Accueil Médicaments La Dépakine chez le psychanalyste
Publié le
27 février 2016

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Auteur :
Dr Dominique Dupagne

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La Dépakine chez le psychanalyste

Nous pensons avec des mots, et donc les mots sont importants. C’est la raison pour laquelle les hommes politiques parlent de croissance négative plutôt que de récession ! L’affaire de la DEPAKINE, médicament antiépileptique dont la toxicité chez le foetus n’a été pleinement révélée au public que tardivement, en apporte une preuve supplémentaire.

La DEPAKINE (qui contient du valproate) est un médicament destiné à prévenir les crises d’épilepsie. Son intérêt médical est incontestable et l’OMS le classe parmi les 100 médicaments majeurs.

Ce médicament était connu depuis longtemps pour exposer les foetus des mères traitées pendant leur grossesse à un risque très augmenté de malformations rares et graves de la colonne vertébrale.

Il est également démontré depuis plus de 20 ans que ce médicament accroit fortement le risque de trouble du développement neuropsychique chez l’enfant exposé pendant la grossesse. Il a été reproché il y a 10 mois aux laboratoires et à l’Agence du médicament d’avoir trop longtemps minimisé ce risque dans les documents d’information portés à la connaissance des médecins et des patients. Je comprends la rage des femmes qui découvrent brutalement que le retard d’apprentissage ou l’autisme de leur enfant est probablement lié à la prise de ce médicament pendant leur grossesse, sans qu’aucun médecin ne leur en ait jamais parlé.

Nous retrouvons là une attitude française, pour ne pas dire franchouillarde : dire au public ce que l’on veut qu’il entende, pour qu’il adhère à ce que les experts recommandent. En l’occurence, à tort ou à raison, les experts ont longtemps considéré que l’arrêt intempestif de la DEPAKINE pendant la grossesse était plus préoccupant que le risque sur le développement neuropsychique du foetus [1]. La rédaction de l’information officielle a donc été orientée dans ce sens, minimisant ou occultant les risques encourus pendant la grossesse.

Je ne vais pas rentrer dans le détails scientifique de ce dossier difficile, mais j’ai été choqué en lisant l’année dernière le mot minimisation dans les communiqués de l’ANSM (Agence du médicament). Retrouver le même contresens dans le rapport récent de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) m’a poussé à écrire ce billet.

J’ai employé plus haut le verbe minimiser. En français, il signifie "réduire l’importance de quelque chose". Or c’est justement ce qui est reproché aux laboratoires et aux autorités sanitaires : avoir réduit, voire caché l’importance ou l’existence d’effets secondaires fréquents chez le foetus.

L’ANSM a justement employé le mot minimisation pour décrire sa réaction face à ce risque médicamenteux :

C’est à dire qu’accusée d’avoir minimisé un risque, l’Agence du médicament lance un plan de minimisation du risque !

Le dictionnaire Larousse est formel sur le sens du mot minimisation et signale même le risque de méprise :

Le terme adapté aurait été minimalisation (ou réduction). J’ai pu constater que ce contresens est général sur le site de l’Agence. L’explication est assez simple et tient dans une erreur de traduction : le verbe anglais to minimize ne se traduit pas par minimiser, mais par réduire. Ces "faux amis" sont fréquents dans le monde de la santé, mais dans cette affaire, le contresens est plutôt pathétique.

Cette réaction inadaptée n’est pas isolée : un erreur préoccupante s’est glissée dans la brochure destinée au public

Il ne s’agit heureusement pas de troubles graves du développement. Une telle fréquence serait dramatique pour des handicaps lourds. Dans la majorité des cas, il s’agit d’un retard d’acquisition psychique ou moteur qui sera sans conséquences futures. L’Agence passe ici brutalement de la minimisation à l’exagération du risque ! C’est tout aussi grave, car certaines femmes ne pourront pas se permettre d’arrêter la DEPAKINE pendant leur grossesse, et leur faire croire qu’elles ont une chance sur trois de mettre au monde un enfant gravement handicapé est terrifiant.

Cette erreur n’est pas reproduite dans l’information officielle destinée aux professionnels ou l’adjectif grave est absent [2] :

Des études menées chez des enfants d’âge préscolaire exposés in utero au valproate montrent que jusqu’à 30 à 40 % d’entre eux présentent des retards de développement dans la petite enfance, tels que des retards dans l’acquisition de la parole et de la marche, des capacités intellectuelles diminuées, des capacités verbales (parole et compréhension) diminuées ainsi que des troubles de la mémoire.

Tout cela date d’il y a presque un an et j’avais mis ces erreurs sur le compte de l’affolement de l’Agence qui ne s’est toujours par remise de l’affaire du MEDIATOR.

Mais quelle n’a pas été ma surprise de retrouver l’usage inapproprié du terme minimisation dans le rapport de l’IGAS publié cette semaine ! Ce rapport a été rédigé dans le calme, par des inspecteurs suffisamment formés à l’usage de la langue française pour savoir que minimiser ne signifie pas diminuer. Que faut-il y voir ? Une manifestation inconsciente du désir de réduire l’importance et les conséquences de cette affaire ? Une telle erreur paraît inexplicable, de même que l’absence de correction de la brochure patient depuis 10 mois.

Employer les mots adaptés au drame et ne pas exagérer ce que l’on a minimisé me paraissent relever d’un devoir élémentaire d’information.

Le mot anglais silicon se traduit par silicium (et non silicone) , arthritis se traduit pas arthrose (et non arthrite) et to minimize se traduit par réduire ou diminuer (et non minimiser). Les mots ont un sens, et dans ces circonstances, le sens est important.

Notes

[1] Pour être honnête, il faut rappeler que l’épilepsie, en dehors de tout traitement, est associée à un excès de risque de troubles neuropsychiques dans la descendance. La DEPAKINE augmente ce risque, mais n’en est pas exclusivement à l’origine

[2] Autre bizarrerie : sur la page officielle de la DEPAKINE la rubrique grossesse et allaitement est la seule qui ne soit pas accessible à partir du menu dans la colonne de gauche.



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