Accueil La médecine et le social Carte Vitale biométrique : la fausse bonne idée
Publié le
9 mars 2012

Auteur :
Dr Dominique Dupagne

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Carte Vitale biométrique : la fausse bonne idée
Rien n’arrête les Shadocks

En matière de santé, il est fréquent de voir les politiques faire des suggestions stupides. Les sommes en jeu sont énormes, le domaine est complexe, et l’enfer est pavé de bonnes intentions. Généralement, ces rodomontades à visée électoraliste sont éphémères et le bon sens finit par prendre le dessus. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas et l’idée idiote peut se transformer en loi débile (certifier tous les sites internet santé) ou ruineuse (Dossier Médical Personnel). Il en est ainsi de la carte Vitale "biométrique" annoncée par le président candidat Sarkozy.

La carte "Vitale 2"comporte depuis quelques années une photographie d’identité.

La Cour des Comptes en a fait le bilan, désastreux. Lisez l’article de mon confrère Jean-Jacques Fraslin qui détaillait l’affaire en 2008. On ne sait s’il faut en rire ou en pleurer.

Cette photographie ne sert à rien. Sa mise en place est ruineuse. Elle bloque le renouvellement des cartes vitales en allongeant démesurément les délais de fabrication.

Pour faire court : la gestion cette photographie coûte autant que la fraude qu’elle souhaite empêcher. Rien ne permet de penser actuellement qu’elle bloque cette fraude d’une quelconque façon. La qualité des photographies permet difficilement de différencier deux personnes d’origine ethnique identique. C’est donc une pure stratégie shadock.

Nous retrouvons là un comportement typique de l’Assurance Maladie : mettre en place une action fumeuse ou fumante, nier ou minimiser les dégâts, inventer des avantages potentiels et enfin généraliser ou renforcer la fumée pour mieux masquer l’absurdité de la mesure initiale. Il faut reconnaître que sur ce dossier précis, même l’Assurance Maladie traîne des pieds devant les injonctions gouvernementale.

La fraude à carte Vitale est une réalité. Elle touche quasi exclusivement les étrangers en situation irrégulière en France, car la totalité des résidents bénéficient de l’assurance maladie par leurs cotisations ou au titre de la solidarité nationale. Le montant de cette fraude n’est pas quantifié, mais il est considéré comme très faible par l’assurance maladie si on le rapporte aux dépenses globales, ce qui rejoint l’expérience de terrain.

Il existe des moyens simples pour lutter contre cette fraude.
- En cas d’hospitalisation, principale source de coût, vérifier les papiers d’identité de la personne malade. Si l’hôpital ne souhaite pas le faire, un service d’état spécialisé et mobile peut réaliser ces contrôles dans les hôpitaux.
- En cas de soins de ville, l’analyse des ordonnances présentées au remboursement est généralement parlante : la carte Vitale servant à plusieurs personnes, les ordonnances sont incohérentes entre-elles. Un simple examen de ces prescriptions présélectionnées informatiquement (fréquence des actes ou montant des prescriptions) par les médecins-conseils suffit à détecter la fraude.

Une carte biométrique n’a donc pas d’intérêt supplémentaire par rapport à une carte avec photographie, déjà inutile elle-même.

En revanche, ses inconvénients sont nombreux
- Coûts supplémentaires importants, pour la carte, mais surtout pour la gestion des données biométriques par les agents des CPAM.
- Frein supplémentaire aux soins par de nouveaux retards de délivrance des cartes (qui se comptent déjà en mois). En attente de carte, les assurés sociaux utilisent des feuilles de maladie et génèrent des frais de gestion inutiles. Pour les patients titulaires de la CMU, l’absence de la carte est un handicap pour accéder aux soins.
- Blocages administratifs divers, notamment chez des personnes qui ne peuvent se déplacer en pharmacie.

Il ne s’est trouvépersonne pour défendre cette déclaration fracassante du président candidat, en tout cas chez ceux qui connaissent les réalités de la fraude.

Ce projet ne peut donc s’expliquer que par un des items suivants :
- Les conseillers du président candidat sont stupides ou incompétents
- Le président candidat sait que cette mesure est stupide, mais il sait aussi que l’idée peut plaire à son électorat âgé et xénophobe, tenté par le Front National.
- Le président candidat est paniqué par les sondages, et il est prêt à dire tout et n’importe quoi en espérant grappiller quelques voix poujadistes.

Tristes élections.



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