confondre avec la médecine à la télé bien sûr, vieille comme le tube cathodique. Intouchable malgré son fiasco H1N1, Mme Bachelot nous explique que la télémédecine va résoudre le problème de la démographie médicale.

Bon, pour une fois, je vais vraiment m’énerver. Mon ami Christian Lehmann qui exprime si bien sa colère me reproche souvent une communication trop lissée, trop pauvre en émotions. La coupe est pleine, j’en ai assez d’être cerné par une armée de médiocres.

La médecine se meurt de sa deshumanisation. Ce n’est pas nouveau, mais l’accélération est palpable.

L’hôpital est devenu une machine à broyer les êtres, une bibliothèque de procédures où le patient est un matériel comme un autre, que l’on veut identifier (tracer) par un bracelet. Les soignants sont tellement découragés qu’il devient difficile de recruter du personnel stable. La fable des rameurs y est devenue la règle et la qualité des soins s’effondre proportionnellement à l’augmentation galopante des coûts. Pas besoin de chiffres pour s’en rendre compte, il suffit de tomber malade ou de discuter avec n’importe quelle infirmière ou aide-soignante. Elles se battent au quotidien contre des procédures inadaptées, pour continuer à soigner tant bien que mal leurs patients.

Les médecins libéraux, et notamment les médecins généralistes, vieillissent ne sont pas remplacés par les jeunes générations. Aussi attirant que paraisse ce métier vu de l’extérieur, notamment du fait de son prestige et de sa rémunération, c’est un enfer social qui répugne aux jeunes diplômés.

Le mouvement est tellement avancé pour la médecine générale qu’il n’est plus réversible. Tout au plus peut-on espérer que les médecins généralistes actuels prennent leur retraite un peu plus tard, le temps qu’on ne sait quel miracle survienne (un effondrement des retraites ?).

Ce n’est même pas une question d’argent : chaque fois qu’un médecin généraliste est remplacé par autre chose, cela coûte 5 à 20 fois plus cher. Une consultation aux urgences de l’hôpital coûte 220 euros, une sortie de camion de SAMU pour une crise de tétanie, c’est 600 euros, une vaccination contre la grippe dans un vaccinodrome, c’est 60 euros. Une consultation banale à l’hôpital, c’est 100 euros (c’est le coût pour la collectivité, pas ce qui est facturé au patient). Les centres de santé municipaux sont des gouffres financiers que peu de mairies ont les moyens d’entretenir.

Tout se passe comme si le Ministère de la santé était hanté depuis 10 ans par un démon qui cherche à la fois à détruire le tissu sanitaire et à faire flamber les coûts, tout en faisant semblant de tenter de les réduire. La fable des rameurs vous dis-je !

Soyons clair : la télémédecine est à la médecine ce que le standard automatique est à la standardiste :

Certes, il y a quelques besoins ponctuels dans des niches comme la surveillance cardiologique ou l’adaptation de traitements complexes. Mais comment peut-on imaginer que la présence rassurante du médecin de famille puisse être utilement remplacée par un téléphone ou une webcam ? Qui peut croire que la télémédecine constitue une bonne solution pour résoudre le problème de la démographie médicale ? Qui oserait affirmer que la médecine peut se passer de la vue, du toucher, et de l’intense communication non verbale qui enrichit l’échange singulier ?

Le pire, ou le plus drôle pour les cyniques, est que ces nouvelles missions vont capter les rares jeunes généralistes disponibles et vont donc encore aggraver la désertification médicale qui touche désormais certains arrondissements parisiens.

Je vous prédis sans grand risque de me tromper que les budgets débloqués vont aboutir, comme dans les exemples déjà cités, à un surcoût pour la collectivité par rapport à celui d’un médecin généraliste libéral. La muraille administrative dressée par les ARS autour des quelques éléments utiles de la télémédecine (renouvellements d’ordonnances, certificats) annulera le bénéfice potentiel pour le médecin débordé ou le patient isolé. Les médecins n’ont pas attendu une loi pour téléphoner à leurs patients ou leur faire parvenir des ordonnances. Tout le monde doit comprendre qu’il ne s’agit pas de faciliter ces dépannages, mais de les encadrer avec des procédures dont les structures sanitaires ont le secret.

Je suis révolté de voir le conseil de l’ordre des médecins soutenir cette mise à mal de l’humanisme médical et dans le même temps, harceler et condamner un généraliste qui ose lui demander de respecter la loi. Il y a une terrible ambivalence a soutenir une mauvaise solution pour résoudre un vrai problème que l’on contribue à entretenir. En tout cas, le message Tarpin a été clair pour les jeunes diplômés : ils nous demandent la carte des départements où il faut éviter de s’installer, départements qui seront donc de superbes terrains de jeux pour les télémachins et leurs partenaires industriels. 2010 a été l’année des fabricants de vaccins, 2011 sera celle des Télécoms. Qui est en train de négocier 2012 en haut-lieu ?

Post-scriptum 1 : Beaucoup s’étonnent de ma réaction. Moi, le chantre de la Médecine 2.0, comment puis-je être réfractaire au progrès technique ? Ma réponse est dans le premier article que j’ai écrit sur la Médecine 2.0, en 2007. L’avenir n’est pas dans moins d’humain, mais dans un retour vers l’humanisme. Il y a un grand danger à assimiler la progrès à une simple évolution technique.

Post-scriptum 2 : La parole à Guy Carlier


Il faut que tu respires
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Post-scriptum 3 : Jacques Lucas me demande de préciser que la position du CNOM est toute entière dans ce texte de janvier 2009.



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