Accueil Désinformation Le gouvernement veut faire le ménage dans les avis de consommateurs
Publié le
24 janvier 2011

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Auteur :
Dr Dominique Dupagne

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Le gouvernement veut faire le ménage dans les avis de consommateurs

Le public a de plus en plus recours à Internet pour s’informer, notamment avant un achat ou une décision importante. Frédéric Lefebvre, Secrétaire d’Etat au Commerce, lance un plan d’action pour assainir le e-commerce.

L’ineffable Frédéric Lefebvre s’est trouvé un nouveau cheval de bataille : contrôler la manipulation des opinions sur les sites de rating, ceux où des quidams évaluent ou commentent des produits ou des services.

C’est un sujet qu’il connaît bien : ancien lobbyiste, il a passé de nombreuses années à tenter d’influencer les politiques au profit de ses clients.

Las ! Désormais, les espaces de décisions sont tellement morcelés que le métier de lobbyiste devient très difficile. Internet regorge de blogs, de forums, de réseaux sociaux où les produits sont commentés, notés, disséqués. Ces évaluations échappant à toute forme de contrôle.

Frédéric Lefebvre a de la suite dans les idées et il est obsédé par Internet, ce foutoir libertaire insupportable qu’il veut à tout prix réguler. Il n’a jamais eu de mission directe sur le sujet, et c’est heureux tant il n’y connaît rien :

Avec la charge du e-commerce liée à son secrétariat d’Etat, il a trouvé un moyen détourné pour remettre les pieds dans le PIF (paysage internet français).

A l’en croire, les forums, blogs et sites de rating seraient l’objet de toutes les manipulations de la part de marchands peu scrupuleux. Il démontre une fois de plus sa méconnaissance du Web 2.0.

Avant le Web communautaire, nous étions soumis majoritairement à des informations biaisées, nous étions souvent démunis pour fonder notre opinion sur des avis sincères :
- La consommatrice Omo dans la publicité est-elle une vraie consommatrice ?
- Claudia Schiffer utilise-t-telle vraiment des cosmétiques Loréal à deux balles ?
- Le publi-rédactionnel dans la presse est-il vraiment toujours signalé comme tel ?
- Les peoples qui viennent faire la promotion de leur film disent-ils vraiment ce qu’ils pensent ?
- Les médias en général sont-ils libres vis-à-vis de leurs annonceurs ?

Bien sûr que non. Mais autant nous pouvons facilement décoder la publicité quand la ficelle est grosse, autant nous sommes fragiles vis-à-vis du publi-rédactionnel, qui s’est infiltré dans tous les supports, même les plus prestigieux.

Bien sûr, il y a de la manipulation sur le Web 2.0. Il y a des blogueurs dont l’éthique est douteuse, il y a des avis de consommateurs faussés. Mais la force du Web communautaire, c’est que ces manipulations sont tellement diluées dans la masse des contributeurs sincères qu’elles deviennent inopérantes. Tous ceux qui baignent dans le 2.0 le savent. Seuls les néophytes croient encore que le web est manipulable.

Je vais vous le démontrer dans un domaine qui est le mien : la santé.

En tant que gestionnaire d’un forum médical, j’ai bien sûr été confronté au problème. Avec un des principaux forums santé francophones, je suis une cible privilégiée pour ces manipulations.

En voici un exemple typique : dragées Fuca.

Mais ce que ne savent pas les novices du Web 2.0 comme Frédéric Lefebvre, c’est que ces comportements sont tout de suite détectés. Il y a une "musique" sur les espaces communautaires et jouer une fausse note sans se faire repérer n’est pas facile. Le groupe identifie pratiquement à coup sûr les déviances et le signale aux modérateurs.

Sur 3.000.000 de messages postés sur Atoute, les tentatives de manipulation ne dépassent pas la centaine de messages. Et je doute qu’il y en ait beaucoup qui aient échappé à la vigilance des "veilleurs" des différents forums. J’ai d’ailleurs il y a 3 mois mis au défi un ami de faire de la promotion déguisée sur Atoute sans être repéré, et j’attends...

Même sur des forums moins surveillés que ceux d’Atoute, je doute que ces manipulations d’espaces communautaires soient faciles.

Pour ce qui est des blogs santé, il existe une officine qui propose des blogs clés en main à des industriels de santé, portant sur un domaine touchant au périmètre de leur produit. Mais ce que ne savent pas ces industriels, c’est que ce sont eux les victimes de cette officine (que je ne nommerai pas) : le trafic qui leur est communiqué est faussé par des articles de mode ou des recettes de cuisine. Ils croient payer un trafic qualifié qui n’existe pas. Le Web 2.0 est surtout un piège pour les grands méchants loups :-)

Et si un blogueur médical influent était tenté par le côté obscur, je ne lui donne pas trois mois avant d’être démasqué et donc de tomber dans les oubliettes de la notoriété.

Lors des dernières grandes affaires de désinformation sanitaire : Hormones de la ménopause, Grippe H1N1, Médiator, la vérité était dans la blogosphère et le mensonge dans les agences et les médias traditionnels.

A propos du Médiator, relisez ce qui s’était dit sur Atoute en 2004. Cette discussion trustait les premières places dans Google sur la requête Mediator entre 2004 et 2009.

En 2008, soit avant la révélation de l’affaire par le livre d’Irène Frachon, une autre discussion était édifiante : "catedu", avec son orthographe approximative, apprend au médecin "asthmaggedon" que le Mediator est une amphétamine coupe-faim toxique pour le coeur. Une transmission inversée du savoir...

En pratique, il y a bien une manipulation de l’information dans les médias, mais elle n’est pas sur Internet. Au contraire, les médias sociaux permettent de lutter contre une désinformation entretenue par des lobbyistes, l’ancien métier de Frédéric Lefebvre. Les quelques avis ou notations manipulés sont tellement dilués qu’ils deviennent inopérant. Il y a dans le Web 2.0 une forme de régulation collective bien plus efficace que la direction de la répression des fraudes.



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