Atoute.org

"La médecine a fait tellement de progrès que plus personne n’est en bonne santé !" *


ARTICLE

Accueil > Santé publique > Quel va-t-être notre avenir avec le COVID-19 ?

Quel va-t-être notre avenir avec le COVID-19 ?

Histoire d’un futur annoncé

Première publication : samedi 18 décembre 2021,
par Dominique Dupagne - Visites : 4240

L’évolution récente de l’épidémie permet d’affiner les scénarios envisagés pour son futur. L’espoir d’éradiquer la maladie n’est plus qu’un lointain souvenir. Vaccination et/ou immunité naturelle n’apportent désormais qu’une protection éphémère. Il va falloir nous adapter pour cohabiter avec cette nouvelle maladie.

Jusqu’à l’irruption du variant Omicron, trois scénarios étaient envisagés par les experts pour les saisons 3 et suivantes de la série COVID19 :

  1. Une disparition du virus, grâce à l’immunité de groupe mondiale acquise par la maladie ou la vaccination.
  2. Une succession ininterrompue de vagues meurtrières correspondant à l’émergence de variants du virus résistants à l’immunité naturelle ou vaccinale.
  3. Une banalisation progressive de l’épidémie, s’installant durablement sur un mode saisonnier (ou pas), mais devenant moins meurtrière, comme la grippe, ou plutôt comme les rhumes, dont certains sont également dûs à des coronavirus.

L’émergence récente du variant Omicron permet d’affiner ces scénarios. En effet, Omicron se répand comme une traînée de poudre et supplante rapidement le variant Delta, qui avait fait de même avec ses prédécesseurs. Cette émergence rapide de variants, due à la forte capacité de mutation des coronavirus, est d’ailleurs bien connue dans le monde animal, notamment dans les élevages de volailles. Le premier scénario est donc désormais obsolète.

Le virus ne disparaîtra pas de sitôt

Contrairement à son cousin le SARS-CoV1, qui a disparu sans que l’on sache trop pourquoi en 2004 après 2 ans d’activité, le SARS-CoV2 semble prêt à circuler durablement. Nous n’avons aucune chance d’éradiquer ce virus, comme on a pu le faire pour celui de la variole qui ne se transmettait que chez l’humain : d’autres espèces sont massivement infectées par le SARS-CoV2, comme les cerfs nord-américains. Même si un scénario d’extinction ne peut pas être exclu, il paraît donc hautement improbable.

Nous assistons à l’émergence d’une nouvelle maladie infectieuse qui est installée pour longtemps.

Le scénario désormais le plus probable est un mix entre les scénarios 2 et 3

Les scénario 2 (vagues successives) et 3 (présence saisonnière récurrente) ne sont pas antinomiques. Même en cas d’épidémies saisonnières récurrentes, nous serons confrontés, comme pour la grippe, à d’importantes variations d’intensité d’une année à l’autre.

L’hypothèse la plus probable est celle d’un mix entre les deux scénarios : des vagues épidémiques vont se succéder, mais elles seront associées à un taux de formes graves de plus en plus faible, et cela pour plusieurs raisons :
- À court terme, la diminution du nombre de sujets génétiquement prédisposés aux formes graves, décédés lors des vagues précédentes.
- À moyen terme, la répétition des infections et/ou des vaccinations chez un même sujet aboutira à une immunité "cumulée" due à ces stimulations immunitaires successives. Cette immunité peu durable devrait être néanmoins suffisante pour diminuer le nombre d’hospitalisations et ne plus déborder les capacités d’accueil hospitalières.
- À long terme, par la protection des sujets de plus de 60 ans vis-à-vis des formes graves, grâce à une immunité acquise par des infections répétées depuis leur jeunesse.

L’existence de sujets génétiquement prédisposés aux formes graves des maladies infectieuses est un phénomène bien connu [1]. La grande diversité présente au sein du vivant est un gage de survie pour l’espèce, mais elle peut être fatale pour certains individus dans certains contextes. Ce "réservoir" de sujets génétiquement prédisposés aux formes graves se réduisant à chaque vague, celles-ci font mathématiquement moins de victimes.

Pour ce qui est des seniors protégés par des infections contractées plus jeunes, c’est également une donnée classique.
L’idéal, c’est bien sûr quand la maladie est définitivement immunisante comme la varicelle : contractée dans l’enfance, elle est presque toujours bénigne, et protège à vie contre la varicelle de l’adulte, souvent plus grave. Mais même face à des virus qui mutent régulièrement, contournant l’immunité acquise lors des infections précédentes, il persiste souvent un "fond immunitaire" qui protège des formes graves. Ce phénomène est connu pour la grippe [2]

Quand ?

Si l’hypothèse d’une persistance de l’infection sous forme de vagues de moindre gravité se confirme, elle pourrait survenir dans un délai d’un ou deux ans déclarait en août le virologue Bruno Lina :

« Les épidémies seraient alors saisonnières », confirme l’épidémiologiste Yves Buisson, un peu comme on le voit avec la grippe. Dans le cas de cette hypothèse, des doses de rappel peuvent être mises en place pour éviter les cas graves et certaines mesures barrières, pourraient demeurer nécessaires.

Cette hypothèse est la plus probable. « On est sûr que cette option arrivera sur le long terme », explique Bruno Lina. L’immunologue Alain Fischer, coordinateur de la stratégie française sur la vaccination avait d’ailleurs évoqué en avril 2021 que cette hypothèse était « hautement plausible ». Mais « personne n’est en mesure de dire quand on s’acheminera vers ce scénario », ajoute Yves Buisson. La différence de temporalité, selon lui, se jouera en fonction du niveau de l’immunité collective acquise au niveau international. « Ce n’est certainement pas dans deux mois mais probablement pas dans cinq ans non plus. Ça devrait se passer dans l’année ou les deux ans qui viennent », pense Bruno Lina.

Comme le soulignent ces spécialistes, la seule inconnue est le délai précis de cette évolution.

Qu’est-ce qui va changer ?

Lorsque l’épidémie sera stabilisée sous forme de vagues associées à une mortalité en nette diminution, nous devrons nous adapter à cette nouvelle situation.

Il me semble que l’on ne pourra pas continuer à mettre la pression sur les sujets de moins de 40 ans, chez qui le risque de forme grave est très faible : ce sera la fin du passe sanitaire ou vaccinal, des masques et des jauges. Ces sujets contracteront la maladie et s’immuniseront naturellement, certes transitoirement, mais suffisamment pour que le retentissement de la maladie sur leur vie ne soit pas supérieur à celle d’un ou deux rhumes annuels ou d’une grippe tous les 10 ans.

Comme c’est le cas pour la grippe, la prévention vaccinale par rappels réguliers sera ciblée sur les générations à risque, c’est à dire les plus de 50 et surtout 60 ans, et les professions exposées. Il serait même logique que la vaccination soit obligatoire en EHPAD pour les résidents.

La vie des enfants et des adolescents reprendrait un cours normal.

Comment s’y préparer

Cela fait des années que les capacités de prise en charge hospitalière sont insuffisantes, aussi bien en soins intensifs qu’en hospitalisation classique, ne serait-ce que pour faire face à l’épidémie de grippe annuelle. L’épidémie actuelle de COVID19 a mis à terre des soignants qui étaient déjà à genoux. C’est grave et en partie irréversible : certains ont raccroché la blouse et ne reviendront pas.

La France, sous-dotée en lits hospitaliers par rapport à ses voisins, doit rattraper son retard, quoi qu’il en coûte. Il faudra arbitrer des priorités budgétaires entre notre système de santé et notre système de défense par exemple. Je me sens personnellement plus menacé par les maladies infectieuses que par une invasion étrangère.

Il faut commencer maintenant, et aller vite : créer des conditions de travail permettant aux soignants de faire leur travail dans de bonnes conditions sans être menacés en permanence de burn-out ; accélérer les formations et les recrutements en jouant sur tous les leviers de l’attractivité des métiers du soin. Il faut que nous puissions faire face à l’avenir, où la santé et notamment les maladies infectieuses vont devenir des enjeux fondamentaux.

En attendant, n’oubliez pas de faire votre 3e injection : cet article parle d’avenir, mais le présent ne rigole pas...

Edit du 14/1/2022 : les choses pourraient aller plus vite que prévu car l’Espagne se lance dans un assouplissement de la politique des tests tout azimut https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/01/13/l-espagne-veut-mener-le-debat-sur-un-allegement-du-suivi-de-la-pandemie_6109333_3244.html


[1Ranque B, Alter A, Schurr E, Abel L, Alcais A. La lèpre : un paradigme pour l’étude de la prédisposition génétique aux maladies infectieuses [Leprosy : a paradigm for the study of human genetic susceptibility to infectious diseases]. Med Sci (Paris). 2008 May ;24(5):491-7. French. doi : 10.1051/medsci/2008245491. PMID : 18466726.

[2Gostic, K. M., Ambrose, M., Worobey, M., & Lloyd-Smith, J. O. (2016). Potent protection against H5N1 and H7N9 influenza via childhood hemagglutinin imprinting. Science, 354(6313), 722-726.

Il y a 21 messages sur ce forum.

Messages

  • Pourquoi continuer à parler de saisonnalité quand le dernier variant apparait en même temps dans l’été austral de South Africa et l’hiver européen ?
    https://www.nature.com/articles/s41467-021-25914-8
    Croyez vous vraiment que le nombre de lits USI soit la seule réponse à cette situation ? Qu’en ferez vous hors des à-coups infectieux ? Qui au pied du lit ?
    https://www.lopinion.fr/international/en-allemagne-aussi-la-covid-19-a-renforce-le-blues-des-soignants

  • Tout à fait d’accord avec Dr Dupagne dont les perspectives s’étaient déjà avérées exactes lors de la "pandémie" de grippe aviaire de 2009. On avait alors vacciné à tour de bras dans les gymnases, sans recenser correctement les effets secondaires (asthme) et sans réévaluer ensuite les décisions initialement prises sous l’effet de l’émotion. Ce qui a coûté le plus cher à notre nation, ce ne sont pas tant les milliers de doses achetées, que l’absence de réévaluation et la difficulté qu’ont certains responsables à reconnaître que leur conclusion puisse avoir été inappropriée à un moment donné.

  • Ne confondez pas immunité et protection contre les formes graves, ce sont deux choses différentes. ça reste très longtemps pour le deuxième exemple.

    • Bonjour,
      Malheureusement, la protection contre les formes graves s’émousse aussi avec le temps, y compris chez les vaccinés. D’où l’intérêt actuel de faire la troisième injection.

  • Merci de cette analyse mais je ne suis pas très rassurée pour les moins de 40 ans au contraire d’en mars 2020 ; les hospitalisations des jeunes et enfants certes moins fréquentes que chez des adultes non vaccinés ne sont guère rassurantes. Le vaccin les protège aussi semble t il et je ne souhaite donc pas attendre une immunité naturelle en comptant les rares décès de la maladie là où il n’y a aucun mort de vaccin ARN Grande tristesse donc pour les jeunes et les non vaccinés car il n’est pas dans ma nature de me réjouir des morts l’eussent il cherché

  • La varicelle, définitivement immunisante, protège des formes graves de l’adulte, mais… des dizaines d’année après l’avoir eue le virus peut se « réveiller » et provoquer le zona.
    espérons que le SARScov2 ne nous réserve pas ce genre de surprise !
    Mieux vaut miser sur l’immunisation vaccinale plutôt que naturelle

    • Bonsoir,
      Il ne s’agit pas de "miser" sur une immunisation plutôt qu’une autre, mais de constater, notamment avec le variant Omicron, qu’aucune ne nous protège pour l’instant plus de 12 mois (voire 6 mois)

  • Je suis surpris par les chiffres de lits en soins "intensifs". Déjà, le terme utilisé par le gouvernement est devenu "soins critiques" après avoir été (trop) longtemps "réanimation". Il me semble qu’il y a en France en soins critiques (surveillance continue, soins intensifs, réanimation) près de 20000 lits, soit 30 lits pour 100000 habitants).
    Au début de la pandémie, ces lits étaient mélangés allègrement dans les statistiques, avec des pourcentage en réanimation annoncés de plus de 100%, parce qu’on pouvait être classé en "réanimation" lorsque l’on était en "service de réanimation", qui couvrait les trois types de lits.

  • Pour connaître les individus génétiquement prédisposés, peut-être qu’il sera possible de faire des tests génétiques, un peu comme ceux de "23etmoi" qui détectent les allèles du gène COMT (rien à voir avec l’immunité bien sûr)

  • Bonjour,

    Votre analyse rejoint la mienne. Je vous adresse le texte que je viens de finaliser sur le même sujet. Qu’en pensez vous ?
    Cordialement
    Dr Francis Lévy

  • Bonsoir Dominique

    Comment peut on faire confiance à des autorités comme le Pr Lina ou le Pr Fischer et les citer pour appuyer ses propos ?
    Doit on effacer les comportements du passé comme la négation des conclusions de la concertation citoyenne sur la vaccination de 2017 dont toi même a fait paraître un billet indigné ?
    Vraiment je ne comprends pas que ces personnes qui se sont complètement discréditées et ont persisté dans leurs communications, puissent être des "références" quelques années plus tard ?
    Peut on croire qu’ils ont changé du tout au tout, avec une communication indépendante ?

    Bien cordialement

    • Bonjour
      Leur parole n’est pas crédible lorsque des intérêts financiers sont en jeu. Mais dans ce domaine précis, leur compétence générale en virologie et en infectiologie, qui a peu de risque d’être altérée par leur lien d’intérêt, n’est pas inintéressante. On notera quand même l’affirmation (dans le même article du mois d’août) de Bruno Lina :

      Or peut-on vraiment avoir un variant plus contagieux que le variant Delta ? « On a du mal à l’imaginer car c’est déjà l’un des virus les plus transmissibles qui existe dans le monde », poursuit le virologue.

      Comme quoi l’art de la prévision est vraiment difficile...

  • bonjour Docteur, je suis d’accord avec vous mais une question me taraude : qu’attend l’OMS et les pays occidentaux pour enquêter à Wuhan ? la Chine cultive le secret, elle doit quand même rendre des comptes à la communauté internationale !

  • "Leur parole n’est pas crédible lorsque des intérêts financiers sont en jeu"

    Les liens d’intérêts ne se réduisent pas aux liens financiers, loin s’en faut et les réduire aux seuls liens d’intérêt financiers, interroge.

    "leur compétence générale en virologie et en infectiologie, qui a peu de risque d’être altérée par leur lien d’intérêt...."
    Au contraire, leurs fonctions au sein d’institutions, ne peuvent que les pousser à se soumettre aux décisions gouvernementales, et à s’éloigner d’une position indépendante que l’on serait en droit d’attendre d’experts aux compétences indéniables.

  • Ce billet est intéréssant mais dans l’hypothèse qu’il présente on retrouve les mêmes failles que d’autres qui avancent des idées similaires.

    D’abord le point le plus important à mon avis, c’est que covid-19 ou pas à moyen terme l’existence même des hôpitaux n’est pas certaine. Le système hospitalier était déjà en crise depuis des années avant le début de la pandémie suite à des décénnies de politiques qui ont organisé sa défaillance.
    Donc même si l’hypothèse d’une immunisation temporaire de la population qui diminuerait les besoins d’hospitalisation liés au covid se réalisait, il y a de fortes chances que si on a encore un système hospitalier fonctionnel il soit tout de même largement débordé.

    Et ce point illustre le principal défaut de l’hypothèse mise en avant dans ce billet, elle omets de prendre en compte plusieurs points importants comme celui de la situation catastrophique actuelle du système de santé en France qui est au bord de l’effondrement.

    Je remarque notamment qu’il n’est pas quesion du degré de circulation du virus qui est pourtant le point essentiel dans l’émergence de nouveaux variants ou dans les dégats engendrés par l’épidémie. Plus le virus circule a un niveau élevé et plus le risque d’une nouvelle vague plus dramatique est grand, et plus les dégats sont graves[1].

    Si la France est parmi les mauvais élèves, conséquences directes des choix et décisions prises par le gouvernement, et que le laisser circuler semble être la stratégie retenue ce n’est qu’un (mauvais) choix politique et en aucun cas une fatalité. Il existe des mesures non pharmaceutiques efficaces pour limiter la circulation du virus et réduire les risques d’infection, en particulier la ventilation et la filtration de l’air des espaces intérieurs. Ça fait plus d’un an et demi que les appels se multiplient pour que ces mesures soient mises en place dans les écoles, les transports, sur les lieux de travail.
    Or une telle mesure reste efficace contre tous les variants mais aussi contre tous les pathogènes aéroportés, elle permets donc de modifier de manière durable la dynamique épidémique. Pourtant elle est absente de la réfléxion mise en avant dans ce billet.

    Un autre élément absent de ce billet ce sont les vaccins intranasaux qui devraient arriver prochainement et qui ont l’avantage sur les vaccins injectables de mieux prévenir les infections[2] et donc de réduire la circulation du virus (à condition toutefois que les pays riches ne s’accapare pas toutes les doses au détriment du reste du monde, comme ça a été le cas jusqu’à présent).

    Je ne vais pas tout énumérer mais il y a d’autres éléments qui permettent de réduire la circulation du virus et donc d’éviter la "répétition des infections et/ou des vaccinations chez un même sujet aboutissant à une immunité" dont il est question dans le billet, rendant caduque l’hypothèse.

    Éviter la répétition des infections est une chose fortement souhaitable car ce billet passe totalement sous silence le cas des covids longs et des séquelles à long terme qui peuvent survenir suite à une infection même asymptomatique par le SARS-CoV-2 ou des séquelles consécutives au passage en réanimation. Pourtant l’impact des covids longs n’est pas négligeable. Sur la base de ce qu’on constate actuellement (5 à 10% de covids longs chez les enfants, et absence d’immunité acquise durable suite aux infections, virulence croissante de chaque nouveau variant dominant avec augmentation de l’échappement immunitaire) il semble que la projection à long terme les personnes infectées a répétition depuis leur enfance tends plus vers un risque accru de séquelle plutôt que d’une immnunité.

    Et on en vient à un autre manquement dans ce billet : il ne prends la mesure de l’épidémie qu’au travers du prisme des capacités hospitalière. Or on peut voir dès à présent avec omicron qu’avec une circulation du virus élevé même si il semble envoyer proportionnellement moins à l’hôpital que les variants précédents[3], la quantité de personne malades ou cas-contact mises à l’isolement suffit pour causer un absentéisme qui mets à mal le fonctionnement du pays dans son ensemble. Les conséquences sociales, sociétales et économique si cela devait se produire de manière répétée vont bien au delà du seul système hospitalier.

    Dans les choses que n’omets pas ce billet, je dois aussi pointer quelques erreurs assez répandues comme celle de comparer le SARS-CoV-2 avec d’autres pathogènes pour présumer son évolution, or comme nous le rappele le spécialiste de l’étude et la modélisation des maladies infectieuses Samuel Alizon, ce serait penser qu’un rhinocéros peut évoluer en girafe[2]. Le SARS-CoV-2 a des caractéristiques spécifiques qui font qu’il n’a pas de pression évolutive a devenir moins virulent au cours du temps. Au contraire on a même constaté jusqu’à présent que chaque nouveau variant dominant présente une virulence similaire ou accrue et bénéficie d’un échappement immunitaire plus marqué.

    Une autre erreur c’est celle l’approche saisonnière, qui est incohérente avec ce qu’on a pu constater : les vagues ont lieu au rythme de l’émergence des variants en même temps dans les deux hémisphères peu importe la saison (par exemple aux USA une vague énorme a eu lieu durant les mois les plus chauds de l’été) et le covid-19 par de nombreux aspects n’est pas comme les maladies respiratoires saisonnière. Actuellement il n’y a pas d’éléments allant dans le sens de cette conjecture et il n’y a pas de consensus sur ce point, de l’avis de plusieurs spécialistes : « c’est une éventualité possible mais fortement improbable que le covid-19 deviennent saisonnier comme les autres coronavirus connus » tandis que d’autres prédisent qu’il deviendra saisonnier. Actuellement il semble que sur ce point il ne soit pas possible de conclure ou de trancher dans un sens ou dans l’autre.

    [1] : https://nitter.fdn.fr/yaneerbaryam/status/1377731860630007809 et https://www.letemps.ch/sciences/zero-covid-contre-stop-and-go-une-etude-dresse-un-bilan-comparatif-appel
    [2] : https://www.vidal.fr/actualites/27066-covid-19-les-promesses-de-la-vaccination-intranasale.html
    [3] : https://nitter.fdn.fr/C_A_Gustave/status/1473755818025697287

    [2] : « Un autre problème est que l’on a souvent tendance à comparer des virus d’espèces différentes, comme le Sars-CoV-2, les coronavirus saisonniers, les rhinovirus qui causent des rhumes, ou encore la grippe. C’est trompeur, car chaque espèce de virus a ses caractéristiques propres, ses mécanismes de reproduction dans un environnement cellulaire donné… Oublier cela, c’est un peu comme penser que les rhinocéros peuvent évoluer pour devenir des girafes.

    Dans le cas du Sars-CoV-2, une particularité importante est que les formes sévères de Covid arrivent environ deux semaines après les infections, à un moment où le virus ne se transmet plus beaucoup — 95 % des transmissions ont lieu entre le 2ᵉ et le 11ᵉ jour après l’infection. Par conséquent, la survenue de formes sévères n’a pas de « coût évolutif » pour le virus, cela ne nuit pas à sa propagation. Il n’a donc pas vraiment de « raison » d’évoluer vers des formes bénignes. »
    https://reporterre.net/La-strategie-zero-Covid-bousculee-par-les-variants-du-virus
    et
    https://theconversation.com/pourquoi-il-y-a-peu-de-chances-pour-que-le-coronavirus-sars-cov-2-perde-sa-virulence-166835

    • Bonjour et merci pour cette critique remarquablement argumentée.
      Je ne vais pas vous faire remarquer que j’ai bien parlé d’un système de santé "à genoux" mais plutôt souligner des points de léger désaccord.

      Sur le COVID long de l’enfant. Ce chiffre de 5 à 10% repris partout ne repose sur rien de solide. Quelques études où l’on a rappelé des enfants 2 mois après leur infection pour savoir s’ils se sentaient fatigués ou s’ils avaient du mal à suivre en classe ou encore à faire leurs devoirs... Heureusement, dans la réalité, le nombre de COVID longs significatifs chez l’enfant est probablement inférieur d’un ou deux ordres de grandeur.

      Sur le côté saisonnier, vous avez en grande partie raison et j’ai d’ailleurs rapidement modifié mon premier jet pour supprimer plusieurs allusions à ce côté saisonnier. Il reste que le froid incite à ce réunir en intérieur, fait fermer les terrasses des restaurants et enfin ne facilite pas l’ouverture des fenêtres au bureau ou à l’école. Le froid joue donc forcément un rôle pour une transmission majoritairement aérienne.

      Pour la diminution de virulence, vous faites remarquer à juste titre que la létalité est trop tardive pour jouer sur la sélection de variants plus ou moins contagieux. Reste néanmoins la diminution mécanique des "cibles" à chaque vague liée à leur décès lors de la vague précédente. Il est également possible, quoi que non prouvé, que les formes sévères soient fortement immunisantes. La gravité moindre de l’épidémie ne serait alors pas liée à une évolution du virus, mais à celle de la population.

      Au plaisir de vous relire ici ou ailleurs.

  • Ne soyons pas des cochons.

    Après votre article toujours très argumenté, quelques éléments qui pourraient ne pas être que de la science-fiction :
    Peut être que la prospective sur l’évolution de la situation sanitaire doit aussi tenir compte du fait que le tropisme viral pour certains organes peut se modifier à travers des changements de sa protéine d’accrochage et d’entrée dans les cellules. Par exemple on a décrit dans l’espèce porcine une mutation de spike d’un coronavirus qui lui a fait perdre son affinité pour les cellules de revêtement du tractus digestif. D’où la disparition d’épidémies de gastro-entérites porcines qui décimaient les élevages. (https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7112277/) (https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32502552/)
    Il n’y a probablement pas de raison d’éliminer l’éventualité d’une mutation qui confèrerait à notre souche un caractère entéropathogène. (On sait que notre souche virale est présente dans les voies digestives). Cette éventualité débouche sur le scenario catastrophe d’une chiasse planétaire , avec ses conséquences.

    A ce propos, la soupe de la communication de masse a attiré l’attention sur le filtrage et l’assainissement de l’air respiratoire, mais elle néglige l’importance de la contamination manuportée.
    Si la recommandation officielle est de ne pas se serrer les mains, (90% de transmission de germes), la plupart des gens –nos dirigeants les premiers– pratiquent un ‘check’ dérivé du ‘fist bump’ des luttes inter-raciales (50% de transmission de germes). Ajoutons à cela la fréquence du contact de nos mains avec nos visages, nez, yeux, bouches : réservoirs et portes d’entrées. Lorsque je fais remarquer cela aux gens que je salue, ils me répondent, contrariés et parfois blessés : « mais tout le monde le fait ! ». Il ne reste qu’à répliquer : c’est bien pour cela que c’est réellement contagieux ». Il y a pourtant de nombreuses manières de se saluer sans contact. Ce serait judicieux en période de flambée avec taux de reproduction élevée de bloquer ce canal de contamination. (Jones, L., Ha, W., Cadnum, J., & Donskey, C. (2020). What’s in a Handshake ? Exploring the Best Form of Greeting to Prevent Hand to Hand Spread of Viruses. Infection Control & Hospital Epidemiology, 41(S1), S433-S434. doi:10.1017/ice.2020.1096)

    A noter que le leit-motiv usé de l’expression « gestes barrières », qui inquiète les gens précautionneux et fait sourire ceux qui pratiquent le déni, oblitère une expérience évidente de cette période de contagion : on n’a pas tiré certaines leçons qui permettraient, de plus, d’anticiper d’autres épisodes à venir. Nombre de lieux publics sont configurés de telle manière qu’on ne peut pas les quitter sans se souiller les mains sur leurs poignées de portes. Une mesure primordiale serait de disposer de désinfectants disponibles après la sortie. Ensuite, au milieu des réglementations européennes visant les établissements recevant du public, il serait appréciable de voir apparaître des textes qui recommandent les aménagements utiles aux précautions normales d’hygiène ( ouverture des portes...). Sans réclamer une asepsie de bloc opératoire ou de labo d’infectiologie.

  • "Co"-habiter avec la Covid... ou "vivre avec le virus".
    En tout cas, je trouve difficile de trouver une sorte de modus vivendi, avec des consignes-préceptes-injonctions etc pas clairs du tout, voire contradictoires.

    Je m’attache sans doute à des détails. Mais avec l’histoire de l’échiquier de Sissa en tête, je ne sais pas si on peut se permettre de négliger quelques grains de riz ou de blé.

    Un premier grain de riz : la mode des auto-tests ...
    C’est peut-être comme pour les masques en début de pandémie : mal utilisés ils ne servent à rien (je plaisante).

    Alors bon, qu’on me confirme, il faut ramoner son nez comment ?
    Plus ou moins horizontalement comme le dit le Dr Levi ?
    "Nasal swab technique. GO LOW, GO SLOW"
    https://twitter.com/DrEricLevi/status/1473185815597510656?s=20
    Ou grosso-modo verticalement comme l’indiquent les consignes "officielles" ?
    https://www.normandie.ars.sante.fr/covid-19-tout-savoir-sur-les-autotests-de-depistage
    https://solidarites-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-infectieuses/coronavirus/tout-savoir-sur-le-covid-19/autotests-covid-19
    https://www.info-coronavirus.be/fr/autotest/
    Perso, je fais confiance à l’expertise du Dr Levi.

    Et faut-il (et d’ailleurs est-ce faisable par un profane) aller plus loin et doubler d’un prélèvement dans la gorge ?
    "IMPORTANT : if using RAT, swab both throat AND nose to increase sensitivity. "
    "Swab throat first and then bilat nasal swabs with same swab. Avoid eating/drinking 30 mins before. Higher sensitivity with tradeoff of possibly lowering specificity ."
    "Symptoms are starting v early w Omicron [...] This means that there is a chance the virus isnt yet growing in the nose when you first test. Virus may start further down. Throat swab + nasal may improve chances a swab picks up virus."
    "Another Important public health message ! As well as knowing about cold like symptoms- always swab both your throat as well as your nose if you want an accurate #LFT "
    https://twitter.com/VicLeungIDdoc/status/1475551682629038080?s=20
    https://twitter.com/michaelmina_lab/status/1475468989933490179?s=20
    https://twitter.com/timspector/status/1475558104142127110?s=20
    (& Co, voir fils de discussion)

    D’ailleurs oui, les symptômes... un autre grain de riz : ce ne sont pas forcément les mêmes selon les variants, semble-t’il. Alors si on veut les repérer avant de s’isoler, ça mérite des mises à jour...

    Il y en a tellement de ces grains de riz qui pourraient être évités si les messages étaient simples, clairs, concordants, fiables.
    On tendrait quasi vers une cohabitation entre ennemis civilisés et vers l’horizon Zéro-Covid, non ?

  • Co-habiter avec Covid.. je suis en rogne.
    L’une de mes filles, anti-vax "car même les docteurs à la télé ne sont pas d’accord entre eux et qu’il y a eu tellement d’enfants qui sont morts de la vaccination".
    Elle-même est vaccinée par obligation professionnelle, car il faut bien qu’elle nourrisse ses enfants, elle s’est sacrifiée sur l’autel du devoir maternel.
    Mais vacciner ses ados ? Pas question (je sais que votre position est mitigée sur ce point, Dr Dupagne). J’ai pourtant décortiqué-argumenté chacun de ses arguments anti.
    Ce matin elle me dit qu’elle préfère encore attendre (d’autant que leur papa dont elle est séparée est de ce même avis).
    Je luis dis qu’elle a de toute façon fait un choix : entre le risque du vaccin et la maladie, elle a choisi de laisser ses enfants être malades, avec les séquelles sur le cerveau etc. Oui j’étais horrible de dire ça à une petite maman.
    Mais j’ai des excuses : 2/3 de ses gosses sont maintenant à la maison, cas contacts au lycée ou à l’école.
    Je ne vous l’avais pas dit ?
    Et ma fille travaille en maison de retraite. Cherchez l’erreur.
    Mais c’est vrai, il va falloir vivre avec le virus et cohabiter avec la maladie.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Ajouter un document

Pour répondre à un autre commentaire, mentionnez le nom de son auteur précédé d'un "@" au début de votre message.

Version imprimable de cet article Version imprimable