Accueil Médicaments Les dangers du vaccin contre la grippe ne sont pas ceux que l’on croit
Publié le
3 octobre 2016
Publication
antérieure :

14 octobre 2015


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Auteur :
Dr Dominique Dupagne

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Les dangers du vaccin contre la grippe ne sont pas ceux que l’on croit
Eventuellement utile chez les vieillards et les grands malades, la vaccination antigrippale systématique chez les moins de 75 ans est une aberration

Se vacciner tous les ans contre la grippe induit une immunité modeste et éphémère. La maladie grippale apporte au contraire une immunité forte, durable, et étendue à des virus grippaux proches de celui ayant provoqué la maladie. En privant des adultes d’une protection naturelle, la vaccination antigrippale annuelle pourrait avoir des conséquences graves lors de leur grand âge.

L’injection du vaccin contre la grippe saisonnière est-elle dangereuse par elle-même ? Certainement pas. Il ne contient aucun adjuvant et notamment pas d’aluminium. La probabilité pour qu’il déclenche une maladie auto-immune est proche de zéro, contrairement au vaccin contre la grippe pandémique de 2009 (Pandemrix®) qui contenait un adjuvant lipidique, à l’origine de nombreux effets secondaires.

Mais la vaccination annuelle chez des sujets de moins de 80 ans en bonne santé et/ou souffrant d’une affection chronique peu menaçante (comme le diabète de type 2) pourrait exposer à des risques graves et rarement pris en compte.

Le faible nombre de morts lors de la pandémie grippale de 2009/2010 s’explique par l’immunisation naturelle de la population âgée : ayant rencontré un virus proche du virus pandémique A/H1N1 pendant leur jeunesse, les plus de 60 ans possédaient une immunité résiduelle qui "débordait" sur les virus apparentés, et notamment sur le virus pandémique. Cette immunité contre la grippe élargie aux cousins du virus qui les avait infectés plus jeunes, n’a pu être acquise que lors de maladies grippales successives infectant tout l’organisme et stimulant fortement le système immunitaire.

Les vieux ont été sauvés de la grippe en 2009/2010 par leurs anciennes grippes !

En pratique, les seniors ont été sauvés de la grippe pandémique parce qu’ils avaient déjà eu la grippe et que leur système immunitaire en gardait une forte mémoire, élargie à d’éventuelles variantes du virus qui les avait contaminés.

Ce phénomène de mémoire immunitaire durable et étendue ne suffit pas à éviter tous les décès chez les vieillards et les insuffisants respiratoires ou cardiaques, mais contribue fortement à les limiter.

Que se passe-t-il si l’on se vaccine tous les ans contre la grippe ?

L’immunité conférée par le vaccin antigrippal saisonnier n’a rien à voir avec celle conférée par la grippe elle-même. Cette immunité vaccinale est modeste et éphémère. Modeste car elle ne protège qu’à 50% contre la maladie (la probabilité de contracter la grippe est divisée par 2), et éphémère (6 à 12 mois [1]) car en l’absence d’adjuvant, la stimulation immunitaire est très fugace.

Information officielle sur les vaccins antigrippaux.

C’est pourquoi les autorités sanitaires recommandent de répéter la vaccination tous les ans, même si les souches virales utilisées sont identiques deux années de suite [2].

Les recommandations officielles de vaccination antigrippale concernent les sujets de plus de 65 ans et les patients atteints d’une maladie chronique. Or, les jeunes retraités et les malades chroniques en bonne santé apparente ne sont quasiment pas concernés par le risque de décès grippal :

Age des patients décédés de la grippe lors de la surveillance de la grippe 2004-2005 sur 22 départements. Source

En vaccinant tous les ans ces populations en bonne santé et peu exposées au décès d’origine grippale, nous les privons de l’opportunité de contracter une grippe qui aurait protégé leurs vieux jours en induisant une forte immunité.

Le risque d’inefficacité du vaccin antigrippal ne peut être éliminé

Du fait de sa fabrication lancée 6 mois avant l’épidémie, le vaccin grippal n’est pas toujours adapté aux virus qui seront effectivement responsables de l’épidémie. C’est arrivé notamment en 2014/2015 : le virus circulant s’est révélé différent de celui choisi pour le vaccin. Ce problème est inévitable et survient régulièrement.

Or, que se passera-t-il dans quelques années, lorsque la tranche d’âge 80-100 ans aura été vaccinée tous les ans depuis 30 ans, et donc empêchée de développer une puissante immunité naturelle contre les virus grippaux ? Si un nouvel échec vaccinal survient, ces vieillards fragiles seront démunis face à l’épidémie. Privés depuis 30 ans de la forte protection naturelle induite par la maladie, et ayant reçu un vaccin inefficace, ils seront privés de défenses face au virus circulant [3].

Il est hautement probable que la mortalité de ces vieillards sera alors dramatique. J’ai le sentiment que cette éventualité qui n’a rien d’absurde a été totalement négligée par nos autorités sanitaires. Pour éviter cet écueil, il faudrait sans doute réserver la vaccination aux grands vieillards et aux malades en état instable [4].

Un autre argument plaide pour l’utilisation volontairement limitée du vaccin grippal : le meilleur moyen de sélectionner un virus mutant est d’opposer un obstacle au virus "standard". Cela s’appelle de la "pression sélective". Si un grand nombre de français sont vaccinés, cette pression sélective favorisera obligatoirement la diffusion de virus nouveaux, résistants aux anticorps induits par le vaccin, suivant un mécanisme comparable dans son principe aux résistances bactériennes induites par les antibiotiques. Etendre la vaccination, c’est menacer l’efficacité du vaccin pour ceux qui en ont vraiment besoin.

Bref, j’ai l’impression que nos autorités sanitaires jouent aux apprentis sorciers avec leur campagne incitant à une vaccination antigrippale massive.

Notes

[1] Le caractère éphémère de la protection vaccinale antigrippale est une notion peu connue mais officielle.

[2] Le virus grippal mute régulièrement, et le vaccin de l’hémisphère nord est fabriqué au printemps pour l’hiver suivant, à partir des souches virales actives dans l’hémisphère sud.

[3] La violence de l’épidémie grippale de 2014/2015 chez les vieillards, année où le vaccin était inadapté, alimente cette inquiétude. J’ai cherché en vain une information capitale : parmi les décès grippaux, quels était le pourcentage de vieillards vaccinés tous les ans ? Cette donnée serait pourtant très intéressante. La seule information officielle communiquée nous apprend que la moitié des cas d’hospitalisation pour grippe grave concerne des vaccinés, et que les moins de 65 ans représentent également la moitié des hospitalisations. Il est impossible de tirer une relation de cause à effet de cette statistique pourtant troublante : les vaccinés ont une probabilité 5 fois supérieure aux non-vaccinés d’être hospitalisés pour une grippe grave (10% de la population est vaccinée).

[4] Le vaccin contre la varicelle a pourtant fait l’objet d’un débat de ce type : la varicelle est presque toujours bénigne chez l’enfant, mais peut être grave chez l’adulte. La contagiosité de la varicelle est telle que presque tous les adultes sont immunisés après avoir contracté la maladie dans l’enfance. Lancer une vaccination contre la varicelle exposerait les adultes non vaccinés ou mal vaccinés à une maladie redoutable. C’est la raison pour laquelle le Haut Conseil de la Santé Publique ne recommande pas la généralisation de cette vaccination.



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