Accueil Coups de coeur, coups de gueule Corruption : ne pas la prévoir, c’est déjà gémir
Publié le
22 mars 2017

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Auteur :
Dr Dominique Dupagne

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Corruption : ne pas la prévoir, c’est déjà gémir
La corruption n’est pas une perversion des êtres, c’est un retour au naturel

La chute brutale du ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux et les lourdes charges qui pèsent sur François Fillon provoquent de nombreuses réactions effarées : les hommes politiques seraient incroyablement malhonnêtes. C’est bien mal connaître la nature humaine.

Le paléoanthropologue Pascal Picq explique depuis des années que l’on ne naît pas humain, on le devient. À notre naissance, nous ne sommes que des hommes, c’est à dire des primates particulièrement évolués et intelligents.

Comme nos cousins les grands singes grégaires, nous sommes manipulateurs, corrupteurs, corrompus et en quête du pouvoir et de ses attributs. Ces comportements sont le fruit de l’évolution darwinienne car ils ont favorisé ceux qui les adoptaient ; mais ce qui fait de nous des humains est inscrit dans notre cerveau par l’éducation et la culture, qui développent chez l’homme du néolithique de nouveaux comportements sociaux encore plus favorables à l’extension et la survie du groupe qui les adopte.

Pour autant, ce vernis culturel est fragile. Les puissants déterminants génétiques qui nous habitent sont prêts à ressurgir à tout moment. Ce retour au primitif touche les deux extrêmes de nos sociétés : les enfants abandonnés à eux-mêmes, et les hommes (ou femmes) de pouvoir.

Le pouvoir ne rend pas fou, comme l’affirmait Lord Acton, il restaure simplement les instincts prédateurs primitifs, surtout chez ceux qui y étaient prédisposés, qui sont justement ceux qui recherchent des postes de pouvoir, et qui les obtiennent. La coloration politique des élus ne joue aucun rôle dans ces comportements. Dans une émission passionnante sur l’affaire URBA, Fabrice Drouelle et Laurent Joffrin nous permettent de comprendre comment des hommes de gauche en quête de pouvoir ont facilement adopté les méthodes crapuleuses de ceux qu’ils combattaient. Nécessité fait loi.

La corruption, la prévarication et l’abus de biens publics ou sociaux, sont des comportements naturels censés être contrôlés par notre éducation. Nous disposons pourtant d’études sociologiques qui montrent que, contrairement à un préjugé répandu, la pratique du mensonge, de la triche, du vol et de la violence (routière) augmente avec la position sociale. Les riches se comportent plus mal que les pauvres !

La corruption n’est pas un phénomène anormal, bien au contraire. Elle s’inscrit dans une norme biologique plus ou moins contrôlée par la morale et l’éthique enseignée aux enfants (cette formation s’arrête généralement après le lycée, et l’exemple des adultes n’est pas brillant...).

Lutter contre la corruption des élus et des dépositaires de pouvoir nécessite donc une prise en compte de cette triste réalité sociobiologique : un élu est un individu à très haut risque. Il devrait exister un fichier des sujets à risque de corruption, avec des catégories, par exemple la lettre C pour ceux nécessitant juste une surveillance continue. Être fiché "C" ne serait donc pas infamant, mais le résultat d’une simple mesure de précaution pour tous les élus. Enfin, il faudrait créer dans les prisons des unités de décorruption pour ceux qui sont passés à l’acte et qui risquent de contaminer les autres détenus [1].

Seul un service policier spécifique et correctement doté en hommes et en moyens, voire un ministère spécifique, permettront de lutter efficacement contre la corruption. Contrairement à d’autres dépenses publiques, ce service serait susceptible de générer des économies supérieures à son coût de fonctionnement.

J’espère convaincre les candidats à la présidentielle d’ajouter cette mesure à leur programme.

Notes

[1] Je ne pensais pas qu’il serait nécessaire de le préciser, mais il s’agit bien sûr d’une blague qui répond au ficher "S" de la lutte antiterroriste.



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