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Comment ruiner la réputation d’un laboratoire pharmaceutique

Ou plutôt, comment l’éviter...

vendredi 21 juin 2013, par Dominique Dupagne

L’actualité récente nous indique un moyen simple pour ruiner la réputation d’un laboratoire pharmaceutique. Autant en parler pour mettre en garde les pharmaciens contre d’éventuelles manipulations.

La triste histoire du furosémide/zopiclone TEVA m’a conduit à faire un test : est-il facile, après avoir sorti un comprimé de l’alvéole de son étui, de remettre en place l’opercule pour donner l’impression qu’il est intact ?

J’ai donc pris un étui de cétirizine TEVA, et j’en ai extrait un comprimé, puis je l’ai remis en place. J’ai juste appliqué l’opercule en aluminium sur le comprimé dans l’alvéole, avec mon doigt, sans autre manipulation ni collage.

Voici le résultat, tentez d’identifier l’opercule refermé, en taille réelle.

Vous l’avez trouvé ? En fait, il y en a deux.

Vous avez un doute ? Regardez l’image agrandie 10 fois

Alvéoles 2 et 4 en partant du haut et de la gauche.

En pratique, face à un doute sur une substitution de comprimé dans un étui, il me semble important que le pharmacien inspecte soigneusement la feuille d’aluminium.

Je ne prétends en aucune façon que c’est ce qui est arrivé dans l’affaire du furosémide. Ce billet est destiné à inciter les pharmaciens à se méfier d’éventuels petits malins qui auraient la même idée que moi.

Ajout : on m’a fait remarquer que le manque de la sensation et du bruit du comprimé qui rompt l’aluminium risquent de démasquer le subterfuge. Qu’à cela ne tienne, un peu de colle cyanoacrylate fluide, et c’est encore mieux :

Messages

  • Mis à part le fait que ce n’est pas bien, si je jette un comprimé de zopiclone dans le flux de la chaine de fabrication du furosémide. Quelles sont les procédures qui évitent qu’il se retrouve dans la boite sortant de l’usine ?

    • C’est une question intéressante à poser à TEVA. La question du contrôle optique avant fermeture de la feuille d’aluminium a déjà été posée dans l’article précédent.

    • Je pinaille peut-être mais la lecture optique est faite pour vérifier que toutes les alvéoles sont remplies ou pour s’assurer que le comprimé est le bon ?
      OK, OK, OK, encore une question pour TEVA (ou/et les autres).
      Et si les labos mettaient un dessin du comprimé (2 faces) sur la boite pour aider les patients à les reconnaitre (même en dehors de toute suspicion d’erreur ou malversation) ?

    • À mon avis, rien n’empêche ledit comprimé de sortir. C’est bien pour ça que l’acte de malveillance (une poignée de cp dans la chaîne de conditionnement) est envisagé. On est loin de la contamination croisee et ce n’est pas reproductible...

      donc non, rien n’empêche le comprimé intrus de sortir dans une petite boîte... En même temps ça ne me parait pas possible de faire en sorte que le contrôle de visu de chaque comprimé soit effectué.

    • Pour le contrôle optique, je crois que c’est juste une question de remplissage. Partant du principe qu’aucun autre comprimé n’est sensé se retrouver là...

      enfin, l’idée du dessin sur la boîte est une bonne idée !
      Cela dit je ne pense pas que ça se fasse : pas assez de place sur la boîte pour toutes les mentions + les poso + le dessin. Mais l’idée est bonne.

    • Bonjour,
      les inspecteurs de l’ANSM ont essayé d’introduire 2 comprimés de Zopiclone dans la chaîne de fabrication. La machine les a immédiatement éjectés (mais j’ignore comment elle est capable de les reconnaître : forme, taille, masse, les trois à la fois probablement...?). Le mystère reste entier.

    • Bonjour,

      Les éléments qui ont été communiqués dans divers media professionnels relataient certains contrôles effectués par les inspecteurs de l’ANSM : Pour ce qui est de l’introduction volontaires de comprimés de zopiclone par les inspecteurs dans la chaîne de conditionnement, l’une des machines (sans précision de laquelle ni de l’étape concernée) a rejeté les comprimés comme attendu.

      Reste à savoir comme dans tout processus automatisé ce qu’il est de sa fiabilité : 10 comprimés de zopiclone parmi 10 millions de comprimés de furosemide seront-ils tous exclus ? si non, on a au pire dix échec pour 10 millions de comprimés. Est ce raisonnable ? Je n’ai aucune idée car je n’ai aucune expérience en galénique industrielle et/ou ingénierie.

      L’industrie pharmaceutique est une industrie de sécurité tout comme l’est le transport aérien. Même si c’est de loin le moyen de plus sûr de parcourir 10 000 km, il m’en reste pas moins que quelques avions chaque année n’arrivent jamais à l’aéroport.

      Cordialement,

      Gwodry

    • Merci de cette réponse .
      Je souhaiterais vraiment connaitre le principe de la machine permettant d’exclure ces comprimés :
      C’est encore une question à poser à TEVA (et/ou aux autres), soit ! Mais si un des "forumers" a une idée, Merci.
      Bon dimanche à tous.
      PS : intérêt intellectuel ; je ne souhaite pas en acheter une.

  • Déblistérer un comprimé pour en reloger un autre peut donner un très bon effet visuel avec un peu de minutie, mais lorsque vous sortez innocemment votre plaquette et poussez le cp pour l’extraire, et qu’il vous tombe dans la main sans la résistance habituelle et le petit bruit caractéristique, même si vous n’êtes pas pharmacien vous comprenez que le blister n’était pas intact.
    Le tripatouillage, plus vraisemblable que l’erreur, a sans doute eu lieu dans la chaîne de production ; d’autre part, on n’a pas eu de compte-rendu clair et franc de l’étude toxicologique sanguine des personnes décédées..

    • Quand on sort un comprimé unique, bien sûr. Mais quand vous voulez vider un blister en appuyant sur toutes les alvéoles, c’est une autre histoire.

    • Ben non, Dr Dupagne, je suis une déblistéreuse professionnelle, et pour réinsérer parfois des médocs non utilisés dans leur loge (plus présentable, se conservent mieux) je vous assure que si la pellicule métallique n’est pas intacte il y a peu de chances pour que ça passe inaperçu, même chez un patient.
      La résistance du cp à la pression du doigt et le bruit du blister qui éclate, suivis du jaillissement pas toujours contrôlé du médoc ont une poésie absente lors d’une chute molle et silencieuse..

    • Oui, je sais bien. Mais quand vous voulez vider un blister complet, et si vous n’êtes pas minutieuse, vous ne savez plus si vous avez déjà vidé l’alvéole qui ne résiste pas, et dans le petit tas de comprimé qui est sous le blister, le comprimé ajouté est déjà mélangé avec les autres.

      Enfin, rien n’empêche de finir le travail avec un tout petit peu de colle cyanoacrylate fluide qui va remplir la fente de l’aluminium par capillarité. Je vais faire un test et je reviens avec une petite vidéo :-)

    • Bonjour...
      Je suis sceptique (logique, d’ailleurs, vu mon nom de famille...), car si je suis en train de sortir tous les médocs d’un emballage, et que deux d’entre eux sont verts alors que tous les autres sont rouges (ou vive versa), même si je ne suis pas un minutieux déblistéreur professionnel, la probabilité que je le remarque est quand même élevée...
      Rappelez-moi quelles étaient les caractéristiques des deux produits... Je ne me rappelle plus...
      Bref, le mystère s’épaissit !

    • Le zopiclone Teva est rond et blanc et non pas rose et en losangette comme l’Imovane

  • Pauvre labo. je verserai une larme, à moins que ce ne soit du collyre...

  • Ce blog nous a plutôt habitué à essayer de comprendre comment les labos pharmaceutiques ( Big Pharma) arrivaient très bien à ne pas ruiner leur réputation tous seuls malgré leurs approximations méthodologiques leur marketing effréné et l’opacité de la fixation de leurs prix. Sans parler de l’utilité contestable de la prolifération de génériques là où une baisse systématique du prix après "amortissement" de la recherche suffirait

  • Une vidéo instructive : il existe des microscanner qui savent identifier des comprimés inappropriés dans un blister. TEVA est il équipé de ce type de sécurité ?

    • Merci de cette information.
      Je me souviens avoir visité une usine de fabrication d’ampoule en 1993. Une personne regardait défiler toutes les ampoules et retirait celles qui avaient un défaut.
      Autres temps, autres mœurs !

  • le dr d à visiblement le postérieur entre deux chaises.
    Le plus simple est de demander des originaux et non des "merderiques", ainsi que d’exiger la re-territorialisation completes des productions ds des pays controlables au lieu de laisser des labos fabriquer ou bon leur semble pour ensuite multiplier le prix par 1500, le tout avec le controle que l’on sait.

    • l’usine teva est en France pour ces médicaments me semble-t-il.

      de plus, les chaînes de production des princeps posent les mêmes problèmes de contrôle et de fiabilité...

    • vous semblez ignorer totalement la façon dont les médicaments sont fabriqués ... en France comme à l’étranger renseignez vous d’abord !

  • J’ignore énormément de choses, mais je constate qu’ailleurs (inde) les choses avancent au détriment de ces société privées dénuées de toute morale.
    Les marges faites sur les traitements de chimio (entre 1000 et 1500x) ou celles faites sur l’aspirine dont le prix des "nouvelles molécules" brevetées est de 40x le prix de base.

  • rapide épilogue sans plus de certitudes.
    on aimerai que pour les scandales avérés les procès soient aussi efficaces et ne se contentent pas d’attendre la mort des uns et la pseudo vieillesse des autres.

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