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Publié le
28 septembre 2012
Publication
antérieure :

7 septembre 2010


Auteur :
Dr Dominique Dupagne



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Faut-il se vacciner contre la grippe ?
Comme tous les ans, le nouveau vaccin contre la grippe saisonnière est annoncé

Nouvelle année, nouveau vaccin, même question : faut-il se vacciner ou se revacciner contre la grippe ? Cet article tente d’apporter des éléments de réponse sous une forme accessible au public. Son but n’est pas de vous dicter votre choix, mais de vous aider à forger votre opinion.

Cet article constitue une mise à jour de celui de septembre 2010. Il intégre notamment les résultats d’une synthèse réalisée par la Collaboration Cochrane, résumée en français sur le site VOIXmédicales

Tous les ans, le vaccin contre la grippe saisonnière voit sa composition légèrement modifiée pour tenir compte des petites mutations virales observées lors de l’épidémie précédente.

Les vaccins saisonniers comportent désormais les antigènes du A/H1N1 2009 dit "mexicain" ou "californien" en remplacement de celui de la grippe espagnole. Les vaccins actuels, à l’exception de GripGuard® ne contiennent ni dérivé du mercure ni l’adjuvant au squalène qui a fait beaucoup parler de lui (et provoqué de nombreux effets indésirables) en 2009/2010. Ils contiennent aussi la souche de virus A/H3N2 (Hong Kong) et une souche B.

Faut-il se vacciner ou se revacciner tous les ans contre la grippe ?

La grippe A/H1N1 2009 n’était pas fondamentalement différente de la grippe saisonnière. Elle était simplement nouvelle (sauf pour les plus de 65 ans) et a donc touché beaucoup de monde. Nous ne savons toujours pas en 2012 quel est le pourcentage de la population qui a rencontré ce virus et s’est donc immunisé contre lui [1].

Tentons donc de répondre à cette question, chose qui n’est pas simple. Ce n’est pas simple car les travaux scientifiques évaluant l’impact de la vaccination antigrippale sont peu nombreux et peu convaincants [2].

Pour forger notre opinion, nous disposons principalement de deux éléments objectifs : la mortalité de la grippe en France et la synthèse des travaux scientifiques ayant évalué l’efficacité de la vaccination.

La mortalité de la grippe en France

La mortalité est une des données les moins mal connues car le décès est un élément qui est toujours déclaré, documenté, et qui peut faire l’objet d’enquêtes. Pour autant, aussi étonnant que cela puisse paraître, personne ne connaît le nombre exact de décès dus à la grippe en France. Un bilan sur la saison 2004-2005 [3] apporte néanmoins des données intéressantes : nous n’avons pas le chiffre absolu de décès, mais nous pouvons l’estimer, et connaître le rapport entre les décès et les cas de grippe calculés par un réseau de surveillance fiable. La mortalité a été relevée dans 22 départements répartis sur le territoire, représentant 37% de la population métropolitaine. Il suffit donc de tripler les chiffres pour avoir une estimation grossière de la mortalité totale [4].

Fig 1 Comparaison de la mortalité grippale et du nombre de cas de grippes lors de l’épidémie 2004-2005, permettant d’évaluer la mortalité globale à environ 1/10.000 pour les grippes déclarées (source). Attention, la mortalité pour la grippe en général est plus faible car de nombreux cas de grippe ne donnent que peu ou pas de symptômes et ne sont donc pas comptabilisés.

En tout, 228 décès ont donc été recensés en 2004-2005. En extrapolant à la population totale, on obtient environ 700 décès. Ce chiffre est à comparer aux estimations officielles de 5000 à 7000 décès. Ces dernières estimations reposent sur une lecture savante mais audacieuse des courbes de mortalité, et de l’attribution arbitraire à la grippe d’excès de décès survenus pendant la circulation du virus grippal. Cette méthode n’a jamais été évaluée, est purement théorique, et est mise à mal par le décompte précis des décès pendant la grippe A/H1N1 (350 décès). Pour ma part, je préfère me fier au décompte des causes de décès, même si cette méthode risque elle-aussi de surestimer les décès dus à la grippe [5]. L’Institut national de veille sanitaire a publié en octobre 2011 un récapitulatif qui évalue à quelques centaines au maximum le nombre de décès dus à la grippe.

L’autre information importante est celle de l’âge auquel survient le décès par grippe.

Fig 2 : Age des patients décédés de la grippe lors de la surveillance de la grippe 2004-2005 sur 22 départements.

L’âge moyen des patients décédés de la grippe au cours de la saison 2004-2005 est de 86 ans (médiane : 87 ans). La classe d’âge des plus de 90 ans est la plus représentée avec 43 % des effectifs.

La grippe saisonnière est donc dans la majorité de cas la grippe "du dernier souffle" qui vient emporter une personne fragilisée par le grand âge. C’est bien sûr souvent un drame, mais cette information est importante pour qui veut apprécier l’intérêt de se vacciner contre la grippe saisonnière. Le décès des personnes jeunes grippées est donc un évènement très rare : 1/100.000 à 1/1000.000 de grippes. Ce décès est souvent associé à une maladie préexistante. Cela correspond aux constatations faites par les médecins généralistes : rares sont ceux qui ont été confrontés à un décès par grippe chez une personne jeune et en bonne santé pendant l’ensemble de leur carrière. Médicalement parlant, "jeune" signifie moins de 65 ans...

Ces chiffres concernent essentiellement la grippe A/H3N2 (Hong Kong) qui circulait majoritairement en France avant 2009.

La grippe H1N1 a épargné les personnes âgées qui possédaient apparemment une immunité ancienne et protectrice contre ce nouveau virus, qui n’était donc finalement pas si nouveau.

Le nombre de décès de patients liés (sans certitude [6]) à la grippe A/H1N1 a été de l’ordre de 350 en 2009/2010, dont une majorité de personnes fragilisées par des facteurs de risque préexistants. Certaines données font douter d’un excès de gravité de cette nouvelle grippe A/H1N1 chez les jeunes, excès pourtant communément admis.

En pratique, la probabilité de mourir de la grippe pour un enfant ou un adulte de moins de 65 ans est de l’ordre de 1 pour un million chaque année. Ce risque est équivalent à la probabilité de trouver les 6 numéros du Loto en jouant 20 euros.

Quelle est l’efficacité du vaccin antigrippal ?

Vous pourriez penser que le vaccin antigrippal protège à près de 100% contre la grippe, comme c’est le cas pour le vaccin antipolio ou antitétanique. Il n’en est rien. Le vaccin contre la grippe est peu efficace. Les interprétations des données scientifiques les plus optimistes évaluent cette efficacité à environ 50% (deux fois moins de grippe chez les sujets vaccinés).

Néanmoins, cette interprétation favorable est contestée. Ce qui est surtout contesté, c’est que cette diminution des cas soit associée à une diminution équivalente des complications graves de la grippe. [7]

Une des sources scientifiques internationales les plus fiables, la Collaboration Cochrane, conclut que si la vaccination permet peut-être d’éviter une grippe sur deux, il n’existe aucune preuve que le vaccin soit efficace sur les complications de la grippe et notamment les décès. La commission d’enquête du Sénat a auditionné le Pr Jefferson de la collaboration Cochrane et vous pouvez lire en français le compte rendu de son audition qui résume bien la situation.

Un autre élément factuel non négligeable est la situation de la Pologne : ce pays n’a vacciné aucun de ses citoyens en 2009/2010 et la mortalité grippale par habitant y a été moins importante qu’en France. Le réponse des partisans du vaccin est que les polonais ne savent pas compter les morts de la grippe...

En pratique, les accidents graves et décès liés à la grippe sont tellement rares qu’il est quasiment impossible de mettre en évidence l’efficacité du vaccin sur la mortalité, à supposer que cette efficacité existe.

Le vaccin permet de diminuer au mieux par deux la probabilité d’être alité et incapable de travailler plusieurs jours, tous les dix ou quinze ans. C’est en effet l’intervalle moyen qui sépare deux accès de grippe chez une personne donnée (certains n’en "font jamais", d’autres sont grippés plus souvent).

Quels sont les dangers du vaccin antigrippal

Face à un risque aussi faible, nous sommes en droit de nous intéresser aux risques, même très rares, de la solution proposée, à savoir le vaccin.

Nous n’avons pas d’argument solide actuellement pour affirmer que le vaccin antigrippal saisonnier expose à des risques importants. L’absence d’adjuvant au squalène dans le vaccin saisonnier (sauf GripGuard®) évite les nombreuses réactions locales désagréables observées avec le vaccin pandémique et peut-être certaines réactions auto-immunes. Les accidents survenus chez les vaccinés ne sont pas (à ce jour) significativement plus fréquents que ceux attendus pour les mêmes effectifs dans une population non vaccinée.

Nous n’avons pas non plus d’argument solide pour affirmer qu’il n’existe aucun accident grave lié au vaccin. Des troubles sérieux sont survenus après la vaccination : maladies neurologiques graves, maladies immunitaires, et enfin des décès. S’il n’est pas possible actuellement d’affirmer que le vaccin est responsable de ces accidents, il n’est pas non plus possible d’affirmer qu’il est innocent.

Il suffirait que la vaccination provoque deux décès par million de personnes jeunes vaccinées pour en annuler le bénéfice théorique.

Bénéfice théorique, car encore une fois, personne ne peut affirmer que le vaccin permet d’éviter des décès ou des accidents graves liés à la grippe.

La seule chose qui est sûre, c’est que l’on ne sait pas grand chose

Nous ne savons pas exactement combien la grippe provoque de décès, mais nous avons des raisons de penser que le taux est très faible, de l’ordre de 1 pour 1 000 000 chez les enfants et adultes de moins de 65 ans en bonne santé.

Nous ne savons pas combien la vaccination provoque d’accidents graves, mais nous savons que ces accidents, s’ils existent, sont rarissimes.

Nous avons des éléments solides pour penser que la vaccination contre la grippe divise au maximum par deux la probabilité d’être atteint par la grippe et donc d’être exposé à ses inconvénients (alitement, fatigue durable, forte toux, parfois pneumonie nécessitant des antibiotiques). Il faut vacciner 30 personnes tous les ans pour éviter une grippe.

Dans ces conditions, le rapport bénéfice/risque de la vaccination antigrippale est difficile à apprécier. A chacun de faire son choix en fonction de ses peurs ou de son vécu personnel. Nous nous exposons quotidiennement à des risques largement aussi importants, comme faire une promenade en vélo ou un voyage en voiture.

Le "risque zéro" est un mythe, la vie est pleine de risques rares que nous ne pouvons éviter !

Se pose enfin le problème des cas particuliers : vieillards fragiles, grands malades, femmes enceintes, asthmatiques. Ils sont clairement exposés à un surcroît de risque variable en fonction de chaque situation. Le surcroît de risque chez la femme enceinte n’est pas solidement établi et les risques éventuels de cette vaccination pendant la grossesse ne sont pas bien connus.

Le rédacteur de cet article et les médecins co-signataires espèrent que ces éléments auront pu faciliter votre choix ou éclairer la décision que vous prendrez avec votre médecin traitant.

Remerciements : Dr Jean-Claude Grange, Dr Olivier Rozand.

Liens d’intérêt de l’auteur : voir ici.

Notes

[1] L’immunité conférée par la maladie est beaucoup plus importante et durable que celle induite par le vaccin qui simule une fausse infection localisée (au point d’injection).

[2] Il aurait été très facile d’apprécier cette efficacité lors de la mise en place de la vaccination gratuite pour les personnes âgées ou les patients en longue maladie : cette vaccination aurait été offerte à un échantillon de patients tirés au sort, ou à certains départements et pas d’autres. La mortalité de ces patients aurait pu être comparée après plusieurs années à celle d’un autre échantillon de personnes non incitées à la vaccination. C’est facile, les données sont déjà informatisées et la traçabilité des personnes ayant retiré leur vaccin gratuit est aisée. Cela n’a pas été fait. Comme trop souvent en France, on a lancé une politique de santé publique avant de l’évaluer, et il est désormais trop tard pour faire cette étude.

[3] Surveillance épidémiologique de la grippe en France 2004-2005, rapport de l’Institut National de Veille Sanitaire. Archive.

[4] Les auteurs font remarquer à juste titre que cette extrapolation est invalide. Néanmoins, il est douteux que l’erreur liée à la non représentativité de l’échantillon dépasse un facteur 2. De plus, le chiffre obtenu (700 décès) ne paraît pas absurde après le décompte précis de la grippe 2009/2010 qui se monte à 350 décès attribués à la grippe

[5] Ont été comptabilisés comme dus à la grippe les décès pour lesquels le certificat contenait les mot "grippe" ou "grippal", sans qu’il soit nécessaire que la grippe soit présentée comme cause principal du décès. Cette étude a donc été conçue pour "ratisser large" et surestime probablement les décès par grippe puisque de nombreux autres virus peuvent provoquer un "syndrome grippal".

[6] Tous les décès dues à un pneumonie grave en 2009/2010 ont été attribués à la grippe A/H1N1 sans vérification virologique.

[7] Un exemple parmi d’autres : des chercheurs américains ont étudié plus en détails les données scientifiques sur la vaccination des personnes âgées. Ils constatent que les vaccinés meurent moins pendant l’épidémie de grippe, mais meurent moins aussi avant et après ce qui n’a pas beaucoup de sens et suggère l’existence d’un biais statistique. Voila de quoi relativiser la valeur de ces donnéesqui sont censées fonder l’efficacité de la vaccination contre la grippe.


Documents joints à l'article

Rapport grippe 2004-2005 (PDF – 711.2 ko)




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