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Les médecins généralistes sont-ils des "ça-fait-rien" ?

samedi 17 avril 2010, par Dominique Dupagne

Quand j’étais à la faculté, mon ami Élie M. me disait parfois "Tu m’a pris pour un ça-fait-rien ou quoi ?"

Je ne connaissais pas cette expression, il m’en a appris le sens : un ça-fait-rien, c’est un gars deux fois plus grand que vous qui répond pourtant systématiquement "oh, ça fait rien" quand vous le bousculez involontairement. Il faut dire qu’Élie me rendait bien deux têtes mais savait se faire respecter.

Ça m’a donné à réfléchir, car j’étais en fait un ça-fait-rien.

Après quelques années d’auto-rééducation, j’ai appris a réagir normalement quand on me maltraitait, sans agressivité, sans passivité : normalement.

Les médecins généralistes français sont en train de disparaître, tout le monde s’en fiche. Ils quémandent une aumône d’un euro que l’on ne leur accorde même pas. Plus précisément, ils l’ont obtenue en 2007, mais on reporte depuis l’application de cette augmentation aux calendes grecques suivant la célèbre formule Demain, on rase gratis.

Et pourtant, le malheur des MG n’est pas lié à cet euro, mais à des conditions de travail devenues anachroniques au pays des 35 heures et des RTT. D’ailleurs, ceux qui sont débordés et qui dévissent leur plaque avant la retraite sont souvent ceux qui gagnent le plus : 5 à 8.000 euros par mois. Comment faire pleurer les foules sur des revenus aussi élevés ? C’est tout le problème actuel de la profession : le drame n’est pas dans la rémunération, mais dans la charge de travail, la difficulté de refuser des patients, les gardes de nuit, l’impossibilité de travailler lentement pour 22 euros, le mépris des tutelles, l’invasion de la paperasse.

La vie des généralistes, surtout ruraux, est intenable. Plus un jeune ne veut faire ce métier et il faut oublier l’idée qu’on va les y forcer : c’est impossible, sauf à les fonctionnariser. Le problème est qu’un MG fonctionnaire ne voit pas plus de 20 patients par jour, observe la législation du travail (et notamment ne travaille pas la nuit en plus du jour) et qu’il faudra donc tripler les effectifs. Les centres de santé municipaux financés par les honoraires perçus sont tous massivement déficitaires.

Les généralistes ont le pouvoir de soigner, personne ne peut les remplacer. Ils font un métier utile, indispensable. Il le font bien globalement et jouissent d’une réelle considération auprès du public.

Et pourtant, les médecins généralistes français se comportent comme des ça-fait-rien.

Faut-il relire La Boétie pour tenter de comprendre la soumission de ce corps de métier à sa tutelle ? Il suffirait que les généralistes ne signent plus la convention médicale pour que le problème soit réglé : quand on est rare et utile, issu d’une formation longue faisant suite à un concours difficile, on est cher. C’est le cas des élèves des grandes écoles d’ingénieurs ou de commerce, il n’y a aucune raison de que ne soit pas le cas pour les médecins. La rupture du contrat serait un préalable à sa renégociation. D’autres professions nécessitent des études longues et sont mal rémunérées : Chercheurs, enseignants, scientifiques en général. Mais ces professions ne connaissent aucune pénurie et n’ont aucune difficulté à recruter, elles n’ont pas la position de "force" qu’ont les médecins généralistes.
Le but n’est pas d’augmenter son pouvoir d’achat, mais de rendre le métier attractif pour la relève, les étudiants qui délaissent massivement cette profession.

Alors pourquoi les MG français s’obstinent-ils à être des ça-fait-rien ?

L’explication n’est pas univoque. Tout d’abord, il y a bien sûr la crainte qu’une clientèle désolvabilisée se fasse plus rare : un médecin totalement déconventionné n’est plus remboursé du tout par la sécurité sociale.

Mais c’est avant tout une cause humaniste : les médecins généralistes, qui sont proches des gens et notamment des plus en difficulté, craignent que l’accès aux soins pour les démunis soit menacé en cas d’explosion de la convention médicale. Cette crainte est fondée, mais ils oublient que la principale cause de difficulté d’accès aux soins sera leur disparition. En acceptant l’inacceptable, en disant "ça fait rien" après chaque rebuffade, ils enfoncent globalement leur profession et dégoûtent définitivement les jeunes médecins de prendre leur relève.

Les médecins généralistes français ne veulent pas gagner plus, mais travailler moins et surtout mieux, c’est à dire en ayant le temps d’écouter leurs patients et de leur parler. Le simple allègement de la bureaucratie administrative suffirait à remplir cet objectif, pour un coût nul.

On peut faire beaucoup de mal en étant trop gentil. Il est temps que les médecins généralistes français se réveillent et réalisent que ce sont eux qui ont le vrai pouvoir, celui de soigner. Tout le reste n’est que de l’administration. C’est à eux d’imposer, à coût égal, voire inférieur, une médecine de meilleure qualité. C’est possible.

Messages

  • Pauvre chous ! Nos médecins seraient des malheureux ? faut quand même pas déconner ! Lorsque un "spécialiste vous prend 180 euros pour une consultation de 10 minutes et qu’il en fait 30 par jour.. il serait à plaindre, ; lorsque qu’un autre vous prends de 46 à 63 euros pour une consultation éclair et qu’il en fait environ 30 par jour, il serait à plaindre ? Lorsque un généraliste vous prend 23 euros par consultation et qu’il en fait jusqu’à 40 par jour il serait lui aussi à plaindre ? N’empêche qu’en Allemagne la sécu fait 13, 8 milliards d’excédents et que la France fait 17 milliards de déficit ! C’est la preuve que nos médecins se gavent, ils se goinfrent, et je ne parle pas des dessous de table honteux que certains pratiquent. Et la gauche qu’est ce qu’elle fait.. Elle se tait !

    • La médecine n’est pas une science exacte comme celle que vous prônez .j’ai compris à travers votre message que vous faites de la médecine un raisonnement de mathématiques et c’est tout simple pour vous car vous vous sentez fier avec votre bosse de matheux .Croyez moi la médecine et sa pratique sont très délicates et je parle en connaissance de cause.je suis MG âgé de 66 ans et je ne suis pas millionnaire comme le sont les stars de tennis et de football .je touche du bois car mes enfants faire l’E.N.A et les beaux-arts .Ils ont été épargnés de la bête noire qui a hanté mes nuits :le suivi de nos patients souffrant de maladies chroniques et l’involution de leur pathologie .Quel prix vous donnez aux sentiments de nos amis patients durant de leurs dernières années de vie ? .Soyez raisonnable ne confondez pas un MG avec vos calculs mathématiques et au moins reconnaissez que les MG sont des "ça fait rien" !

    • La situation que vous décrivez est si séduisante que personne ne veut s’installer. Bizarre non ? Les médecins préfèrent un job salarié à 3200 euros par mois. Cet eldorado ne tente personne ou quelques exceptions.

      A votre avis, vous avez faux où ?

    • En titre : "les médecins généralistes". Votre pseudo-réponse commence par "Lorsqu’un "spécialiste " .. ."
      Que dire de plus ?

      Ensuite, votre comparaison grossière avec l’Allemagne laisse entendre que le déficit français de la sécu est dû uniquement à ces méchants-médecins-qui-ne-pensent-rien-qu’à piquer-tout l’argent-du-pauvre-contribuable et que cela n’a absoooolument rien à voir avec le mode de remboursement des soins (et du coup les inégalités d’accès à ces même soins).
      Les différences de fiancement de la médecine entre nos deux pays sont à chercher du côté du porte-monnaie des patients plutôt que de celui des soigants. Quant au temps de consultation Outre-Rhin, il semble que vous n’y ayez pas souvent mis les pieds...

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