Accueil Coups de coeur, coups de gueule PSA et dépistage du cancer de la prostate, les USA jettent l’éponge
Publié le
8 octobre 2011

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Auteur :
Dr Dominique Dupagne

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PSA et dépistage du cancer de la prostate, les USA jettent l’éponge

Les USA sont sur le point d’abandonner le dépistage du cancer de la prostate par le dosage sanguin des PSA et la pratique régulière du toucher rectal.

L’U.S. Preventive Services Task Force (USPSTF), équivalent américain dans le domaine de la prévention de notre Haute Autorité de Santé, a publié hier une mise au point documentée qui invite les médecins américains à ne plus pratiquer ce dépistage chez les hommes quel que soit leur âge. La seule indication recommandée pour le dosage des PSA restera l’existence de symptômes hautement évocateurs d’un cancer de la prostate [1] et le suivi des cancers traités.

Cette décision, qui peut paraître logique alors que ce dépistage contesté n’a été officialisé dans aucun pays au monde, vient impacter une pratique médicale courante encouragée par les associations d’urologues depuis 20 ans. Elle est en complet décalage avec des campagnes de communication tapageuses qui poussent les hommes français vers ce dépistage contre l’avis pourtant unanime des autorités sanitaires internationales.

En France notamment, ce dépistage est largement pratiqué chez les hommes de 50 ans et plus.

Les conclusions de ce rapport ne seront définitives que dans une semaine, mais il est douteux que le ton général de ses conclusions soit modifié. Le dépistage du cancer de la prostate reçoit le grade D : Ce grade concerne des actions préventives sans bénéfice net ou dont les inconvénients l’emportent sur les bénéfices. Il est précisé que cette appréciation repose sur des arguments d’un niveau de preuve modéré à élevé. C’est le grade de recommandation le plus négatif sur une échelle qui en comporte 4.

Un article des Echos reprend une dépêche AFP qui donne le ton du contenu de ce rapport, si l’anglais médical ne vous est pas familier.

Extrait :

Le manque de précision du test et son incapacité à distinguer les tumeurs bénignes des tumeurs agressives signifie qu’on diagnostique un cancer de la prostate à mauvais escient à un nombre conséquent d’hommes", pointe le rapport. "S’il y a un bénéfice (à ce test), il est très mince au bout de 10 ans

les résultats du PSA ont conduit un million d’hommes à être opérés de la prostate ou à subir des radiothérapies voire les deux. Parmi ces patients, au moins 5.000 sont décédés après l’intervention chirurgicale et de 10.000 à 70.000 ont souffert de graves complications. Le comité fédéral estime aussi que 200.000 à 300.000 d’entre eux souffrent d’impuissance, d’incontinence ou des deux. Ces complications et le grand nombre d’hommes à en souffrir a conduit l’inventeur du PSA, le Dr Richard Ablin, à qualifier ce test de "désastre de santé publique".

Voila, la messe est dite. Ce dépistage devrait être progressivement abandonné devant l’évidence de son caractère délétère. L’intérêt prioritaire du malade doit primer sur toute autre considération. Dans de nombreuses situations médicales, ne rien faire reste à ce jour la meilleure solution, car une action inappropriée peut être pire que le mal qu’elle prétend combattre.

Ceux qui me connaissent s’attendent peut-être à ce que je triomphe. Depuis 10 ans, je conteste activement ce dépistage dont la nocivité est suspectée depuis longtemps et prouvée depuis quelques années. Je me bats aux côtés du Formindep et avec mes confrères signataires du manifeste "Touche pas à ma prostate" contre des campagnes de communication annuelles organisées par les urologues et financées par l’industrie pharmaceutique.

Franchement, je n’ai pas le coeur à me réjouir. Je pense surtout à ces dizaines de milliers d’hommes ayant souffert de graves complications, parfois mortelles. Je pense à ces centaines de milliers d’incontinents et d’impuissants à qui l’on a fait miroiter un bénéfice illusoire. Ces hommes croient qu’on les a sauvés et c’est en faisant confiance à tort à la médecine qu’ils ont accepté un risque qui s’est souvent transformé en handicap. Ils vont apprendre qu’on les a trompés ce qui accroîtra leur souffrance.

Le marché du cancer de la prostate représente des milliards d’euros. Certains ne manqueront pas d’évoquer une nouvelle affaire Médiator : "PSA, combien de morts ?". Mais que l’on ne compte pas sur moi pour voir dans ce désastre une simple affaire financière. Mes confrères engagés dans le dépistage ont été eux aussi aveuglés par leur vision biaisée de la maladie : ils voient les cancéreux qui vont mal, alors que nous, les généralistes, voyons les opérés ou irradiés pour rien, beaucoup plus nombreux, et plus jeunes. Ils ont eu tort, mais ils ont souvent été trompés.

Ce n’est pas à mes confrères qui ont cru bien faire que j’en veux le plus ; c’est à ceux qui les ont influencés : les bateleurs prêts à tout pour assurer la promotion d’une stratégie dont ils ne pouvaient pas ignorer les contradictions.

De telles campagnes de désinformation ont abouti à des procès, en cours, contre des confrères qui n’ont pas prescrit de PSA à leurs patients.

À la lumière de cette recommandation américaine, confirmant celle de la Haute Autorité de Santé Française, il me semble que les procès devraient plutôt concerner ceux qui ont promu et pratiqué ce dépistage délétère. Ce sont eux les responsables d’un véritable désastre de santé publique comme l’affirme à juste titre le découvreur des PSA depuis plusieurs années, ainsi que quelques lanceurs d’alertes trop peu nombreux ; je pense notamment aux médecins de la Réunion, à Bernard Junod, Catherine Hill et Alain Braillon, qui ont souvent fait les frais de leur militantisme pour la vérité et la protection des patients.

PS : Merci à Philippe Ha-Vinh qui m’a signalé ce lien pour suivre les réactions aux USA.

PS2 : L’USPSTF a rendu son avis définitif le 21 mai 2012.

Notes

[1] Il s’agit de douleurs osseuses essentiellement. Une gêne ressentie pour uriner ou des levers nocturnes ne constituent pas des symptômes "hautement évocateurs" d’un cancer de la prostate et sont liés dans la grande majorité des cas à l’augmentation de la taille de la prostate avec l’âge.



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