Accueil Coups de coeur, coups de gueule Et la diversité, bordel !
Publié le
30 décembre 2010

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Auteur :
Dr Dominique Dupagne

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Et la diversité, bordel !

Pour terminer 2010, et avant les cataclysmes qui se profilent en 2011, je voudrais vous parler de diversité et d’espoir.

La diversité est l’âme de la vie. Or nous déployons des efforts constants pour la réduire. Il n’est question actuellement que d’uniformisation, d’harmonisation, de directives techniques unifiées, de règles, de normes, de guides de bonne pratique, de référentiels, de recommandations, de démarche qualité...

Une curieuse maladie pousse la tête de notre pyramide sociale à vouloir régenter la vie de chaque agent, de chaque individu. Il y aurait une bonne façon de faire et pas une autre. La Qualité ne se mesure plus sur la production, mais sur le respect du processus édicté en loi du “bien faire”. Il y aurait un mode d’emploi pour toute chose et pour toute action. S’écarter de ce mode opératoire idéal serait dangereux, fautif, et devrait conduire à réprimander ou exclure l’individu refusant de se comporter en clone dans son groupe fonctionnel.

Il semble que cette maladie soit liée à nos gènes de primates sociaux qui nous poussent à constituer des groupes hiérarchisés. Or, en tête de hiérarchie il y a le chef, et le chef est tenté de dire aux autres ce qu’ils ont à faire et surtout comment ils doivent le faire. Les petits chefs sont toujours fiers d’annoncer qu’ils ont X personnes “sous leurs ordres”. Les grands chefs n’ont pas besoin de le dire car d’autres s’en chargent pour eux. Toute personne disposant d’un pouvoir est immédiatement tentée de s’en servir pour imposer ses idées ou théories à ses subordonnés. Le pire est que le chef croit généralement être utile en régentant la vie des autres et en réduisant la diversité des comportements.

Toujours est-il que cette lutte contre la diversité des agents de terrain : diversité des outils, diversité des méthodes, diversité des comportements, nous mène droit à la mort. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé diverses variantes depuis 10 000 ans : la tyrannie, la monarchie, le despotisme éclairé, le communisme... Chaque fois que l’on a diminué la diversité en bas de la pyramide, un désastre est arrivé assez rapidement. Au contraire, pendant les brèves périodes de liberté d’agir et d’entreprendre, l’humanité a généré des progrès spectaculaires. Mais même le capitalisme et le libre-échange ont trouvé leurs limites. Il sont désormais faussés par la corruption, par la réapparition de la contrainte généralisée, et par une normalisation de presque tous les pans de vie et du travail.

Presque tous, car certains domaines d’activité échappent encore à la norme : la cuisine, les ordinateurs, les téléphones portables, la confection... Dans ces domaines, l’innovation est permanente, la diversité la règle. Une terrible sélection darwinienne favorise les meilleurs, mais permet aussi la survie de challengers pour peu qu’ils trouvent une niche ou grappillent quelques parts de marché. Seul l’inutile, le moche ou le raté disparaissent totalement.

Comment ne pas être tenté de comparer l’évolution des téléphones portables avec celle des espèces vivantes, sur un mode extraordinairement accéléré. En 20 ans, nous avons vu apparaître et se succéder des centaines de modèles différents, toujours plus pratiques, performants, petits, fonctionnels (trop pour certains). Il n’existe aucune rente de situation : les vedettes d’hier peuvent disparaître en quelques années. Des modèles innovant peuvent dominer leur écosystème en quelques générations ; je parle de générations de téléphones...

Réalisez-vous que personne n’a tenté d’organiser les téléphones portables, en dehors des trois normes (fréquences) et du format de la carte à puce utilisée ? Il n’existe aucun guide imposé aux industriels pour fabriquer un “bon téléphone”. Pas d’organisme, pas de plan, pas de ministre, pas d’administration. Si vous réfléchissez à ce qui marche encore dans le Monde, vous verrez qu’il s’agit presque toujours de secteurs non régulés. De secteurs où les agents de terrains sont responsables de la recherche permanente de nouvelles idées, de nouvelles méthodes, de nouvelles fonctionnalités. Au contraire, les domaines d’intervention de l’Etat accumulent fiascos et dépenses pharaoniques.

Alors que nous tentons de nous sortir de notre mélasse actuelle par des plans de relance, des masses ahurissantes de fausse monnaie, et une intensification de la régulation en général, nous feignons d’oublier que c’est notre pseudo-régulation du monde qui est en train de nous noyer. Que ce n’est certainement pas en l’intensifiant que nous allons arranger les choses. Nous oublions aussi qu’il existe un modèle d’organisation qui fonctionne depuis très très longtemps et dont nous pourrions nous inspirer : la Vie.

Pourquoi la Vie ? Parce que c’est un mode d’organisation de la matière qui s’est constitué par tâtonnements progressifs. Cette organisation a sans doute testé toutes les variantes possibles et nous savons depuis Darwin que la sélection naturelle a modelé les systèmes existants en rejetant l’échec et l’imperfection.

Or, quel est le secret, le fondement de la Vie : c’est la diversité. Il n’existe aucun système vital fondé sur la recherche de l’uniformité ni sur le clonage des individus et de leurs comportements. La sélection naturelle fonctionne à partir d’un réservoir de variants, réservoir dans laquelle elle pourra puiser un début de solution face aux situations nouvelles ou imprévues. Car la Vie a acquis avec le temps une grande humilité : elle sait qu’il est impossible de prévoir l’avenir. Donc, plutôt que de succomber face à un futur imprévu, elle prépare en permanence une infinité de variantes, elle entretient une diversité qui est le terreau de sa longévité.

Notre système immunitaire est sans doute le plus bel exemple de cette diversité entretenue. Nous n’avons pas de plan ni d’arsenal pour faire face à des menaces changeantes. Nous disposons de milliards d’usines autonomes, capables des créer autant d’anticorps différents. Face à un nouvel intrus, l’usine (lymphocyte) qui produit un anticorps grossièrement mais imparfaitement adapté au microbe se multiplie à grande vitesse, avec de nouvelles variantes. Au sein de ces variantes, celle qui produit l’anticorps le mieux adapté se multiplie à son tour, avec de nouvelles variantes. En quelques cycles de reproduction/diversité, l’anticorps parfait est trouvé, massivement fabriqué, et nous permet de guérir.

En face, l’agent infectieux neutralisé se reproduit lui aussi avec de nombreuses variantes, espérant en trouver une qui franchira le barrage des anticorps. Là aussi, la diversité est la clé de la survie.

Les notions de solidarité et de compassion ne sont pas antinomiques de la Vie, c’est la normalisation qui l’est.

J’ai tenté, par ces quelques exemples, de vous faire comprendre que la lutte contre la diversité est sans doute la pire chose que le cerveau humain ait imaginée. Je sais que je n’empêcherai pas l’armée des clones d’aller jusqu’au bout de sa folie, car elle possède actuellement les clés du pouvoir. Je voulais juste vous faire comprendre que ce que vous ressentez actuellement est une réalité. Comme l’écrivait Flaubert : la médiocrité chérit la règle. Le retour de la diversité et du respect des individus qui la mettent en oeuvre ou la portent sur leur corps signera le début de la renaissance. Ce n’est pas pour tout de suite, mais c’est inéluctable, car nous faisons partie de la Vie.



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