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25 mai 2008
Andrew D. Oxman1 David Sacket2 Iain Chalmers3 Trine E. Prescott4
Contexte : De nombreux essais cliniques en triple-aveugle sur des malades uniformément atteints de cécité ont mis en évidence un syndrome de fatigue et de lassitude chroniques induit par redésorganisation (SFLCR).
Objectif : Procéder à une recension exhaustive des données empiriques justifiant les théories de la réorganisation et les réorganisations répétées.
Méthode : Faute d’une littérature directement exploitable hormis le Garfield Weekly, on s’en est tenu à l’exploration divagatoire.
Résultats : Les réorganisation récurrentes tiennent à de multiples facteurs dont le plus courant est l’injustifiabilité probante. Parallèlement, il a été estimé que le chiffre d’affaires des activités de planification stratégique et organisationnelle est de plusieurs billions de dollars des États-Unis (USD). Ce dynamisme rend compte du poids des autres facteurs, dont l’existence est attestée par la créativité de centaines de milliers d’intervenants. Entièrement acquis à la cause du changement, les chefs d’entreprise, responsables et autres dirigeants ne ménagent aucun effort pour pérenniser les cycles de désorganisation. On a pu ainsi définir huit indicateurs permettant d’apprécier l’efficacité de la désorganisation, dont les honoraires (en volume et valeur) d’experts-conseils versés aux parents et alliés.
Conclusion : Il est proposé d’instaurer des comités d’éthique ayant pour mission d’examiner toute proposition de redésorganisation, en vue de mettre un terme à l’expérimentation sauvage improvisée sur les usagers et les prestataires des services de santé.
1 Chercheur au Centre norvégien de recherche sur les services de santé, Oslo.
2 Directeur du Trout Research and Education Center, Markdale (Ont.), Canada.
3 Rédacteur à la bibliothèque James Lind Library, Oxford.
4 Médecin au Service de génétique médicale de l’Hôpital universitaire Rickshopitalet, 0slo.
PÉRIPRATICIENS
S.A.1
a été mandatée par les
PIEDS2
pour effectuer une recension exhaustive de la littérature sur la
réorganisation. En raison de contraintes budgétaires momentanées, il a
été
convenu que la rémunération des chercheurs serait alignée sur le
S.M.I.C.
(quoiqu’indexée sur la variation bimestrielle des prix de gros). Le
contrat
prévoyait la production des résultats dans les 10 jours suivants. Les
travaux préliminaires (huit journées) ont porté sur
1) l’élaboration de
quatre plans stratégiques, 2) la réorganisation (trois phases)
et
3) un entretien d’orientation avec le directeur du Musée Mick
Jagger. Dès
le neuvième jour, la première étape de collecte des données s’est
révélée
fructueuse : 2526 théories de l’organisation ;
2 600 000
liens (Google - clef de recherche littérale « théorie de
l’organisation »,
référence en date du 20-7-2005) ; 1309 ouvrages écrits (Amazon
clef de
recherche littérale « théorie de l’organisation »,
référence en date
du 20-7-2005) ; 1811 titres sur retour d’une requête MEDLINE
(PubMedD
clef de recherche littérale « théorie de
l’organisation »,
référence en date du 20-7-2005). Incapables, faute de temps, de
distinguer
dans cette masse d’information la mauvaise herbe de l’ivraie, nous
avons
envisagé diverses méthodes pour en opérer une synthèse
critique :
méta-analyse ; synthèse concrète optimisée ;
synthèse
qualitative ; synthèse par chaos technique ; synthèse
ethnographique ; dénombrement des suffrages ;
échantillonnage
randonisé ; groupes de coordination
ß3 ;
synthèse réaliste. En raison des maigres ressources financières
disponibles et
d’inhabituelles difficultés de concentration ayant touché notre équipe,
nous
avons finalement opté pour l’approche trans-sectorielle
pandisciplinaire : résolument novatrice, celle-ci nous a
semblé bien
correspondre à notre perspective heuristique tout en évitant le
recours à
divers concepts de pointe encore insuffisamment compris de l’ensemble
de la
communauté scientifique.
Méthode
Les critères d’élection de notre recension ont été les suivants.
• Population : initialement, nous avions envisagé de ne prendre en compte que les catégories de personnel assurant les soins de santé. Cela n’aurait toutefois pas été pertinent au vu des définitions que donnent de ces catégories les doctrines en faveur : ouvriers spécialisés (théories modernes) ; entrepreneurs (théories post-modernes) ; réincarnations mineures (théories millénaro-quantiques).
• Interventions : tout ce qui s’est pratiqué sur un groupe humain (notamment sur notre équipe de recherche), sans considération d’intentions, aux fins de réorganisation, génie anthropologique, modernisation, optimisation de la mise en œuvre, revitalisation, transformation, réaffectation, centralisation, planification stratégique, gestion des risques ou maximisation des crises.
• Résultats : la réaction à la lecture devait impérativement, quel que soit l’état empathique du lecteur, provoquer un état univoque du bipôle de Royal-Hollande.4
• Conception de l’étude : en rumeur ouverte. On s’est conformé à la norme de recherche en vigueur dans le domaine étudié : tout consultant en organisation doit au minimum avoir été rémunéré une fois pour avoir rendu ses conclusions (quelles qu’elles soient). Ont été retenues les études aboutissant à des recommandations implicitement motivées (99,99 %) ; n’ont pas été retenues celles qui ne proposaient aucun plan de réorganisation (0,01 %).
Modérée, l’exploration du Web s’est appuyée sur un navigateur de qualité à traces effaçables. Elle a été suivie pendant le week-end d’échanges informels dans un cadre propice (11:30-11:45 ; 18:30-18:45), avec le soutien logistique des Laboratoires Cinzanis et de Ricarno 51. On a en outre sollicité l’avis des quelques rares spécialistes de la question ; communiqué les versions préliminaires du présent article à des proches convaincus de sa valeur ; comblé intuitivement certaines lacunes d’information. On a enregistré les entretiens ainsi que les débats des groupes de coordination associant consultants en réorganisation, travailleurs de la santé ayant bénéficié de mesures de réorganisation, gestionnaires, ministres de la santé et universitaires. Toutefois, en raison d’une défaillance technique de notre dispositif d’enregistrement (prêté gracieusement par la direction de Garfield Weekly, entreprise réorganisée de fraîche date), nous n’avons pu nous en rapporter ultérieurement qu’à la mémoire de certains d’entre nous, qui n’avaient pas toujours pu assister aux entretiens ou débats.
On a utilisé pour collecter les données un conteneur agrée de 250 l (NE) à deux roulettes (circulation de l’information facilitée).
Il a été procédé à une mesure spectrographique du ratio /IR des recommandations des consultants après élévation de leur température à 451° (Fahrenheit). Quant à nos tableaux récapitulatifs de données numériques, il y a été fait un usage abondant de marqueurs fluorescents pour souligner la pertinence et la crédibilité statistiques de leur contenu.
La littérature recensée est fortement marquée par un langage sectoriel créatif de haute technicité ; les termes, souvent puisés dans des langues proto-européennes, n’en sont pas normalisés et sont en outre soumis à une réinterprétation itérative de la part des grands théoriciens. Il nous a donc paru utile d’en donner ici un glossaire restreint abrégé pour en faciliter un premier abord (encadré 1). À chaque grand courant théorique sont rattachées des procédures syncrétiques complexes au sens de Kalmogorov (tableau 1), lesquelles tirent parti au maximum d’organigrammes minutieux (figure 1). Le fonds heuristique commun en est le postulat de Gödel (« inutilité de tout postulat »). Néanmoins on observe dans la multitude des articles et livres que les théories concernées recourent toutes à des concepts communs d’une grande simplicité.
Les motifs de réorganisation, souvent intriqués, sont multiples : intérêts pécuniaires ; vengeance ; intérêts pécuniaires ; élections ; intérêts pécuniaires ; nouvelles nominations à des postes de direction ; intérêts pécuniaires ; recherche d’emploi infructueuse ; intérêts pécuniaires ; soif de pouvoir ; intérêts pécuniaires ; voracitas simplex ; intérêts pécuniaires ; désœuvrement ; considérations non expliquées. Décidés à nous imposer, au besoin par la force, sur le marché de l’expertise-conseil, nous avons réussi à quantifier les enjeux financiers des réorganisations. Ceux-ci connaissent une expansion spectaculaire, ce dont on ne pourra que se réjouir : de 20 milliards d’USD en 1990, ils ont passé à 100 milliards une décennie plus tard. Toutefois, remarquons-le, ni l’on s’accorde à définir en quoi consiste exactement l’expertise-conseil, ni l’on a établi que les dépenses découlant de cette activité se justifient. Classiquement, les consultants ne communiquent aucun renseignement susceptible de confirmer l’efficacité de leurs recommandations. Ils se retranchent en effet derrière une obligation de discrétion envers leur clientèle et des termes aussi incernables que « proposition en matière de valeurs » ou « prestations de services ».
Nous n’avons pas pu nous en remettre à des données fiables pour savoir dans quelle mesure l’arrivée au pouvoir de gouvernements ou d’autres dirigeants nouvellement élus, ou encore, en milieu universitaire, la prise de fonctions de directeurs de département récemment nommés, s’accompagnent de réorganisations. C’est donc en toute bonne foi que nous avons conjecturé. Au vu de notre pénible expérience directe, nous estimons qu’un « changement de régime » survient dans 99 % des cas.
En
termes d’occupation rémunérée
des consultants, les bénéfices de la réorganisation sont
incontestables. Les
principales firmes d’experts-conseils telles qu’Ernest & Old ou
Jetmoa-Deor
S.A.5
comptent chacune plus de 50 000 employés. Dans le même
secteur, il
coexiste des dizaines de milliers d’entreprises de moindre taille. Près
d’un
tiers des jeunes diplômés porteurs d’un MBA s’orientent vers ce marché,
attirés, pour les meilleurs d’entre eux, par des salaires initiaux
annuels de
l’ordre de 120 000 USD (hors primes et dépenses de
perfectionnement).
Inquiets de leur dépendance excessive envers la filière HEC, les
cabinets
d’experts-conseils se tournent désormais vers d’autres foyers de
recrutement
doctorants divers, étudiants en médecine, élèves des beaux-arts
etc6.
Parallèlement aux centaines de milliers de personnes qui tirent des revenus de l’expertise-conseil, le temps que les employés de quasiment toutes les organisations modernes sont obligés de consacrer à la planification organisationnelle et opérationnelle, dite « stratégique », est ahurissant, même pour nous, chez Péripraticiens S.A. Dans l’hypothèse, prudente, de 1 jour par employé et par an de participation à un séminaire de planification (sans compter les cours de leadership et les ateliers de consolidation d’équipe), il y a lieu de considérer que trois billions de dollars y sont consacrés chaque année. Cette estimation n’inclut pas les centres de coûts dans l’hôtellerie, la restauration et les voyages.
Pour ce qui est des justifications internes de réorganisation mises en évidence par notre étude trans-sectorielle pandisciplinaires, on retiendra :
• la nécessité de dissimuler qu’une organisation n’a plus de raison d’exister ;
• trois ans se sont écoulés depuis la dernière réorganisation ;
• on vient de se doter d’un système de téléconférence dont l’achat a été imputé au fonds de retraite du personnel ;
• le beau-frère du directeur général est expert-conseil en réorganisation ;
• le commissaire aux comptes est sur le point de rendre son rapport général.
Quant à ce qui motive les demandes de réorganisation d’une structure tierce, on retiendra :
• ladite structure représente une menace ;
• il apparaît qu’elle fonctionne de manière satisfaisante ;
• il est opportun de détourner l’attention.
De telles considérations ne doivent bien sûr jamais être divulguées, conformément au précepte d’or : « En matière de réorganisation, pas un mot du fond de sa pensée ».
En tête du cercle vicieux
Les perspectives de transformation et de remaniement radical enivrent les impétrants de hautes fonctions. Il en résulte le déclenchement d’une avalanche d’activités fébriles et prolongées. Les redésorganisations réitérées7 se signalent par le fait que des responsables épuisés cavalent d’une réunion à l’autre sans aucun temps mort pour réfléchir. Lorsque la décision est prise de se débarrasser du dirigeant responsable du chaos, l’intéressé a déjà gagné une autre organisation pour y faire son gâchis. La conséquence en est que la redésorganisation s’inscrit dans un cycle perpétuel.
Tandis que tout nouveau dirigeant est animé d’un besoin compulsif de redésorganisation, il peut être rattaché, selon son comportement redésorganisationnel canin, à l’une des quatre catégories suivantes :
• bâtard - Cas le plus fréquent. Nombrilo-ondiniste, le spécimen tend à uriner partout pour marquer son territoire ;
• bulldog - Bien intentionné et incompétent, le spécimen est dangereux quand on le chatouille ;
• berger allemand - Gagné à la bureaucratie, le spécimen pratique la rétention anale, ce qui le rend irritable ;
• caniche - Nourri d’idéologie, le spécimen reste fixé sur un objectif bizarroïde que lui assigne une vision bizarroïde du monde écartant l’évidence, l’expérience concrète et le bon sens.
| Encadré 1 - Stratégies de désorganisation : glossaire
Accordéonisation : méthode ayant le mérite d’éviter, grâce à une alternance permanente de la centralisation et de la décentralisation (voir ces termes), d’opérer une distinction trop rigide entre l’une et l’autre. Les services de santé britanniques en ont bénéficié de façon exemplaire.
Arbre d’indécision : son élaboration se fait par la répartition en niveaux successifs de valeurs aléatoires suppléant à l’absence de renseignements détaillés. Sa valeur éducative en fait souvent un jeu de société très prisé lors des moments de détente entrecoupant les séminaires de gestion.
Décentralisation (syn. : déconcentration ; régionalisation) : opération recommandée lorsque la trésorerie vient à manquer. La nouvelle répartition de ce qui en subsiste s’accompagne d’une légitime réimputabilité. Effet Chandra : Situation d’hypergravité. Bien qu’indésirée, sa survenue peut déjouer toutes les précautions. On assiste alors sans retombées bénéfiques à l’effondrement de moyens financiers et humains considérables dans une singularité spatioéconomique. Égatemporisation : il y est recommandé d’y recourir dans l’attente des résultats de l’interponation (voir ce terme). Fumoglottisme : l’analyse multifactorielle, malgré ses indéniables mérites, a parfois pour inconvénient d’empêcher de désigner clairement le domaine ou la nature de l’inévitable intervention. Avec ou sans le concours de linguistes, on peut y remédier par le choix d’un vocabulaire approprié. Même si la rigueur scientifique contraint à opter pour des termes à haute densité conceptuelle, rien ne permet à ce jour d’affirmer que la compréhension s’en trouve entravée. Honnêteté : La prise en compte des sensibilités sociales contraint souvent à déclarer que les principes priment sur les enjeux financiers. L’honnêteté consisterait à soutenir le contraire. Depuis longtemps tombée en désuétude, cette stratégie non exempte de dangers n’est mentionnée ici qu’à titre historique. Interponation : moyen de choix quand il faut faire appel à un médiateur pour éviter que des gestionnaires subissent les reproches de malades poussés par leur état morbide à réagir trop vivement. (Une erreur commune prête à l’interponation l’intention de prendre fait et cause pour les malades.) Ortholinéarisation : il arrive que, par manque d’information, l’utilité d’un arbre d’indécision soit mal comprise. Pour en préciser le sens, il est alors possible, comme A. Cayley l’avait pressenti, de le composer avec un second arbre d’indécision de manière à en tirer un treillis homogène. Tachyratissage : l’allocation d’indemnités de départ à des membres de la direction ou du conseil d’administration fait souvent cristalliser la médisance. Le tachyratissage (du grec , « rapide ») vise à prévenir cette situation par la promptitude de la procédure d’indemnisation et de départ en cure de repos. |
Dans une mesure inégale, on note chez les unes et les autres la présence des huit « clefs de la réussite » : avoir un agenda surchargé ; renifler généreusement (c’est avéré : l’animal sent la peur chez son congénère) ; parler beaucoup ; écouter rarement ; procéder à de nombreux changements ; déléguer (notamment les responsabilités, mais pas l’autorité) ; disparaître ; changer de crémerie. Ces « clefs » semblent contrôlées par des gènes non réprimés chez les quatre catégories de dirigeants mentionnées, comme le laisse entrevoir la forte corrélation observée sur des bessons.
Deux traits comportementaux sont communs aux quatre catégories. Primo, l’intérêt pour les analyses GASTON (Gaspillage scandaleux de temps et occasions niées). Secundo, le talent inné pour l’autopromotion. Le dirigeant excelle à se citer (en en rajoutant sur ses titres) et affectionne l’enjolivement a posteriori des témoignages (« Désormais, nous n’étions plus les mêmes »). Leur réputation relève davantage de la fiction créative que d’authentiques accomplissements. Selon Tom Chalmers, au moment où l’on parvient à la renommée, celle-ci n’est plus justifiée8. Les dirigeants du genre habituel ont l’art de s’esbigner avant que leur réputation les rattrape.
Deux races de dirigeants sont maintenant si faiblement représentées qu’il est impossible d’en donner une description détaillée : le labrador (inspirateur) ; le saint-bernard (facilitateur).
Indicateurs de réussite pour la redésorganisation
Pour savoir si une redésorganisation a été couronnée de succès, on dispose de plusieurs indicateurs utiles, à savoir, de manière non limitative :
• tous les bons éléments sont partis ou ont sombré dans la catatonie ;
• des incompétents ont été assis à des places inamovibles ;
• les décisions importantes ont été reportées ou sont prises au gré des vents ;
• on confond résolutions et solutions ;
• les administrateurs sont au moins deux fois plus nombreux ;
• dans le domaine de la santé, d’énormes moyens ont été détournés des soins aux malades, de la recherche et de la formation, au profit du déménagement et du réameublement des bureaux des direction ainsi que de l’achat d’équipements bureautiques aussi onéreux que tape-à-l’œil ;
Tableau 1 - Les théories de l’organisation et leurs symptômes
Théorie |
Pathologie |
Symptômes |
|
Bushienne |
Approche moraliste impériale nappée de jactance dans le genre « bon p’tit gars ». Très prisée des leaders incompétents et incapables de s’exprimer, en tant qu’ersatz de réflexion. |
Les tenants de cette théorie sont incapables de prononcer le mot « nucléaire ». |
Clausewitzienne |
Assimile la planification organisationnelle à la guerre, en insistant sur la nécessité de saisir les balles au bond. |
Les tenants de cette théorie sont des officiers supérieurs du cadre de réserve ou de jeunes infomaniaques nourris de jeux vidéos. Les explications sont rédigées en prussien massif. |
Cumulisme par éléments discrets |
Le principe de gâchis tient fièrement lieu de planification raisonnée. |
Mise en évidence récente de l’échec d’une réorganisation fondée sur la rationalité. |
Kafkaïenne |
Distorsion onirique et sensation de danger imminent. |
Lorsqu’ils tentent de rendre compte de leur vécu, les tenants de cette théorie montrent de multiples signes de désorganisation. |
Machiavélienne |
Opportunisme, tromperie et ruse. |
Les tenants de cette théorie sont des leaders forts, autoritaires et bienveillants (souvent incompris). |
Maoïste |
Révolution permanente et grands bonds en avant. |
Les tenants de cette théorie croient que leurs interlocuteurs parlent de John alors qu’ils citent Lénine. |
Moderne |
Les professionnels de la santé sont pris pour des travailleurs à la chaîne et les malades, pour des automobiles. L’accent est mis sur l’encadrement, la division du travail, l’étude des temps et mouvements et l’éthique professionnelle. |
Les tenants de cette théorie ont obtenu leur diplôme de gestion d’entreprise entre 1960 et 1989. |
Orwellienne |
Organisation répondant à une démarche futuriste totalitaire. |
Big Brother. |
Post-moderne |
Réseau psychédélique de multicentres se déroulant et s’enroulant en permanence sur lui-même. |
Les tenants de cette théorie ont obtenu le diplôme de gestion d’entreprise après 1990. |
Sun-Tzuienne |
Analogue à la théorie clausewitzienne, mais davantage centrée sur la tromperie. |
Les tenants de cette théorie se prennent pour des mystiques. |
Ultrafestive-égotiste |
Ignore les attentes de tous hormis de ses tenants, lesquels vont jusqu’au bout de leur lubies sans souci des conséquences pour ceux qu’ils dirigent. |
Les tenants de cette théorie se prennent pour des jockeys, ou ils l’ont été un jour. |
• les fenêtres des bureaux au sommet ménagent largement la vue sur des montagnes, un lac ou l’océan ;
• de lourds honoraires ont été versés à la parenté (par alliance ou par consanguinité - le programme de recrutement de Péripraticiens S.A. en offre un bon exemple).
La présence de ces indicateurs vaut un abécédaire élégant à toute bonne redésorganisation :
• A un minimum de pensée répond un maximum de changement ;
• Brownien décrit exactement le mouvement qu’on tient pour le progrès ;
• Coïncidence signifie avantageusement cause ;
• Décibels et direction font bon ménage.
Implications pour la pratique
Notre recension trans-sectorielle pandisciplinaire de la redésorganisation aboutit à formuler quatre grands préceptes :
1. À l’intention des dirigeants et consultants qui se nourissent de redésorganisations cycliques - Se montrer loyal envers les organisations, jamais envers les individus.
2. À l’intention des victimes des dirigeants et des consultants cultivant la désorganisation - Se rappeler que l’imagination créatrice peut contrecarrer les mieux concoctés des plans des souris et des hommes, que le chaos mérite d’être exploité au profit de buts plus nobles.
3. À l’intention de ceux qui, faisant partie d’entreprises dont le fonctionnement donne satisfaction, sont désireux d’éviter la redésorganisation - Feindre d’être déjà engagé dans un processus de désorganisation - Feindre d’être déjà engagé dans un processus de redésorganisation, et à cet effet : fixer d’innombrables réunions (à annuler) ; reprendre, photocopier et faire circuler (sur papier de couleur) des plans « stratégiques » dérobés à des victimes étrangères ; renommer les activités de loisirs traditionnelles « consolidation des équipes » ; continuer de bien faire son travail.
4. À l’intention des promoteurs de la redésorganisation - Envisager sérieusement de s’appliquer le processus.

Figure 1 - Organigramme de Péripraticiens S.A. Les diagrammes de ce genre comptent rarement moins de 22 cases (contre 1012 au maximum, semblerait-il). La règle veut que le nombre de segments d’interconnexions soit au moins de 2n+1 (n étant le nombre de cases). L’exemple ci-dessus illustre les flux correspondant à la préparation du présent article.
Implications pour la recherche
Pour les promoteurs de la redésorganisation, l’exigence de conformité éthique valant pour tout ce qui ressortit à la « recherche » est annonciatrice d’ennuis. S’ils persistent à qualifier par ce terme les anecdotes présentées come des preuves incontestables, ils devront bientôt obtenir l’autorisation de comités d’éthiques pour procéder aux expériences sauvages qu’ils pratiquent sur les organisations, services de santé - dont usagers, soit nous tous - compris. Il est par ailleurs possible d’opter pour un autre parti : considérer que le roi est nu et qu’on se joue de nous. Pour sa part, Péripraticiens S.A. a choisi une voie appropriée : mettre sur pied des comités d’éthique spéciaux, lesquels, à titre onéreux, se prononceront sur la conformité des projets de redésorganisation.
L’approbation de toute proposition de redésorganisation se fondera sur les réponses apportées aux cinq questions suivantes (réponses devant être négatives pour les trois premières et affirmatives pour les deux autres).
1. Le dirigeant nouvellement nommé qui propose la redésorganisation a-t-il la possibilité de prendre autrement son pied de plaisir ?
2. Les experts-conseils en organisation ont-ils la possibilité de gagner leur vie honnêtement ?
3. L’organigramme correspondant au projet de refonte de l’organisation a-t-il moins de 22 cases et de 45 segments d’interconnexion ?
4. À titre préliminaire, la théorie de l’organisation inspirant le projet de redésorganisation a-t-elle été exposée par un gourou dans un best-seller au format poche en vente dans les kiosques des bons aéroports ? (L’ouvrage doit de préférence être émaillés de formules choc et d’anecdotes.)
5. Péripraticiens S.A. interviendra-t-elle dans le processus ?
Les concepteurs d’un projet refusé une première fois auront le loisir d’en soumettre ultérieurement une nouvelle mouture. Pour cela, ils seront bien avisés de faire appel au service spécialisé de rattrapage « redésorganisation-tout-en-un » offert par Péripraticiens S.A.
Toutefois, notre maison ne saurait trop leur recommander de s’adresser à elle préalablement à toute démarche pour éviter d’éventuels retards.
CONTRIBUTIONS
MM. A.D. Oxman, I. Chalmers et D. L. Sackett ont eu l’idée du présent article un après-midi, lors d’une agréable promenade à Port Meadow (Oxford). Ces trois mêmes auteurs se sont rendus en délégation au Musée Mick Jagger, tandis que M. T. E. Prescott était commis à des tâches sédentaires. Les uns et les autres ont apprécié les avantages des redésorganisations à répétition du manuscrit. Sollicité pour illustrer l’article, S.A. a exprimé son regret de devoir refuser.
Conflits d’intérêts : multiples
Traduction
La version originale de cet article a paru en anglais dans le Journal of the Royal Society of Medicine (vol. 98, décembre 2005) sous le titre « A surrealistic mega-analysis of redisorganisation theories ».
La traduction et l’adaptation en sont de Herméneu, avec l’aimable autorisation des auteurs.
© Herméneu, 2007. Publication exclusivement autorisée et libre de droits sur le site Internet d’Atoute. Toute reproduction totale ou partielle du texte français interdite sans le consentement écrit exprès du détenteur du copyright de la traduction.
Expert-traducteur aux qualités crépusculaires, Herméneu a dirigé à titre intérimaire des services de traduction au sein de désorganisations internationales, sans jamais y rester : connu sous le nom de « l’homme sans cravate », il s’y est gagné une réputation de brebis galeuse dont il reste inconsolable. Il est l’auteur de nombreuses traductions de diffusion mondiale dans divers domaines, notamment scientifiques.
1 Dirigée conjointement par MM. Sacket et Oxman, cette jeune société anonyme au capital inépuisable, forte de ses hautes compétences dans les deux plus anciennes professions du monde, s’est acquis un renom sur le créneau qu’elle s’est créé (garantie d’obtention de résultats sans dissimulation de mensonges). BMJ 2003 ;327 ;1442-5.)
2 Réseau d’organisations internationales œuvrant en faveur de la Protection de l’immobilisme par l’esquive, la déraison et le sabotage.
3 Membres âgés d’au moins 18 mois et d’au plus 1 an 1/2 (indice composite de développement mental de Magalhaes-Zhiyang-Bronstein).
4 Dont les deux pôles, rappelons-le, sont caractérisés par (i) la stimulation alternative, de périodicité variable, de l’ortho- et du parasympathique (ii) une hyperexcrétion lacrymale concomitante à un dysfonctionnement plus ou moins prolongé des neurones sérotoninergiques.
5 Sturmabteilungen.
6 « The Advice Business », The Economist, 22 mars 1997.
7 Smith J, Walshe K, Hunter DJ. « The ‘‘redisorganisation’’ of the NHS ». BMJ 2001 ; 323:1262-3
8 Communication personnelle.
1