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Le faux scandale des sondes d’échographie contaminées

Analyse détaillée d’une manipulation médiatique

samedi 27 octobre 2018, par Dominique Dupagne

En juin 2013, une peur injustifiée était relayée par de nombreux médias : les sondes d’échographie utilisées pour les examens internes (vagin, rectum) seraient la source de dizaines de milliers de contaminations faute d’une asepsie suffisante. Cette campagne a été rélancée à l’identique en octobre 2018, par les mêmes acteurs. Je republie donc cet article, quasiment à l’identique.
Cette information est heureusement complètement fausse. Ce qui est intéressant, c’est de comprendre comment elle a pu émerger, et qui a intérêt à sa diffusion.

Le journal Le Monde a relayé le premier la conférence de presse (en 2013) où l’info sera lancée [1] par la députée écologique Michèle Rivasi.

L’information a été reprise partout pendant un mois, y compris dans des émissions de télévision très écoutées, semant l’anxiété et le doute chez des millions de patientes et de patients.

A en croire la représentante des patients interviewée par France 2, ces derniers devraient donc interpeller les échographistes et gynécologues pour savoir s’ils pratiquent un trempage de leur sonde d’échographie dans une solution de désinfection ou utilisent une machine spéciale permettant de stériliser les sondes aux ultraviolets (le problème ne se pose que pour les échographies endocavitaires, c’est à dire pratiquées dans des organes creux comme le vagin, le rectum ou l’oesophage).

Il faut reconnaître que l’information paraît fiable au premier abord : elle est soutenue par des médecins titrés et s’appuie sur des travaux publiés dans des revues scientifiques. D’autres pays ont déjà pris des mesures contre ce qui est présenté comme un risque certain.

Et pourtant, cette histoire de contamination est absurde, et voici pourquoi

La désinfection minimale et courante appliquée à l’échographie endocavitaire est la suivante : application d’une solution antiseptique sur la sonde, suivie de la mise en place d’une gaine élastique ressemblant à un préservatif. Il s’agit d’échographies non invasives, c’est à dire sans prélèvement à l’aiguille ni biopsies, soit l’immense majorité des échographies diagnostiques. Si la gaine se rompt pendant l’examen, ou si l’essuyage de la sonde après l’ablation de la gaine à usage unique montre des salissures, la sonde doit subir une désinfection par trempage avant l’examen suivant, qui sera réalisé dans tous les cas avec une nouvelle gaine à usage unique.

Un remake de la chauve-souris de Bigard

Pour qu’une contamination soit possible avec le protocole actuel, il faudrait enchaîner les évènements suivants :

1) Une sonde recouverte de sa gaine est introduite dans le vagin d’une femme contaminée par le virus du sida, du cancer du col ou de l’herpès.

2) Cette gaine, dont la paroi est semblable à celle des gants des chirurgiens et plus épaisse que celle des préservatifs à usage sexuel, serait percée ou suffisamment poreuse pour laisser passer ces virus qui vont donc contaminer la sonde d’échographie.

3) Une fois la gaine ôtée après l’examen, la solution antiseptique appliquée avec une lingette ne parviendrait pas à éliminer ces virus, bien que la surface de la sonde soit lisse, contrairement à la peau humaine.

4) Une fois la nouvelle gaine appliquée sur la sonde, les virus résiduels iraient de nouveau la traverser dans l’autre sens, pour finir par contaminer la patiente suivante.

Comme vous le concevez, c’est abracadabrant. Cette suite de catastrophes fait irrésistiblement penser au sketch de la chauve-souris enragée de Jean-Marie Bigard...

Mais supposons que cet enchaînement tragique soit plausible. Il aurait comme corollaire immédiat que les préservatifs ne protègent pas lors des rapports sexuels, et surtout que ce risque est également présent lors d’examens gynécologiques manuels, de la chirurgie, et des soins dentaires. Or, il est impossible de stériliser aux ultra-violets les pénis humains et les mains des chirurgiens, ni de les faire tremper durablement dans des solutions agressives. Il faudrait donc cesser toute sexualité hors mariage et ne plus se faire ni examiner, ni opérer ni se faire soigner les dents.

Vous commencez à comprendre l’absurdité de cette alerte ? Ce risque de contamination est de l’ordre de celui d’être frappé par une météorite en faisant son marché.

En fait, les articles inquiétants cités en appui font des projections, des supputations, des déductions à partir de quelques germes retrouvés. Mais les cas réels de contamination sont absents, comme le note le Haut Comité pour la Santé Publique en 2007.

Il y a donc un monde entre les supputations et projections mathématiques, et la réalité qui est simple : le nettoyage de la sonde et le changement de gaine suffisent à empêcher la transmission des infections, bien mieux que le préservatif à usage sexuel.

Je ne m’étendrai pas sur la naïveté des politiques, journalistes et représentants de patients qui ont gobé cette fable. Ce qui est plus intéressant, c’est de déterminer qui est à l’origine de cette campagne de communication. Je vous suggère d’essayer de deviner avant de lire la suite.

Il existe à la source de cette affaire deux acteurs principaux :

- Les comités et structures dédiés à la lutte contre les infections hospitalières et les maladies nosocomiales. Ces gens n’existent et ne survivent que par la peur qu’ils entretiennent, et qui dépasse souvent leur mission initiale. C’est un conflit d’intérêt majeur.
- Les fabricants de machines de stérilisation pour sonde. Mais ça, vous l’aviez deviné. En effet, le rapport alarmant qui sert de support à cette campagne a été financée par la société Germitec®, qui fabrique les machines promues par cette campagne, dont une est visible dans le service du Pr Frija (émission de France 2 plus haut).

J’aimerais d’ailleurs être certain que les "hygiénistes" hospitaliers qui ont appuyé cette campagne ne sont pas sponsorisés d’une façon ou d’une autre par les fabricants de matériels de stérilisation.

Il s’agit donc d’une campagne de désinformation non dénuée d’arrières-pensées commerciales, reposant sur des extrapolations hasardeuses, qui a inquiété des dizaines de millions de patient(e)s et perturbé le travail de milliers d’échographistes et de gynécologues consciencieux.

Il faut que ce genre de manipulation stupide et malhonnête cesse, c’est un problème de santé publique : ruiner la confiance du public dans des examens importants et utiles n’est pas un acte anodin. Il ne s’agit pas de faire des remontrances, mais de poursuivre au civil et au pénal les initiateurs de cette désinformation. C’est en tout cas la suggestion que je fais aux associations représentatives des échographistes et gynécologues. Cela permettrait peut-être de mettre à jour les liens d’intérêts plus ou moins cachés qui sous-tendent cette affaire.

Ces empilements de "principes de précautions" font mourir notre système de santé et finissent par paralyser la médecine sans apporter la moindre sécurité supplémentaire [2].

Il faudrait aussi que des acteurs publics comme le Le Lien de Michel Ceretti ou le groupe de Michèle Rivasi soient plus vigilants quand ils s’investissent dans ce type de combat.

En 2009, l’Académie de Médecine a mis en garde les associations en réponse à des interrogations du Médiateur de la République :

3. Cette inquiétude a-t-elle été utilisée à des fins mercantiles ?

Les actions médiatiques de l’association de patients à l’origine de la lettre du Médiateur se sont fondées sur l’exploitation de l’erreur sémantique expliquée ci-dessus. Elles eussent été mieux venues, si l’une d’entre elles au moins, la conférence de presse du 17 janvier 2009, ne s’était pas accompagnée très étroitement de la promotion d’un appareillage .
Cette manipulation de l’opinion à des fins mercantiles, grâce à l’exploitation d’une méconnaissance des termes scientifiques, est d’autant plus regrettable que l’efficacité de l’appareillage en question n’est pas démontrée, pour ce qui est de la désinfection des DM.

La réalité est donc que nettoyage de la sonde et le changement de préservatif à chaque examen constituent des précautions nécessaires et suffisantes pour protéger les patient(e)s lors d’échographies vaginales ou rectales non invasives. Et heureusement, car sinon, c’est toute l’asepsie médicale, chirurgicale et dentaire qui serait remise en cause.

Et si l’on soupçonne certains praticiens de ne pas appliquer scrupuleusement la procédure gaine à usage unique + désinfection manuelle, il est inutile d’en imposer une plus complexe. Il est préférable de se donner les moyens de veiller à ce que la procédure actuelle, simple et efficace, soit réellement mise en oeuvre.

Je ne pratique pas d’échographies et je n’ai aucun lien d’intérêt dans ce domaine.


[1En fait, c’est un remake d’une affaire identique en 2009, qui avait été désamorcée par le Haut Comité de la Santé Publique et par l’Académie de Médecine. La campagne de 2018 correspond donc à une troisième tentative

[2J’ai été confronté à un problème du même type dans mon exercice de médecin généraliste. Je réalisais des points de suture avec du matériel chirurgical robuste en acier inoxydable, que je stérilisais à 120°C à sec. Après l’affaire de la vache folle, nous avons eu l’obligation de stériliser notre matériel dans des autoclaves professionnels, comme les hôpitaux. La dépense étant inenvisageable pour mon activité, je suis passé aux instruments jetables, de mauvaise qualité, et la qualité de mes sutures s’en ressent. Tout cela reposait sur la peur d’un contact potentiel entre mes instruments et le cerveau de mes patients ou leur moelle épinière. Or les généralistes pratiquent rarement la neurochirurgie à leur cabinet... Ce principe de précaution absurde et injustifié a dégradé les soins pratiqués par les généralistes à leur cabinet et poussé nombre d’entre-eux à cesser les actes de petite chirurgie, au détriment des patients.

Messages

  • Démonstration magistrale, médicalement imparable, et accessible à tous.
    XGB

  • Le problème est le même au bloc opératoire : Les endoscopes opératoires ( Arthroscopie, coelioscopie) sont autoclavés, mais pas les caméras vidéo qui se branchent à leur extrémité et qui sont protégées, là aussi, par un préservatif. L’endoscope est considéré comme étant dans le champ opératoire, mais pas la caméra qui est hors champ, non stérile.
    Si la méthode n’était pas fiable, une contamination serait lourde de conséquence car l’endoscope entre dans des cavités normalement stériles, (cavité péritonéale, articulations) ce qui n’est pas le cas du rectum ou du vagin.
    La caméra ne supporte pas l’autoclave... mais peut-être nous proposera t-on un jour les caméras à usage unique pour le plus grand bonheur des marchand de caméra, et le plus grand péril des finances de l’assurance-maladie ?
    Un jour il faudra faire savoir que la seule méthode sûre est le passage de chaque patient à l’autoclave pendant 30 minutes juste avant l’intervention.
    XGB

  • ...réalisée par un chirurgien à qui on a fait subir le même sort.

  • très bien vu
    affligeant
    à inscrire au guinness book des hoax
    http://www.hoaxbuster.com/

  • Une critique suivie d’un débat qui éclaire les préoccupations de certaines patientes et leur fragilité face à la culture de la peur.
    http://www.atoute.org/n/forum/showthread.php?p=4428620#post4428620

  • Je partage cette analyse. L’excès de précautions, comme l’excès d’exigences de qualité, augmente les coûts et finalement dégrade le niveau des soins. On pourrait multiplier les exemples. Pendant la dernière pandémie, il fallait manipuler les échantillons dans un laboratoire P3 alors que le risque de contracter l’infection dans la vie quotidienne était beaucoup plus élevé.
    Je suis par contre beaucoup plus réservé sur la remarque concernant "les comités et structures dédiés à la lutte contre les infections hospitalières et les maladies nosocomiales". De quelles structures parlez-vous exactement ? Des CCLIN ? Des CLIN ? Ces structures ont été mises en place à une période où le relâchement des mesures d’hygiène et l’utilisation non contrôlée des antibiotiques avait entrainé une flambée d’infections nosocomiales. La très grande majorité d’entre elles sont animées par des professionnels de santé de terrain qui réalisent cette mission en plus de leur activité principale et qui n’ont pas intérêt à alourdir inutilement les procédures. L’excès de suspicion n’est pas bon non plus...

  • Vous avez raison les dommages collatéraux sont énormes ...et il est urgent d’intenter des actions contre toutes ces campagnes
    La passivité du monde médical est édifiante pourtant comment continuer à exercer la Médecine dans un tel contexte ...
    les gens arrivent avec des idées bizarres ou des parcours de santé de plus en plus délirants
    Il ne se passe pas une semaine sans que je vois une personne sur explorée alors que si l’on avait pris le temps de discuter avec elle de son ressenti on aurait été efficace et économe attentionné et respectueux des données à notre disposition
    Malheureusement le commerce règne de plus en plus sur le monde de la santé ...
    Votre chronique le démontre encore une fois

  • Voici une étude toute aussi médiocre sur le plan scientifique, mais rigolote car elle montre l’inverse http://www.rue89.com/rue69/2013/07/31/etude-les-preservatifs-preservent-sante-vagins-244670

    Les gaines en latex protègeraient le vagin des infections.

  • Et si c’était aussi un coup des gens associés aux rayons X qui peuvent être concurrents dans un certains nombre de domaines ?

  • Juste comment des emissions comme allo docteurs sur la 5 peuvent relayer et affirmer que les sondes sont contamin ???? Je comprends pas ..

    Des emissions censee aider les gens ils leur file une raison de plus d angoisser

    Bon je regarde pas suis assez hypo c est une amie qui me la signale quand j ai du passe mon echo ...

    Merci l angoisse ... dj que je peux pas encadrer ce MC qui parade a la tele

  • LE DANGER, CE N’EST PAS CE QU’ON IGNORE, C’EST CE QUE L’ON TIENT POUR CERTAIN ET QUI NE L’EST PAS. (Marc Twain).

    Mme Brigitte-Fanny Cohen : imbécile ou escroc ? sévit depuis une éternité dans les média, chroniqueuse santé à Télématin pendant 20 ans, c’est-à-dire le niveau de sa pertinence ; ces mimiques et dandinements me font mal aux yeux...

    Quant au Pr. Guy Frija , honte à lui, il nous déshonore !

    "un coup des gens associés aux rayons X" Merci "logik" j’aime les nouvelles théories du "COMPLOT".

    Merci Dominique

  • J’ai lu un argument choc

    "la procédure actuelle est suffisante, mais des médecins ne l’appliquent pas bien et notamment ne changent pas de gants entre chaque patient, c’est pour ça que l’on veut une procédure plus efficace".

    Je suis désolé, mais si en effet un gougnafier ne change pas de gants entre deux patients, on peut stériliser la sonde autant que l’on veut, cela ne changera pas grand-chose.

  • Un médecin généraliste qui se dit hygiéniste....

    A la place de crier au complot, renseignez-vous un peu sur le sujet.

    La protection de sonde est somme toute un préservatif, qui est efficace a 99%.
    La problématique est la manipulation de la sonde faite par des professionnels de santé qui ne respecte pas les protocoles.
    Donc pour palier a ses problèmes d’opérateurs dépendances, l’être humain créer des systèmes automatisés.

    Il y quinze ans, les gastro-entérologues tenaient le même discours, maintenant tout le monde dispose d’un LDE.

    CQFD.

    On ne parle pas de stériliser mais de désinfecter correctement.

    Je vous propose de vous faire contaminer par le HPV et ensuite vous venez a nouveau ramener votre science.

    Histoire de rire un peu.

  • @ Alexandre Kraviec Dommage que vous n’ayez pas lu l’article jusqu’au bout et notamment le dernier paragraphe :

    « Et si l’on soupçonne certains praticiens de ne pas appliquer scrupuleusement la procédure gaine à usage unique + désinfection manuelle, il est inutile d’en imposer une plus complexe. Il est préférable de se donner les moyens de veiller à ce que la procédure actuelle, simple et efficace, soit réellement mise en oeuvre. »

    Quant à votre menace finale, je préfère ne pas répondre tant elle est pathétique.

  • @ Alexandre Kraviec : En médecine, quand nous émétons des avis sur des problèmes de santé, il est d’usage de déclarer ses conflits d’interêt. Pour ma part je pratique l’échographie et la désinfection également au quotidien.
    Permettez moi donc d’abonder dans le sens du Dr Dupagne, car il parait qu’ un médecin généraliste est compétant pour comprendre la transmission des maladies infectieuses !
    La société qui est à l’origine de cette manipulation médiatique se base sur 3 études qu’elle a elle même financé. Les conclusions de celles-ci sont consultables en ligne (1) . Elles ont fait l’objet en 2015 d’une analyse par un organisme indépendant le CEDIT (comité d’évaluation des technologie en santé) de l’APHP et les conclusions sont sans appel : aucune donnée scientifique ne permet de recommander une désinfection de haut niveau pour les examens endo-cavitaires de routine dans le but de prévenir un risque infectieux. Les études menées par Germitec ont démontré seulement la capacité de l’appareil a éliminer l’ADN des micro-organismes sur la sonde si celui-ci est associé à une désinfection chimique par lingette au préalable. A ce jour il n’a pas été démontré le passage des micro-organisme à travers les protecteurs de sonde.

    Enfin, je suis gêné d’apprendre que vous êtes l’heureux propriétaire de la société basée à Genève "Med in one" qui commercialise des désinfectants.
    Permettez moi donc de rire un peu à mon tour aussi.

    (1) https://docplayer.fr/25225607-Desinfection-des-sondes-d-echographie-endocavitaire-par-rayons-ultraviolets-c-antigermix.html

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