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Les 231 morts fictifs de la dompéridone expliqués à ma fille

Le MOTILIUM, aux doses usuelles recommandées, n’est pas plus dangereux que du DOLIPRANE

vendredi 24 avril 2015, par Dominique Dupagne

D’après un article scientifique publié par une équipe française, la dompéridone (MOTILIUM®, BIPERIDYS®), médicament très utilisé contre les troubles digestifs, serait la cause de 231 décès tous les ans en France. C’est heureusement faux. Si ce médicament peut exposer à des troubles cardiaques dans des situations très particulières qui n’ont rien à voir avec son usage courant, ces décès annoncés résultent d’extrapolations hasardeuses.

La dompéridone est beaucoup trop prescrite et utilisée en France. Pour autant, cela ne justifie pas de publier n’importe quoi ni d’affoler les quelques malades qui en ont réellement besoin.

Plutôt que de me lancer dans une réfutation scientifique traditionnelle, je vous propose un dialogue avec ma fille qui m’interroge sur ce médicament.


Ah, au fait papa, qu’est-ce que je peux prendre à la place de la dompéridone pour mon reflux ?

Continue avec la dompéridone.

Tu rigoles ? Et les 200 morts ?

Ce ne sont pas des vrais morts ; ce sont des morts statistiques.

Comment ça ? On n’a pas compté les gens qui sont morts à cause du médicament ?

Non.

Tu te fous de moi ?

Non. Tu as vu une famille éplorée interviewée au 20 heures suite à un décès sous dompéridone ?

Euh, non…

Pourquoi à ton avis... Si seulement 3 personnes en bonne santé mourraient chaque année pendant qu’elles prennent du MOTILIUM®, je peux t’assurer que ça passerait en boucle sur BFM et TF1 [1].

Maintenant que tu le dis, c’est vrai que c’est bizarre, mais c’est quoi ces histoires alors ?

Tu te souviens de la chauve-souris de Bigard ? Tu sais, celle qui te transmet la rage et qui connaît ton code d’immeuble ?


Bigard - La Chauve Souris - par Fred-El-Nino

Oui, mais t’es con papa, c’est un sketch, c’est pas un article scientifique. Là, c’est des gens sérieux non ?

Hum, croire que les scientifiques sont forcément des gens sérieux expose à beaucoup de déconvenues, et puis on peut être sérieux et se tromper… Mais il se trouve que là, ce sont effectivement des gens sérieux [2], ce qui rend cette histoire d’autant plus étonnante. En fait, ils ont pris une statistique à la con, ils l’ont injectée dans une formule mathématique, et ils ont obtenu un résultat à la con

Gneuh ?

Je te la fais courte : dans certaines circonstances très particulières, chez des malades fragiles et hospitalisés, une perfusion intraveineuse ou une injection trop rapide de dompéridone peuvent provoquer un emballement du coeur appelé torsade de pointe. Ça peut finir en arrêt cardiaque mortel : on l’a reproduit en laboratoire sur des coeurs de lapins [3] et des cochons [4].

Des lapins et des cochons ?

Oui.

Mais chez l’humain ?

On n’a quasiment rien : des cas anecdotiques et une douzaine de morts suspectes en 20 ans avec de la dompéridone intraveineuse [5] , et rien avec la dompéridone en comprimés, sauf à avaler la boîte pour tenter de se suicider.

Mais alors d’où ça sort ces conneries ?

En fait, les chercheurs disposent de données sur des dizaines de milliers de personnes suivies pendant des années, et ils ont regardé si par hasard, il n’y aurait pas plus de morts subites chez les gens qui prennent de la dompéridone.

Et alors ?

Et alors ils ont trouvé presque 4 fois plus de morts subites chez les gens qui consommaient de la dompéridone que chez ceux qui n’en prenaient pas [6] [7].

Et bien voila ! Qu’est-ce que tu me racontes ! C’est prouvé alors !

Pas vraiment. Les statistiques, c’est compliqué.
Si je te dis que les gens qui prennent un traitement contre l’hypertension font 4 fois plus d’AVC que ceux qui n’en prennent pas, tu en déduis quoi ?

Que ces médicaments sont dangereux ? Merde, je savais pas, ça ; il faut que je le dise à mon beau-père !

Réfléchis s’il te plaît !

………. Ah ben oui pardon ! S’ils prennent un médicament contre la tension, c’est qu’ils ont de la tension, et comme la tension favorise les AVC, ce n’est pas forcément le médicament qui est en cause !

Bravo ! En effet, le médicament pour la tension n’est pour rien dans la survenue des AVC. Tu viens de découvrir le concept de biais statistique. Celui-ci s’appelle un biais protopathique [8].

A tes souhaits ! Ça veut dire quoi ?

Ça signifie que la raison pour laquelle les gens prennent le médicament est liée à l’accident que tu étudies. Donc tu as forcément plus d’accidents dans le groupe qui prend le médicament.

En fait, pour être sûr qu’un médicament est à l’origine d’une complication, il faut que les groupes de gens que tu compares, qui en prennent et qui n’en prennent pas, soient pareils avant de prendre le médicament.

Et alors, comment on fait ?

D’habitude, on crée deux groupes par tirage au sort chez des malades volontaires, et si on a quelques milliers de personnes, la probabilité pour que les groupes soient différents est infime. Tu donnes ensuite le médicament à un groupe et un placebo identique aux autres. S’il y a nettement plus d’accidents dans le groupe qui prend le médicament, c’est bien lui qui est en cause puisque la prise du médicament est la seule différence entre les deux groupes [9].

Et pourquoi on fait pas ça avec la dompéridone ?

On l’a fait. Mais, on trouve tellement peu de morts subites qu’on ne peut rien en tirer. En fait, cette technique ne marche qu’avec les effets secondaires pas trop rares, sinon, il faudrait des dizaines, voire des centaines de milliers d’individus suivis pendant des années ; c’est infaisable, ou trop coûteux.

Bon, alors comment on fait pour savoir si un médicament tue 1 patient sur 100.000 ?

C’est un énorme problème. Déjà, on commence par vérifier s’il y a des déclarations de décès suspects associés à la prise du médicament. On appelle ça un “signal”. Mais dans le cas de la dompéridone, il n’y a quasiment pas de signal. Bien que beaucoup d’effets secondaires médicamenteux ne soient malheureusement pas identifiés ou pas déclarés, cette absence de signal est tout de même rassurante, à défaut de constituer une preuve formelle.

OK, mais on a quand même ces études qui montrent qu’on a 4 fois plus de morts chez les gens qui prennent de la dompéridone. Tu m’as dit qu’il y avait des biais, mais ne peut-on pas en tirer quelque chose quand même ?

Si, on peut essayer. Mais c’est là que la science commence à flirter avec la bidouille. Les épidémiologistes, les chercheurs qui étudient tout ça, ont besoin de publier des articles, alors ils font des ajustements pour essayer de sortir quelque chose de leurs données.

C’est quoi des ajustements ?

Et bien si tu as par exemple plus de vieux dans le groupe qui prend le médicament, sachant que les vieux ont plus de chances de mourir du coeur que les jeunes, tu corriges l’excès de risque attribué au médicament en lui retranchant celui qui est dû à la différence d’âge : tu “ajustes” le résultat pour faire “comme si” les gens avaient le même âge dans les deux groupes et supprimer le biais [10] lié à la différence d’âge.

C’est pas bête, ça ! Et ça marche ?

Un peu, mais pas complètement, pour une raison toute simple : tu ne peux ajuster que sur les biais que tu as pu identifier, et pas sur ceux qui ne sont pas mesurables ou qui te sont inconnus. Si tu passes à côté d’un biais important, toute ton interprétation des chiffres est fausse.

Pour revenir à la dompéridone, il est intéressant de constater qu’en ajustant les calculs avec tous les biais identifiés dans les études dont je te parlais, l’excès de risque de mort subite de 300 % chez les gens qui prennent de la dompéridone tombe à 60% ou disparaît (c’est à dire qu’il devient trop faible pour que l’on soit sûr qu’il n’est pas lié au hasard). Ce n’est pas moi qui le dit mais les auteurs néerlandais et et américains des études sur lesquelles se fonde l’équipe française [11].

Mais alors, alors, alors ?

Mais alors, les auteurs de l’article sur la dompéridone qui tuerait 231 français tous les ans ont préféré utiliser un chiffre de 180 % d’augmentation du risque, qui provient de résultats non ajustés (augmentation du risque d’un facteur 2,8).

Ah bon ? Mais c’est honnête ça ?

Non.

Mais c’est grave !

Je trouve aussi [12] ; et d’ailleurs, comme je te le disais, l’ajustement ne porte que sur les biais connus : âge, maladie de cœur, niveau de revenu etc.
Rappelle-moi pourquoi tu prends de la dompéridone ?

J’en prends avec de l’oméprazole quand j’ai mon reflux et que ça me brûle dans la poitrine. Il n’y a que ça qui marche.

Et tu sais comment débute un crise cardiaque ?

Par des douleurs dans la poitr…
Et mais zut, mais c’est un sacré problème ça !

En effet, il est possible que des gens ressentant les douleurs d’un infarctus débutant aient pris de la dompéridone en croyant qu’ils avaient un reflux acide. Forcément, il y a aura alors plus de morts cardiaques chez les gens qui ont pris de la dompéridone. C’est le même biais protopathique que celui des médicaments pour la tension.

D’ailleurs, tu vas rire, d’autres études du même type ont montré que les gens qui prennent du paracétamol ont 50% de risque supplémentaire de mourir dans les jours qui suivent !

Tu veux dire du DOLIPRANE® ou du DAFALGAN® ? Tu es sérieux ?

Oui [13] , toute la presse en a parlé il y a un mois.

C’est toujours le problème des biais statistiques : quand tu as mal quelque part, ta probabilité de mourir est plus forte que si tu vas bien. Donc tu trouveras toujours plus de morts chez les gens qui prennent un médicament pour un problème aigu, c’est quasiment obligatoire et ce n’est pas la faute du médicament.

Il faut donc se poser les bonnes questions au lieu de faire des articles à sensation qui affolent tout le monde pour rien. Dans l’affaire MEDIATOR, il y avait beaucoup d’autres arguments très forts pour incriminer le médicament. Tu vas voir que ce genre d’article va sortir tous les 6 mois, c’est une nouvelle mode et c’est un vrai problème.

C’est quand même dingue tout ça. Et en pratique, tu penses qu’il y a combien de morts en vrai ?

À mon avis, avec des comprimés et sans dépasser 30 mg par jour, on doit être autour de zéro.

Zéro ?

Oui, c’est à dire moins d’un par an pour plusieurs millions d’utilisateurs. J’en ai discuté avec des spécialistes du sujet. Ils m’ont confirmé qu’en l’absence de traitement par voie intraveineuse ou de prise massive de comprimés par des suicidaires, le risque est quasi nul [14]. Heureusement d’ailleurs, car de très nombreux médicaments d’usage courant exposent au même risque théorique de mort subite [15] : antibiotiques, anti-allergiques, et même des médicaments pour le coeur [16] ! Si c’était vrai, ce serait une hécatombe tous les mois !

Le pire dans tout ça, c’est que ces informations alarmistes pourraient pousser les gens à prendre des médicaments probablement plus dangereux, comme le PRIMPERAN® ou le VOGALENE®.

En fait, il faudrait d’une part que les médecins de santé publique réagissent vite et fort devant ce type de manipulation, et d’autre part que les journalistes fassent attention et se renseignent sérieusement avant de diffuser sans réserves des informations aussi douteuses [17]. Une bonne partie de la science publiée, y compris dans des revues dites sérieuses, n’a aucune valeur réelle [18]. Il ne l’ont pas encore suffisamment compris.

Pour l’instant, il n’y a que les médecins blogueurs qui s’y collent, et ce n’est pas normal [19] [20].

Si vous avez des questions, des critiques ou des commentaires, postez-les sous l’article (formulaire).

Je n’ai bien sûr aucun lien d’intérêt avec les fabricants de dompéridone, produit qui est d’ailleurs dans le domaine public.


[1On m’a fait remarquer à juste titre qu’il arrive que des décès ou des accidents graves liés à des médicaments ne soient identifiés qu’après 30 ans de commercialisation. Le MEDIATOR en constitue un parfait exemple. C’est une réalité, rare mais possible tant qu’aucun risque n’est identifié En revanche, une fois qu’un risque potentiel associé à un médicament est bien connu, ce qui est le cas pour la dompéridone depuis 20 ans, ces accidents sont plus faciles à identifier et correctement signalés. C’est d’autant plus facile que la mort subite ne peut survenir que pendant la prise du médicament ou les quelques jours qui suivent. La relation de cause à effet est donc facile à identifier. Je maintiens que des décès subits de personnes en bonne santé traitées pour une gastro-entérite ou un reflux par de la dompéridone n’auraient pas pu échapper aux proches et aux médecins de la victime.

[2Catherine Hill est sans doute la meilleure épidémiologiste française. Elle a joué un rôle très important auprès d’Irène Frachon pour mettre en lumière la toxicité du MEDIATOR. Philippe Nicot a rédigé un rapport remarquable sur l’absence d’intérêt des médicaments anti-alzheimer et a été l’initiateur de la prise de conscience du risque de diabète associé à la prise de statines. Enfin, Bruno Toussaint est directeur de la revue Prescrire, réputée pour son sérieux et son indépendance vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique. Mais dans cette affaire, initiée par Prescrire l’année dernière, il semble que l’on soit face à une très mauvaise habitude franchouillarde : mentir et faire peur au prétexte que la cause est bonne (les gens prennent trop de dompéridone sans raison valable), un peu comme des parents qui mentent à leurs enfants pour la bonne cause. On connaît le résultat...

[3Hondeghem, L. M. (2011). Low safety index of domperidone : mechanism for increased odds ratio for sudden cardiac death. Acta cardiologica, 66(4), 421.

[4Drolet, B., Rousseau, G., Daleau, P., Cardinal, R., & Turgeon, J. (2000). Domperidone should not be considered a no-risk alternative to cisapride in the treatment of gastrointestinal motility disorders.Circulation, 102(16), 1883-1885. http://circ.ahajournals.org/content/102/16/1883.short

[5Roussak, J. B., Carey, P., & Parry, H. (1984). Cardiac arrest after treatment with intravenous domperidone. BMJ, 289(6458), 1579-1579.
http://www.bmj.com/content/bmj/289/6458/1579.1.full.pdf

[6Johannes, C. B., Varas‐Lorenzo, C., McQuay, L. J., Midkiff, K. D., & Fife, D. (2010). Risk of serious ventricular arrhythmia and sudden cardiac death in a cohort of users of domperidone : a nested case‐control study. Pharmacoepidemiology and drug safety, 19(9), 881-888.
Voir les tableaux ici http://www.mimiryudo.com/blog/2014/02/le-petit-monde-de-dom-peridone/

[7van Noord, C., Dieleman, J. P., van Herpen, G., & Verhamme, K. (2010). Domperidone and Ventricular Arrhythmia or Sudden Cardiac Death. Drug safety,33(11), 1003-1014.
Voir les tableaux ici http://www.mimiryudo.com/blog/2014/02/le-petit-monde-de-dom-peridone/

[8Biais protopathique : distorsion de l’estimation de l’association entre la prise d’un médicament et la survenue d’un effet indésirable liée au fait que le début de l’exposition à un facteur de risque (par exemple, un traitement médicamenteux) est, en fait, postérieur à la survenue de l’événement ou tout au moins à celle de ses premières manifestations. Dans une forme plus restrictive (biais lié à la maladie, disease confounding), la prise ou la prescription du médicament peut même être motivée par l’apparition des premiers symptômes de la maladie. Par exemple, un médicament cardiovasculaire peut être accusé, à tort, de provoquer des fibroses pulmonaires s’il est fréquemment prescrit dès l’apparition d’une dyspnée d’effort qui constitue, en fait, le premier signe d’une fibrose débutante. voir : biais d’indication.
Source : Dictionnaire de Pharmaco Epidémiologie Bernard Bégaud, Arme-Pharmacovigilance Editions 1998 http://www.arme.u-bordeaux2.fr/armep_doc/livre_dictionnaire_9798.pdf
Dans le cas de la dompéridone, une douleur thoracique, qui caractérise l’évènement “mort subite”, peut précéder la prise de dompéridone et motiver sa prise par confusion avec une douleur de reflux gastro-oesophagien. Il en est de même pour le paracétamol, associé également à une surcroît de risque de décès par infarctus, qui a pu être consommé pour une douleur angineuse non diagnostiquée.

[9C’est le principe de l’essai randomisé contrôlé http://fr.wikipedia.org/wiki/Essai_randomis%C3%A9_contr%C3%B4l%C3%A9
.

[10Ou plus précisément le facteur de confusion, qui est à l’origine d’un biais statistique. Mais je ne parlerai que de biais pour faciliter la lecture pour les profanes.

[11Études déjà citées. Voir la synthèse de MimiRyudo http://www.mimiryudo.com/blog/2014/02/le-petit-monde-de-dom-peridone/
.

[12La revue Prescrire a manifestement été influencée par un auteur néerlandais qui semble avoir voué sa carrière à combattre la dompéridone, y compris en présentant les chiffres d’une manière tendancieuse : Hondeghem, L. M. (2013). Domperidone : limited benefits with significant risk for sudden cardiac death. Journal of cardiovascular pharmacology, 61(3), 218-225. C’est de cet article qu’a été extrait le chiffre de 2,8 de majoration du risque de mort subite, utilisé dans les calculs de Catherine Hill. Ce chiffre ne correspond pas à une recherche originale, mais à une moyenne contestable et non ajustée des chiffres obtenus dans les différentes études épidémiologiques disponibles.

[13Roberts, E., Nunes, V. D., Buckner, S., Latchem, S., Constanti, M., Miller, P., ... & Conaghan, P. G. (2015). Paracetamol : not as safe as we thought ? A systematic literature review of observational studies.Annals of the rheumatic diseases, annrheumdis-2014.

[14Pour des doses modérées, de 10 à 20 mg par jour, il n’est même pas possible de mesurer un impact du médicament sur les ondes électriques du coeur, contrairement à ce qui est observé aux posologies élevées.
Biewenga, J., Keung, C., Solanki, B., Natarajan, J., Leitz, G., Deleu, S., & Soons, P. (2014). Absence of QTc prolongation with domperidone : A randomized, double‐blind, placebo‐and positive‐controlled thorough QT/QTc study in healthy volunteers. Clinical Pharmacology in Drug Development.
http://ard.bmj.com/content/early/2015/02/09/annrheumdis-2014-206914.full

[15Straus, S. M., Sturkenboom, M. C., Bleumink, G. S., Dieleman, J. P., van der Lei, J., de Graeff, P. A., ... & Stricker, B. H. C. (2005). Non-cardiac QTc-prolonging drugs and the risk of sudden cardiac death. European heart journal, 26(19), 2007-2012. - http://eurheartj.oxfordjournals.org/content/26/19/2007.full

[18Horton, R. (2015). Offline : What is medicine’s 5 sigma ?. The Lancet, 385(9976), 1380.
http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(15)60696-1/fulltext

[20Pour répondre aux critiques de son article de 2014, la revue Prescrire avait publié une mise au point sur sa méthodologie, reprise dans l’article de Hill et coll http://www.prescrire.org/Fr/6F060DB8198A62DDA9B52BA8F335F6B7/Download.aspx Cette mise au point ne porte pas sur la principale critique, à savoir la transformation d’une corrélation en lien de cause à effet.

Messages

  • Entre 231 et 0 ?? Pourquoi devraisje vous croire plutôt que les scientifiques qui ont signé l’article de Prescrire ?

    • Vous ne devez pas "croire", on n’est pas chez Daesh. Vous devez lire l’article (et pas seulement le dernier paragraphe), comprendre les arguments, et vérifier s’ils s’appliquent au cas traité.

      Bonne lecture.

    • Bonjour,
      Excellente question ! Cet autre article vous convaincra peut-être http://www.mimiryudo.com/blog/2014/02/le-petit-monde-de-dom-peridone/
      Sachez aussi que les experts de l’Agence du médicament sont également très critiques (alors qu’ils sont terrorisés à l’idée de rater un autre Mediator).

    • Bonjour Dr Dupagne,
      Qu’est-ce qui vous fait dire que les experts (sous-entendu TOUS) de l’Agence du médicament sont très critiques ? Et qu’ils sont TOUS terrorisés à l’idée de rater un autre Mediator ?

    • Bonjour
      Votre première question :

      « Nous avons réuni un groupe d’experts sur cette question, y compris des experts extérieurs à l’Agence et nous ne validons pas cette publication et ces conclusions, nous a expliqué Mahmoud Zureik, directeur de la Stratégie et Affaires Internationales à l’Ansm. Ce risque est connu et nous avons pleinement conscience de la nécessité de traiter la problématique de la thérapeutique des états nauséeux. Rien ne justifie, par exemple, que la consommation de dompéridone soit dix fois plus importante en France qu’en Allemagne. Pour autant l’analyse claire de la situation ne peut se faire que sur des bases chiffrées indiscutables. »

      Source http://jeanyvesnau.com/2015/04/13/nausees-et-vomissements-les-dangers-mortels-du-motilium-le-choix-de-lagence-du-medicament/

      La réponse à votre deuxième question est moins facile à sourcer. Je voulais d’ailleurs parler des administratifs plus que des experts extérieurs. L’ancien président de l’Agence est toujours mis en examen dans l’affaire Mediator. Ca marque les esprits...

  • Je connaissais le biais protopathique selon Coluche :
    « Quand on est malade, il ne faut surtout pas aller à l’hôpital : la probabilité de mourir dans un lit d’hôpital est 10 fois plus grande que dans son lit à la maison »

    Merci, j’ignorais que cela s’appelait ainsi ;-)

  • On me fait remarquer que certains médicaments connus désormais comme dangereux ne faisaient pas parler d’eux au journal télévisé... C’est le cas par exemple des anticonvulsivants chez la femme enceinte et du MEDIATOR.

    La situation de la dompéridone est différente.

    Pour les anticonvulsivants, les problèmes étaient connus, mais il était répété que le risque de l’épilepsie était pire et qu’il justifiait de maintenir le traitement. A partir du moment ou on s’est vraiment intéressé au problème, les signalements ont été nombreux. Pour la dompéridone, l’alerte a été donnée à plusieurs reprises depuis 20 ans, et il n’y a toujours pas de cas signalé de patient décédé inexplicablement pendant un traitement par dompéridone.

    Pour le MEDIATOR, le piège résidait dans une explication fausse qui masquait la responsabilité du médicament : un rhumatisme articulaire aigu méconnu dans l’enfance ou une altération des valves due au diabète. A partir du moment ou le risque a été révélé, les signalements ont été innombrables. Pour la dompéridone, la révélation du risque il y a 20 ans n’a pas généré de signalement significatif.

    Donc je maintiens que l’absence de signal en pharmacovigilance, malgré des avertissements et une bonne connaissance du risque, est en faveur d’un nombre insignifiant de décès par torsades de pointe, d’autant que le risque est concomitant de la prise et disparaît très vite à l’arrêt du traitement.

    • Le nombre de medicaments "torsadogènes" est d’ailleurs très important et ne se limite pas à la dompéridone.

      Pour avoir ces torsades de pointe, il faut un patient fragile, sensible à cet affection et prennant
      plusieurs medicaments torsadogènes (plus de 4 selon certains pharmacologues) pour la voie orale.

      Expliquer les flash infos alarmant et autres reportages peu documenté ou peu critique est assez compliqué au quotidien (je suis pharmacien) pour des non averti aux statistiques...

      Merci pour cette forme d’explication très pédagogue.

    • Bonjour,

      Et l’Agreal, vous en avez entendu parler de l’Agreal ?
      Pour arriver jusqu’aux médias, le parcours du combattant en décourage beaucoup.
      Combien, dans ce cas, de victimes ignorées concernant bien d’autres traitements ?

      Les patients prennent trop de Dompéridone dites-vous : Les patients ne prennent que ce qu’on leur prescrit. Il est effectivement trop prescrit et parfois à double dose par certains médecins qui ne prennent pas la peine de se renseigner sur les nouvelles indications du laboratoire.
      C’est du vécu.

  • Dans tous les cas, quel interêt de maintenir en vente ce traitement qui n’a aucun effet sur les "maux" qu’il prétend soulager ? Il faut arrêter de prescrire parce que les patients veulent absolument un médicament...
    Je n’ai jamais prescris de DOMPERIDONE et je ne pense avoir besoin de le faire pour faire de la bonne médecine...

    • Bonsoir,
      Personnellement, j’ai quelques patients qui ont vraiment besoin de ce médicament. Si ce médicament est maintenu sur le marché, c’est justement parce qu’il a un effet sur les maux qu’il prétend soulager, même s’il n’est pas toujours indispensable.

      Essayez-le dans les reflux rebelles aux traitements anti-acide, dans mon expérience, il les complète souvent efficacement.

      En revanche, je n’en prescris pas dans les gastroentérites virales.

    • medicament irremplaçable pour la gastroparésie

  • Bravo et merci pour votre article si bien documenté. Vous lisez Prescrire, mais ne perdez heureusement pas votre sens critique.

    Les recommandations de l’ANSM sur la domperidone ont limité le rapport bénéfice/risque à la seule indication "soulagement des symptômes de type nausées et vomissements".
    Vous semblez pourtant aller contre ces recommandations en ce qui concerne le RGO ?

    Que pensez vous de l’utilisation de la dompéridone chez les personnes âgées de plus de 60 ans pour lesquelles le risque d’effets indésirables cardiaques graves liés à l’utilisation de la dompéridone est plus important ?

    Merci

    • Bonsoir Claire,

      Les recommandations officielles ne peuvent s’appuyer que sur des indications documentées par des essais cliniques randomisés positifs.

      Pour de nombreux médicaments anciens, l’expérience des cliniciens a développé de nouveaux usages qui n’ont pas fait l’objet d’essais randomisés. Cela ne signifie pas que ces usages sont infondés. Par exemple, l’aspirine n’a pas l’indication "péricardite", mais est notoirement utile dans cette indication. De même, le naproxène n’a pas d’indication officielle dans la colique néphrétique ni dans la crise hémorroïdaire, alors qu’il est très efficace dans ces pathologies. Et je passe sur le baclofène...

      En bref, il ne faut jamais oublier que les essais randomisés ne sont qu’un des piliers de l’EBM, à côté de l’expérience du clinicien et des préférences du patient. Réduire l’approche scientifique de la médecine aux seuls essais randomisés et indications officielles serait à mon sens très dangereux. C’est la pente glissante du fondamentalisme qui menace Prescrire, la revue allant jusqu’à recommander la prescription de placebos http://www.prescrire.org/fr/3/31/49187/0/NewsDetails.aspx

      Personnellement, je tente la dompéridone à 10 ou 20 mg par jour chez les patients chez qui un IPP seul n’est pas suffisamment efficace pour traiter leur reflux. En cas de succès, je ne crains pas de prescrire ce médicament au long cours, car je ne crois pas une seconde à l’existence d’une risque à cette dose chez un patient dont l’état cardiovasculaire est satisfaisant. Pour moi, l’âge n’est pas un problème, c’est l’état général qui compte. Je ne prescrirais pas ce médicament chez un insuffisant cardiaque ou rénal, notamment avec un traitement hypokaliémiant.

    • Cher Dominique,
      Je vous adresse toute mon admiration pour cet article qui j’espère sera diffusé autant chez les médecins que chez les profanes. Gastro-entérologue libéral, comme la revue Prescrire, je ne connaissais pas le biais protopathique et du fait des dernières publications, je ne prescris quasiment plus de la dompéridone même aux doses de 30 mg maximum.
      D’une part, il faut passer beaucoup de temps pour déconstruire les erreurs, et d’autre part, j’utilise de plus en plus l’effet placebo (encouragé par la revue Prescrire ), que l’on peut appeler aussi remède-médecin selon Balint, ou pour le dire autrement un temps d’écoute prolongé de la parole du patient, avec une amélioration des symptômes très fréquente sans aucune prescription médicamenteuse(je n’ai jamais réellement cru à l’effet de la dompéridone). Finalement, j’ai subi l’effet nocebo des publications de Prescrire +relai médias, ce qui m’a permis de développer encore mon effet placebo. Je pense que l’effet que vous attribuez à la dompéridone est l’effet placebo de votre prescription qui permet dans le reflux de soulager les symptômes rebelles aux antisécrétoires gastriques.
      Bien cordialement

    • Bonjour Jean-Michel
      Merci pour tes encouragements et bravo pour le "remède-médecin" qui est en effet une des meilleures thérapeutiques.

      Fais attention néanmoins avec le placebo : on commence doucement et on finit homéopathe !

    • Bonsoir Dominique,
      Je ne crois pas à l’homéopathie mais je crois dans le remède-médecin que le médecin bienveillant soit homéopathe ou pas.
      Quant à la placebothérapie, je pense qu’elle n’a de valeur qu’avec une relation profonde avec le patient.
      Aurais-tu connaissance d’études avec par exemple quatre bras comparant la prise d’un médicament ou d’un placebo donnés par une machine et la prise d’un médicament ou d’un placebo donnés au cours d’une consultation humaine et empathique durant 20 à 30 minutes ?
      Un médicament étant composé de trois parties (principe actif, effet placebo, effet nocebo), j’ai l’intuition que l’on peut, en augmentant l’effet placebo (l’empathie, l’attention à l’autre), faire que l’effet placebo soit très supérieur à celui du principe actif dans de nombreuses plaintes.

    • Je suis évidemment d’accord avec toi. Ce qui signifie que lorsque l’on dit que tel médicament n’est pas supérieur au placebo, il ne faut pas en conclure qu’il est inutile de consulter pour autant.

    • Que penses-tu du slogan "Les médicaments, c’est pas automatique" ou de
      "La relation évite souvent la prescription"

    • Dire autant de bêtises en si peu de lignes tient du genie.
      Faire un tel contresens avec Balint... Balint a écrit et prône le contraire, a savoir que l’effet medecin , est DANGEREUX !
      prescrire un placebo est dangereux également : cf. Shapiro.
      Domperidone est uno médicament inefficace.
      Coluche aurait pu également dire que 35 % des malades traités a l’hôpital avaient attrapé l’infection in situ
      Bonne journée

    • Bonjour Docdu16
      Ce forum est un lieu de débats, pas d’agression. Tu pourrais dire la même chose sans avoir besoin d’être aussi violent, d’autant que je pense que vous ne parlez pas de la même choes.

    • une récente étude neurosciences a trouvé une explication neuronale dans la non réponse de certains patients à l’effet placebo

    • Salut,
      Tu as raison : inutilement agressif. Mais il est des choses qu’il ne faut pas laisser passer. N’étant pas en France, je ne peux répondre au fond sur ton article qui ne tient pas plus la route que celui de Prescrire, non pas tant d’un point de vue scientifique que d’un point de vue idéologique. L’incompréhension des problèmes de pharmacovigilance me paraît tout a fait incroyable.
      A bientôt.

    • Je me permets de vous proposer cette référence : http://rheumatology.oxfordjournals.org/content/50/6/1070.short (Homeopathy has clinical benefits in rheumatoid arthritis patients that are attributable to the consultation process but not the homeopathic remedy : a randomized controlled clinical trial) qui semble répondre à votre question.

  • ...des preuves ...des données ...de l’information !
    Le Savoir à tout prix ,sans conscience...vite des chiffres à diffuser et médiatiser
    Ah cette Médecine qui a peur de tout et explore tout et à tout âge (voir la dégradation de la qualité de vie dans ces dernières années... le prolongement ) , cette Médecine qui par des examens de plus en plus sophistiqués finit par dire au patient la Vérité ...sur ces complots qui font que "on ne nous dit pas tout"
    La peur, la rumeur,et tout le fric que l’on peut faire avec tout ça ...
    Continuons à réduire l’individu à des morceaux d’appareils juxtaposés et enlevons lui son âme ,ses pulsions ...réductionnisme ,positivisme ,individualisme,scientisme

    Pauvre Médecine humaine (pléonasme ?) ... quels Médecins vont réagir et ne pas se contenter d’être des prestataires de service d’un progrès financier qui n’améliore pas la vie de l’humain ...sauver notre art ... par la pensée

    Aussi quel bonheur de lire un article sur Atout !
    Merci Dé Dé !

  • Merci pour cette démonstration très pédagogique (et la démonstration de Mimiruydo était également très convaincante). Malheureusement le goût de la gloire et du succès, semblent avoir invariablement le même effet enivrant et Prescrire semble être tombé dans cette forme de recherche permanente du buzz qui semblait jusqu’à maintenant réservée aux medias grand public. Je crois que c’est Philippe Even qui a lancé cette mode, qui n’apporte néanmoins rien au débat et représente une perte considérable de temps et d’énergie alors qu’il ya des sujets plus urgents à traiter.

    Mais je fais remarquer qu’il existe un problème global de la pharmacovigilance qu’on ne peut pas nier et que chaque cas est un cas particulier.
    Ce qui semble constant, en revanche, c’est l’allergie des pouvoirs publics, et, ici, de Prescrire à définir les conditions particulières qui présentent un risque. On retrouve le même problème lorsqu’il s’agit d’analyser les conditions de morbidité et mortalité des maladies généralement bénignes comme la grippe ou la rougeole. On présente la grippe comme étant une maladie potentiellement mortelle en général alors qu’elle n’est qu’un facteur contributif de décès pour un groupe de personnes dont l’état général est déjà sévèrement dégradé, dans la très grande majorité des cas. De même la dompéridone présente un risque de mort subite en effet, mais pour certains groupes de personnes, dans des conditions précises, semble-t-il, car tout le monde n’est pas amené à recevoir ce médicament par voie intra-vieneuse.
    La méthodologie utilisée par Prescrire semble à la fois inadaptée et mal utilisée.
    Le fameux « signal » de pharmacovigilance évanescent n’est pas présent. Il s’agit d’une pure construction mathématique. Je n’ai pas accès au fameux article de C Hill mais il semble qu’il s’agisse de la création d’une sorte d’artéfact épidémiologique.

    Mais il y a d’autres cas où il n’y avait pas de signal et où il y a pourtant eu des morts. Le cas du Vioxx (réfocoxib)est le plus connu. Mais, à l’origine des calculs estimant le nombre de morts et d’accidents cardiaques, il y avait une première étude randomisée, celle du laboratoire Merck, qui avait estimé avec une certaine précision le sur-risque dû au traitement. D’autres études ont suivi, comme celle-ci http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJM200011233432103, qui montrait que sur une médiane de suivi de 9 mois de deux groupes randomisés de patients de plus de 50 ans, le Vioxx, versus le naproxène, augmentait le risque d’évènements cardiaques graves d’un facteur 5. Mais le surrisque du groupe sous Vioxx a été attribué à un effet cardioprotecteur du naproxène ( ?!). En réalité il a été calculé ultérieurement par la FDA, qu’entre 1999 et 2004, le médicament aurait provoqué 27 000 décès par infarctus ou mort subite, uniquement aux Etats-Unis.
    Une chose que tu ne dis pas, dans ton post, c’est que la dompéridone serait prescrite quatre fois plus que la moyenne européenne en France, d’après le directeur de l’ANSM. Donc, a priori, aurait plus de risques d’être prescrite dans des conditions problématiques en France, qu’ailleurs. Est-ce que cette prescription se substitue plus souvent à celle d’autres antiémétiques ? Est-ce qu’elle est due à une large prescription hors AMM, que tu sembles, pour ta part, préconiser ? Il s’agirait, dans ce cas, de comparer les risques des différents antiémétiques et la pertinence de leur utilisation en ville ou à l’hôpital dans la vraie vie.
    Je ne suis pas d’accord avec l’idée qu’on doive prescrire, facilement, comme tu sembles le faire, hors AMM, sur la base d’un ressenti personnel.

    La France, comparée à d’autres pays européens, est depuis très longtemps dans le peloton de tête des pays les plus prescripteurs et consommateurs de médicaments, notamment pour des classes thérapeutiques qui posent d’immenses problèmes de santé publique, comme les psychotropes et les antibiotiques, par exemple. La comparaison se fait avec des pays qui ne sont pas, à priori, particulièrement réfractaires aux médicaments, qui subissent aussi la pression de l’industrie pharmaceutique, et qui sont donc, probablement, déjà eux-mêmes largement surconsommateurs.
    La représentation biaisée que les patients et les médecins ont des médicaments, dont les bénéfices sont surestimés et dont les effets indésirables sont sous-estimés voire niés génère, secondairement, d’autres problèmes de santé publique comme une tendance plus marquée, chez les jeunes Français, à l’addiction et à une consommation détournée de psychotropes : la prévalence vie entière de l’utilisation non médicale des anxiolytiques et hypnotiques chez les jeunes Français était estimée à 15% , soit le double de la moyenne des autres pays européens, d’après un rapport de l’INSERM.

    Cette situation est due à la combinaison d’une formation médicale assurée quasi exclusivement par l’industrie pharmaceutique, des médecins ayant trop souvent tendance à utiliser la surprescription comme facteur de gestion du temps et de fidélisation de clientèle, et une sécurité sociale qui n’arrive pas à contrôler ou à restreindre les pratiques abusives.
    L’étude EMIR, qui date de 2007 estimait les les hospitalisations dues à la iatrogénie médicamenteuse à 144 000 soit 3,6% des hospitalisations, le risque augmentant avec l’âge (4,91% des hospitalisations après 65 ans) . C’est une étude à la fois ancienne et sommaire mais on n’a pas mieux. Le nombre de décès étant estimé entre 13 000 (décès constatés) et 34 000, approximativement 3 à 7% des décès.
    Ceci ne prend pas en compte non plus les effets indésirables médicamenteux hospitaliers, dont on peut parier qu’ils se sont multipliés depuis que les oncologues ont pour consigne d’atteindre des quotas d’inclusion dans des essais cliniques. Est-ce que les oncologues déclarent comme effets indésirables les patients qui leur restent sur les bras, après avoir reçu une cure de chimio de troisième ou de quatrième ligne avec des médicaments non éprouvés qu’on essaye un peu sur tout histoire d’arriver à leur trouver une utilité ? Je ne crois pas.
    La sous-déclaration des effets indésirables est globalement effrayante. Une des rares études de généraliste faites sur le sujet par Jean-Claude Grange, montrait une sous-déclaration des effets indésirables graves observés en cabinet d’un facteur 500 http://docteurdu16.blogspot.fr/2012/09/la-declaration-des-effets-indesirables.html .

    Et le comble c’est que désormais ce sont les firmes pharmaceutiques qui vont faire la leçon aux médecins en lançant une campagne pour éviter la surprescription médicamenteuse http://www.leem.org/article/iatrogenie-medicamenteuse-chez-les-personnes-agees-les-professionnels-de-sante-en-parlent . Peut-on parler d’hypocrisie, d’opportunisme, d’amoralité, après que des armées de VM aient été formés pour présenter les médicaments sous leur meilleur jour (c’est-à-dire en évitant de parler des effets indésirables ou en les niant) aux oreilles un peu trop complaisantes des médecins ?
    En tous cas il ne faut pas que l’arbre de l’erreur de jugement de Prescrire cache la forêt du problème de la surprescritpion médicamenteuse et de la iatrogénie en France.

    • Bonjour CMT,
      Je n’avais pas lu ton commentaire quand j’ai rajouté la première note : oui, il y a une sous déclaration massive, mais l’absence de déclaration cesse quand le risque est mis au grand jour. La persistance de l’absence de signal avec la voie orale après les alertes sur la dompéridone est donc très rassurante. Pour le reste, tout à fait d’accord avec toi (il semble que ton message ait été tronqué par le site du fait de sa longueur, je vais essayer d’augmenter la limite)

    • A DD
      Je ne mets pas du tout en cause ton raisonnement. C’est un raisonnement d’ordre général, comme celui de Mimiruydo qui,pour sa part, s’est attaqué à la méthodologie des études et aux chiffres. Ce sont des sortes d’études de cas qu’il faudra garder dans sa boite à outils.
      Je ne pense pas, cependant, que Prescrire ait voulu délibérément mentir au public, ce qui serait très bête, mais je pense plutôt qu’il y a eu un emballement, facilité par les précédents succès de Prescrire dans la dénonciation des dangers de certains médicaments, et qu’à un moment, il fallait absolument continuer à alimenter les medias, quitte à oublier qu’on n’avait simplement pas les éléments ni les moyens pour effectuer une analyse tant soit peu fiable. Le problème ici est le refus de l’incertitude scientifique et la gestion des problèmes posés par les médicaments par la dramatisation et le scandale.
      A la décharge de Prescrire, ce n’est pas leur équipe qui a initié l’alerte concernant la dompéridone, c’est l’angece blege de sécurités des médicaments. Elle s’est elle-même basée sur des notifications d’effets indésirables cardiaques dont le biais protopathique que tu décris pourrait être une explication mais pourrait, seulement http://www.fagg-afmps.be/fr/news/news_domperidone_reevaluation_benefices_risques.jsp?referer=tcm:291-253580-64 . L’EMA a pris des décisions de réduction des doses journalières autorisées et de restriction de l’utilisation dans les indications et pour certains groupes http://www.ema.europa.eu/docs/fr_FR/document_library/Referrals_document/Domperidone_31/European_Commission_final_decision/WC500172573.pdf .
      Cela me paraît une sage décision.
      Le reste est une question de culture du médicament dans un pays. En France beaucoup de patients sont convaincus que s’ils ne prennent pas un médicament dans telle situation ils vont aller plus mal ou qu’ils ne vont aller mieux que s’ils prennent le médicament. Les médecins, très encouragés par la publicité mensongère des laboratoires, ont tendance à les conforter dans cette croyance, même lorsque aucun élément scientifique ne vient la confirmer. Ces mécanismes de pensée avaient été analysés il y a longtemps par Georges Bernard Shaw (si on va mieux c’est forcément à cause de l’intervention médicale, et si on va moins bien c’est malgré elle).
      Il faut une certaine individualisation des décisions mais celle-ci doit se fonder sur une défiance bien plus grande que celle qui existe aujourd’hui envers les médicaments en général, la culture du médicament , étant, en France, très largement biaisée en faveur de ceux-ci.

    • Bien sûr qu’il n’y a pas de volonté de tromperie de la part des auteurs et de Prescrire. Le mécanisme est très probablement celui que tu décris, allié a des faiblesses scientifiques au sein de la revue qui deviennent tout de même préoccupantes. J’ai d’ailleurs retiré une phrase inutilement blessante qui faisait allusion au désir "d’avoir son MEDIATOR", d’autant que justement, les auteurs sont des acteurs majeurs de l’affaire MEDIATOR.

      Il y a aussi une attitude qui me hérisse, et qui consiste à penser que la fin justifie les moyens. J’ai surpris plusieurs fois Prescrire à accepter des travaux très médiocres dont le résultant allait dans l’axe de la philosophie générale de la revue.

      Je trouve également pertinent d’avoir supprimé la forme injectable et d’avoir limité les dosages dans l’AMM. 

      Pour ce qui est du goût du médicament par les français, c’est en train de diminuer progressivement, mais il y a du boulot !

    • ce médicament n’a pas d’équivalent pour la gastroparésie
      l’acharnement de prescrire ressemble à un combat politique contre les labos…et n’est pas à leur honneur au plan médical…ils avaient bonne réputation à une époque…ils se décrédibilisent maintenant…auraient-ils besoin de faire du buzz pour alimenter leur trésorerie ? ce n’est pas à leur honneur...

  • Et le DOMPERIGNON ?

    Pourquoi personne n’alerte sur ses effets indésirables, notamment la "torchade de gueule" dont la prévalence est notoirement plus élevée que la torsade de pointe.

    Je fais confiance à l’esprit pétillant du bon Docteur Dupagne pour alerter les foules. La dénonciation de ce scandale sanitaire alertera le grand public sur les tarifs indécents actuellement pratiqués par le laboratoire LVMH.

    Même 007 ne peut plus se l’offrir il a du substituer avec du Bollinger

  • La dompéridone est aussi utilisée pour augmenter la lactation. Qu’en pensez-vous ? Depuis l’article de prescrire, les médecins hésitent à prescrire la Dompéridone pour augmenter la lactation alors que pour certaines femmes (notamment en cas de baisse de lactation due à une hypothyroidie ou à en cas de relactaition) ce médicament peut s’avérer une aide précieuse.

  • Excellent papier, clair et vrai... Deux commentaires/compléments :
    - Le vrai problème est la faible efficacité de la dompéridone, notamment rien de clairement démontré dans l’usage les plus fréquent (intoxication alimentaire, "gastro-entérite" avec nausées et vomissements qui guérissent très vite avant ou sans dompéridone), rien dans le reflux (surtout en association avec les IPP comme évoqué dans l’article), quelques frémissements d’activité démontrée dans les troubles digestifs liés aux neuropathies diabétiques et au Parkinson (mais c’est justement là que les traitements prolongés, à forte dose et chez des sujets âgés sont les plus à risque). Donc beaucoup trop de mésusage-surusage
    - une mention spéciale sur un sur-risque potentiellement détonnant que l’utilisation chez l’enfant vomissant avec une "gastro" et un peu de fièvre ... L’association non rare de DÉSHYDRATATION + DOMPERIDONE + MACROLIDES (données bêtement pour "la fièvre") est à fort risque de torsades de pointe potentiellement mortelles

  • c’est comme la Ventoline, c’est hyperdangereux
    quasi 100 % des mort par crise d’asthme prenait de la Ventoline .
    c’est bien la preuve ...
    (hum , un biais protomachin ?)

  • Defois une bonne dose de bicarbonnate de soude est bien plus efficace et innofensive pour les reflue gastrique

  • Bicarbonate de sodium, pardon.

  • Je savais que concernant les médicaments psychiatriques, Dupagne débloquait complétement, mais la, il fait encore plus fort dans la c.... que d’habitude !!!!
    Comme si on ne savait pas que les neuroleptiques tuent, même a dose thérapeutique.

    • Merci pour vos encouragements, malheureusement faiblement argumentés.

      Si la dompéridone a des effets en commun avec les neuroleptiques, elle ne pénètre que faiblement dans le cerveau contrairement au métoclopramide (Primpéran®). C’est justement pourquoi les médecins ont été tentés d’utiliser de très fortes doses de dompéridone dans des indications de cancérologie, puisque ce produit était beaucoup mieux toléré, et c’est à ces très fortes doses que des effets cardiaques graves ont parfois été constatés.

      Je ne sais pas qui est "on" dans votre esprit, mais les neuroleptiques, dont ne fait donc pas partie la dompéridone, ne provoquent de décès qu’à titre exceptionnel, et en aucun cas de l’ordre de la dizaine annuelle.

      Je vous suggère de mieux vous documenter. Vous semblez souffrir du même aveuglement que les ennemis de la dompéridone, qui ne se rendent pas compte que sa suppression pourrait conduire à la réutilisation courante du Primpéran, neuroleptique vrai, exposant à bien plus d’inconvénients

  • Bonjour ,bravo pour cet article qui montre egalement comment l’emballement mediatique complique singulièrement notre pratique ainsi que l’arrivée dans notre pays de molécules innovantes .
    Pourquoi ne pas utiliser chez nous la puissance d’une pharmacovigilance européenne ??
    En bientôt 40 ans de pratique de la médecine générale plusieurs médicaments qui n’avaient pas démérité ont disparu et continuent a être utilisés avec bonheur dans les autres pays européens ... le domperidone va sans doute rejoindre cette legion .
    Les praticiens français sont capables de comprendre que de fortes doses comportent des risques , les patients pas toujours, qui multiplient a souhait les prises de paracetamol sous divers noms et présentations risquant peut être a terme d’entrainer également son retrait ...
    Suis prescripteur de domperidone et espère le rester mais avec précaution comme avec la plupart des produits efficaces

  • Dr Dupagne,
    Question de non médecin : a propos de : "En effet, il est possible que des gens ressentant les douleurs d’un infarctus débutant aient pris de la dompéridone en croyant qu’ils avaient un reflux acide. Forcément, il y a aura alors plus de morts cardiaques chez les gens qui ont pris de la dompéridone. C’est le même biais protopathique que celui des médicaments pour la tension."
    Dans les études sur domperidone et mort subite, l’exposition à la Dompéridone est identifiée, me semble-t-il, à partir de données de remboursements de médicaments.
    Est-ce qu’il y a, entre le début d’un infarctus et la mort cardiaque, le temps d’aller voir un médecin, de se faire prescrire de la Dompéridone, et d’aller à la pharmacie le récupérer (et, si c’est nécessaire, de renvoyer sa feuille de soin pour remboursement) ?

  • Bjr, je suis atteint d’un RGO et endobrachyoesophage qui déclenchent des nausées, difficultés digestives...Je suis sous Inexium 20 depuis 8 ans. J’ai quelques fois besoin de soulager ses symptômes quotidien par d’autres médicaments et seuls le Dompéridone ou Prokinyl me soulagent.
    Certains (médecins ?) en réponse à votre article, mentionnent que le domperidone n’a aucun effet et serait un traitement placebo...Je peux dire qu’ils me soulagent. Bien sur, j ’aimerais m’en passer mais quelques fois, je n’ai pas vraiment le choix.
    Si vous avez d’autres solutions, je suis preneur ?!
    Merci pour cet article Dr Dupagne qui me rassure un peu

  • Merci pour cet article comme toujours très instructif.

    Trouvé cet article québécois : "La dompéridone comme galactagogue".

    https://www.fmoq.org/Lists/FMOQDocumentLibrary/fr/Le%20M%C3%A9decin%20du%20Qu%C3%A9bec/Archives/2010%20-%202019/2013/Septembre_2013/075-077nfo-comprim%C3%A9e0913.pdf

    Il a le mérite de dater de 2013, avant les articles incriminés, et de mentionner clairement les divers problèmes liés à la Dompéridone tout en les relativisant. Le "principe de précaution" bien compris, quoi.

    On y retrouve une démarche qui me semble saine et qui rappelle, à l’envers, la vôtre :

    "Il ressort des études sous-jacentes que le risque semble accru chez les personnes de plus de 60 ans particulièrement en cas de problèmes de santé graves (troubles électrolytiques ou maladie cardiaque sous-jacente), chez celles qui prennent des agents qui allongent l’intervalle Q-T ou qui peuvent causer des interactions médicamenteuses importantes avec la dompéridone.

    Les femmes qui prennent la dompéridone comme galactagogue ont habituellement moins de 60 ans et sont en bonne santé, ce qui les prédispose peu au risque cardiovasculaire aux doses étudiées (10 mg – 20 mg, 3 f.p.j.) lorsqu’elles ne suivent aucun autre traitement pharmacologique régulièrement. Les autres produits galactagogues existants n’ont pas une bonne innocuité (métoclopramide) ni une bonne efficacité (chardon bénit, galéga officinal et fenugrec). Ces faits sont connus. La décision d’avoir recours à un galactagogue doit être prise avec la patiente."

    On y retrouve bien le rapport bénéfice-risque : si on prend les précautions qui s’imposent la Dompéridone permettrait l’allaitement maternel, qui est connu pour ses effets positifs sur l’enfant. Ceci ne veut pas dire que je recommande cette position, d’abord parce que je n’y connais rien, ensuite parce que j’aurais tendance à être réticent à ce qu’un bébé tête de la dompéridone... probablement moins nuisible que la bière de nourrice, ceci dit !

    C’est juste la forme de l’article qui m’a paru intéressante.

    • J’ai vu après que le sujet du domperidone comme galactogogue avait été traité dans un autre fil, et qu’il était clairement précisé "si vraiment rien d’autre ne marche" (je simplifie).

      Néanmoins cet article, sur la forme, m’a semblé intéressant, et je ne regrette rien.

      Continuez !

  • Pourquoi dans ce cas là l’ANSM a fait marche arrière ?
    Que pensez-vous de la méta-analyse ?
    Pensez-vous faire une mise à jour de votre article ?

    http://lachainedevv.com/un-anti-vomitif-a-cause-la-mort-de-231-personnes-rien-quen-2012-en-france/

    Cordialement,

    Vévé

    • Bonjour
      L’ANSM n’a pas fait marche arrière.

      La méta-analyse que vous rapportez est proche de celles déjà citées. Elle montre un lien statistique modeste (facteur 1,7) entre la prise de Motilium et des arythmies graves, mais précise bien dans sa conclusion qu’un lien de cause à effet nécessiterait des études randomisées. L’existence d’un biais protopathique paraît l’hypothèse la plus probable. Transformer un lien statistique en lien de cause à effet est un des grands pièges de la science.

  • C’est quoi cet article complètement bidon !Le prinpéran qui était presrit aux moins de 18 ans il y’a quelques années ?Ont en parlent ?

    • Le Primpéran est limité dans ses indications depuis de nombreuses années. De plus, ses effets psychiques à forte dose protégeait, si je puis dire, les patients d’un surdosage toxique pour le coeur.

  • je ne suis pas un spécialiste de la dompéridone et n’ai pas le temps de lire tous les articles s’en rapportant, notamment ceux publiés en serbo-croate (et suis désolé de débarquer dans ce débat d’esperts)
    mais, 2 ans après la revue Prescrire (réputée indépendante ?), voici que l’HAS s’en mêle (http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2618718) et notamment " recommande de ne plus utiliser (la dompéridone) chez l’enfant, et de le dérembourser"
    c’est chaud maintenant pour le prescrire !

    • Bonjour
      La dompéridone n’a aucun intérêt dans les nausées et les vomissements.

      En revanche, elle est irremplaçable dans certaines maladies rares du tube digestifs ou dans les reflux gastro-oesophagiens rebelles. Ce sont des indications hors-AMM. Comme la dompéridone est tombée dans le domaine public, il n’y a eu aucune extension d’indication (l’ANSM n’étend les indications qu’à la demande payante du laboratoire titulaire).

      J’en prescris très rarement, mais j’en ai marre qu’on me supprime des médicaments précieux pour des motifs fallacieux (Myolastan, Di-Antalvic). Depuis le Mediator, le drug-bashing est devenu un mode, surtout française.

      Primpéran et Vogalène sont des neuroleptiques qui exposent à bien plus d’inconvénients et de risques que le Motilium.

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