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Publié le
3 janvier 2013

Auteur :
Dr Dominique Dupagne

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Faut-il réserver la prescription de pilules contraceptives de troisième génération aux gynécologues ?

Faut-il réserver la prescription de contraceptifs dangereux aux gynécologues ? Pas si sûr au vu des statistiques de prescription. Et si on commençait par informer correctement les femmes ?

Suite au scandale de la surprescription de pilules de troisième génération, plus dangereuses que les pilules plus anciennes, l’Agence du médicament a émis l’idée de réserver leur prescription aux gynécologues.

C’est un réflexe classique en France : Lorsqu’il existe une prescription anormale d’un médicament dangereux ou coûteux, sa prescription est réservée à certains spécialistes ou aux médecins hospitaliers.

Cette mesure de prescription restreinte n’a, à ma connaissance, jamais été évaluée. Elle est fondée sur l’idée, répandue dans certains milieux, que les médecins généralistes seraient incapables de prescrire correctement, et qu’il faut les limiter au renouvellement des ordonnances de spécialistes.

Non seulement ces mesures sont outrageantes, mais elles sont idiotes. Ainsi, il est interdit aux généralistes de prescrire certains traitements hormonaux destinés aux hommes manquant de testostérone, mais cette prescription est autorisée aux gynécologues...

Avec les pilules de troisième génération, nous disposons de données qui montrent à quel point cette restriction serait absurde. Voici la répartition des prescriptions de contraceptifs oraux de 1ère, 2ème et 3ème génération en fonction de la spécialité du prescripteur (source) :

Intéressons nous essentiellement aux prescriptions de pilules de 2ème et 3ème génération, qui représentent 82% du total (les 16,5% de la catégorie "autres" sont représentés essentiellement par des pilules de 4ème génération).

Les généralistes ont donc réalisé 44% des prescriptions de pilules de 3eG contre 54% aux gynécologues.

Nous pouvons, à partir de ces chiffres bruts, calculer que les pilules de 3eG, connues comme plus dangereuses que les 2eG, représentent :
- 30% des prescriptions des généralistes
- 50% des prescriptions des gynécologues.

Comment expliquer ce mystère ? Pourquoi des spécialistes en gynécologie censés être mieux informés continuent-ils à prescrire autant de pilules de 3eG qui devraient être réservées aux femmes qui ne supportent pas les pilules de 2eG ?

J’ai quelques explications à vous proposer :
- Le marketing pharmaceutique des nouvelles pilules a été ciblé sur les gynécologues. Ce n’est plus le cas depuis quelques années car il s’est déplacé vers les pilules de 4eG et d’autres modes de contraception, d’où peut-être la diminution récente des prescriptions de pilules de 3eG chez les gynécologues.
- Le pourcentage de médecins généralistes abonnés à la revue Prescrire (qui met en garde contre les pilules de 3eG depuis 10 ans) est plus élevé chez les généralistes que chez les gynécologues.
- Les généralistes français sont moins cons que certains pourraient le penser.

En tout cas, en terme de santé publique, s’il faut restreindre la prescription de pilules de troisième génération à certains spécialistes mieux à même de les prescrire à bon escient, ce sont les médecins spécialistes en médecine générale qui sont à privilégier et non les gynécologues. Personnnellement, je n’y suis pas favorable. L’information, et surtout l’information des femmes, doit être privilégiée. Je suggère d’ajouter dans les boîtes de contraceptif un document contenant les informations suivantes :

Ce contraceptif est un médicament. Comme tous les médicaments, il expose à des risques qui doivent être mis en balance avec les effets positifs attendus.

Vous devez être consciente de ces risques qui sont les suivants :

Risques graves

Tout contraceptif oral associant des hormones de la famille des estrogènes et de la progestérone augmente le risque d’accidents cardiovasculaires exceptionnels comme un infarctus, une embolie pulmonaire ou un accident vasculaire cérébral. Ces accidents peuvent laisser de lourdes séquelles ou conduire au décès.

Ces accidents sont très rares : moins d’ un cas sur cent mille utilisatrices pendant un an. Ces accidents existent aussi chez des femmes qui ne prennent pas de contraceptifs, mais le risque est doublé par la prise d’un contraceptif de deuxième génération, et quadruplé par celui d’un contraceptif de troisième génération, comme c’est le cas pour le médicament contenu dans cette boîte. Fumer multiplie encore ce risque par quatre.

Votre médecin ne doit vous prescrire ce médicament que si vous ne supportez pas les pilules de deuxième génération dont l’usage est moins risqué. Informez-le de tout accident cardiovasculaire survenu chez vos parents, grands-parents, oncles et tantes, frères et soeurs.

Risques de gravité modérée

La prise d’un contraceptif oral augmente le risque de phlébite (caillot dans une veine), maladie qui survient spontanément chez une femme sur dix mille tous les ans. Les contraceptifs oraux de deuxième génération doublent ce risque, et les contraceptifs oraux de troisième génération comme celui contenu dans cette boîte le multiplient par quatre. Là encore, le tabac constitue un fort facteur aggravant.

La prise d’un contraceptif peut favoriser l’apparition d’un diabète, d’une hypertension artérielle, d’une inflammation du foie, d’un calcul dans la vésicule biliaire, d’une tumeur bénigne du foie ou du sein ou d’une épilepsie.

Autres risques

Les contraceptifs oraux exposent au risque d’effets indésirables moins graves qui doivent néanmoins être signalés à votre médecin : nausées, maux de tête, prise de poids, tension modérée des seins, acné, jambes lourdes, irritation oculaire par les lentilles de contact, saignement entre les règles, diminution ou disparition des règles, irritabilité, pousse excessive des poils, taches sombres sur le visage, vertiges, troubles de la vue, écoulement de lait par le mamelon.

Ces évènements sont des risques, c’est à dire qu’il ne surviennent que chez certaines femmes. Dans l’ensemble, les contraceptifs oraux sont bien supportés et provoquent très peu d’accidents sérieux.

Une femme correctement informée est souvent à même de prendre de bonnes décisions concernant sa santé. Arrêtons de tout décider à la place des femmes, tout en leur cachant les informations essentielles.

PS du 5/1/2013 Si j’en crois Jean-Daniel Flaysakier sur Twitter, l’Agence du médicament va renoncer à restreindre la prescription des pilules de troisième génération et va renforcer l’information des femmes utilisatrices. Voila qui est parfait.


Documents joints à l'article

Réévaluation HAS Juin 2012 (PDF – 180.5 ko)




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