Accueil Désinformation Retrait de Diane 35, comment en est-on arrivé là ?
Publié le
1er février 2013

Auteur :
Dr Dominique Dupagne



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Retrait de Diane 35, comment en est-on arrivé là ?
Quand la presse déraille...

L’annonce du retrait à court terme du médicament Diane 35 en France paraît absurde. Cette décision isolée en Europe n’est pas fondée scientifiquement, où alors il faudrait retirer du marché le quart des médicaments. Elle pourrait ridiculiser la France quand l’Europe, dans quelques mois, lui donnera tort et contraindra les autorités sanitaires françaises à revenir sur leur décision.

Mais comment en est-on arrivé là ?

Tout d’abord, il y a le spectre du Mediator qui plane au dessus des experts sanitaires. Après s’être fourvoyée, une agence gouvernementale réagit habituellement par excès, en sens inverse. C’est humain, nous fonctionnons tous comme cela. Si je passe à côté d’un cancer du poumon, je risque de prescrire massivement des radiographies inutiles à mes patients, au risque de compromettre leur santé en les irradiant ou les inquiétant inutilement.

Ensuite il y a l’émotion : les victimes des accidents thrombo-emboliques sont jeunes, jolies, et très en colère. Je les comprends. Mais face à la douleur et à l’émotion, la science doit être à la fois compatissante, empathique et rationnelle.

Mais il existe un troisième acteur : la presse. Il est de bon ton de montrer du doigt le web collaboratif, source de toutes les désinformations sanitaires. Or, dans cette affaire, la presse traditionnelle a soufflé sur les braises de l’inquiétude, titré sur des chiffres affolants, et écrit beaucoup de bêtises.

Il ne s’agit pas de reprocher à la presse de faire son travail d’information, mais de regretter qu’elle participe à la désinformation.

Un article publié dans le Monde [1]du 31 janvier est particulièrement démonstratif :

Ce papier s’intéresse donc à la méfiance à l’égard du médicament. Sujet d’actualité.

Dans une question, le journaliste écrit :

Or, il commet une erreur d’un facteur 100 : le chiffre de 4 décès pour 10000 femmes sous pilule de 3ème génération est faux, il confond avec les phlébites et les embolies non mortelles.

Le taux de décès imputable aux contraceptifs est de l’ordre de 1 utilisatrice sur 1 million chaque année. Heureusement qu’il est aussi faible, car sinon, les décès sous pilule se compteraient en centaines tous les ans et ce taux serait inacceptable. Il est possible, mais non certain, que ce risque de décès double avec Diane 35.

Je ne sais pas quelle a été la diffusion de cet article, mais mettre dans la tête des lecteurs et lectrices que les pilules tuent 2 à 4 femmes sur 10000 tous les ans est profondément destabilisant pour des millions de femmes. Les conséquences d’une telle fausse information ne doivent pas être sous-estimées.

Il s’agit du Monde et non de Closer ou de l’Impatient.

Je pense sincèrement que la presse possède une responsabilité dans cette affaire, même si je ne sous-estime pas celle des médecins qui ont prescrit trop facilement Diane 35 pour quelques boutons anodins.

Notes

[1] L’erreur a été corrigée après la publication de ce billet, voir les commentaires ci-dessous.



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