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"La médecine a fait tellement de progrès que plus personne n’est en bonne santé !" *


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Lutter contre les déserts médicaux

samedi 2 juin 2012, par Dominique Dupagne

Comment lutter contre les déserts médicaux ?

Le Conseil de l’Ordre des médecins a mis les pieds dans le plat en recommandant d’obliger les jeunes médecins à travailler 5 ans dans leur région d’origine, répartis sous le contrôle des agences régionales de santé.

Cette recommandation est à la fois brutale, injuste, stupide et probablement inefficace. Reprise dans la presse, elle a suscité les commentaires poujadistes habituels : "C’est nous qu’on paye, yaka les forcer à s’installer là où on a besoin, comme les profs et les postiers"

Ces commentaires méconnaissent profondément la nature des professions libérales. Mais il y a du vrai dans ce qu’ils disent : la bonne solution est par là.

Il suffit de créer des postes de médecins salariés, agents de l’Etat ou du Conseil Régional, là où le besoin se fait sentir.

Les quelques expériences faites dans ce domaine montrent un afflux massif de candidat(e)s pour ces postes.

La solution est simple et connue. Je pose donc la question (dont je connais la réponse) : pourquoi aucun officiel ne fait-il cette proposition ?

Messages

  • ça coûte deux fois plus cher !!!

  • Par crainte d’un effet boomerang ?

  • Le problème d’accès aux soins touche tous les pays, et même parmi les pays dits industrialisés la France est probablement le pays le mieux lotis.

    De nombreux pays occidentaux ont, bien avant que M Legmann ne se réveille, mis en place des mesures coercitives dans le but de mieux répartir leurs professionnels de santé.

    Le résultat est flagrant pour chacun d’entre eux (Italie, Canada....) : ces mesures sont au mieux inefficaces, au pire délétères.

    Le deuxième problème est que les jeunes médecins, trentenaires avec pour le plus souvent une jeune famille, n’iront en "zones sous-denses" que si ils peuvent y vivre en famille : travail pour le conjoint, éducation pour les enfants... Ils prendront le risque du déconventionnement pour sauver leur famille.

    Le troisième problème est probablement le plus évident : un jeune médecin, d’une part parce qu’il est ISOLE, d’autre part parce qu’il est CONTRAINT, fera un mauvais travail, et saturera vite. La santé des populations vivant en zones sous-denses ne s’améliorera pas.

    Le quatrième point est que grâce au maillage SAMU/SMUR, il n’existe que peu d’inégalité d’accès aux soins d’URGENCE, seuls les soins non urgents sont concernés par ces mesures : cela réduit la portée du problème en termes de rapport coût/efficacité de santé publique.

    (il y a plein d’autres points mais c’est un bon début)

  • Exactement le genre de poste auquel je réfléchirais très sérieusement s’il existait près de chez moi.

    Une Médecin généraliste, remplaçante depuis 8 ans.

  • Bof, bof, bof !
    Tout dépend du niveau de salaire.
    Et les médecins vont s’installer avec femmes et enfants ou avec maris et enfants dans des coins sans école, sans collège, sans lycée ?
    Les médecins disent vouloir être salariés mais ils n’ont qu’à aller dans les ARS où on les prendra pour des khons, dans les collectivités territoriales où ils seront dénigrés, comme médecins de PMI, et cetera...
    Attendons de voir ce que deviendront ces structures dans les années qui viennent.
    Je suis très impatient de savoir...
    A +

  • Nous utilisons cette solution en Nouvelle-Calédonie, où l’essentiel des médecins est installé à Nouméa, laissant une "brousse" déserte sur 400 kms. Les seuls centres de soins sont des dispensaires avec des médecins salariés par la DPASS. Les salaires sont attractifs, le double de ce que toucherait un MG en métropole, et sur place, il n’y a pas grand chose à dépenser.
    Le résultat est sans appel : certes les candidatures sont assez nombreuses, mais la durée moyenne de séjour de ces jeunes médecins est de 3 à 6 mois. La différence de climat social reprend tôt ou tard le dessus sur l’appât salarial, et une fois les poches un peu remplies, l’on repart vers des horizons plus urbanisés, laissant les populations locales chaque fois plus désabusées d’avoir un jour un véritable médecin traitant.
    Les seules exceptions sont quelques rares libéraux, qui n’ont eu besoin d’aucune incitation administrative pour faire ce choix.

    • justement,je suis un(e) de ces rares libéraux travaillant à lifou(une petite ile essebtiellement mélanésienne)après avoir travaillé plus de 6 ans comme salariée au dispensaire et je doircices dire que pour rien au monde je ne voudrais retravailler en libéral en métropole vu les excellentes conditons d’exercice et de rémunération que j’ai ici malgré l’éloignement

  • Dans un bus reconverti en cabinet médical, (et avec chauffeur) je veux bien battre la campagne une à deux journées par semaine et pour un salaire attractif. (100€/heure)

    • j’ai déjà eu exactement la même idée, cela doit t’il m’inquiéter ?
      Après tout cela est déjà fait pour le don du sang et un des problèmes des zones sous dense est qu’elle ne fournisse pas un nombre de consultation suffisant.

    • Mais c’est ce à quoi je pense aussi depuis longtemps, la seule chose qui pourrait me faire réfléchir à ne pas quitter la MG : un statut de praticien ambulatoire, salarié, calqué sur celui des praticiens hospitaliers (ou sur un autre, hein, je ne suis pas obsédé de l’hôpital), le médecin soignant les patients d’un côté, touchant son salaire en fin de mois de l’autre (sans aucun lien quantitatif entre l’un et l’autre), le reste n’étant pas son affaire.
      Cela n’est pas fait car les vieux médecins libéraux ont peur des soviétiques, et surtout que ça coûterait une blinde de salarier des médecins ; ceci dit, si nos instances dirigeantes et notre bon peuple le veulent, je l’ai déjà soutenu sur ce forum et ailleurs, la seule solution est de salarier les médecins ...
      Ce sera un peu comme peser la balance bénéfices/risques de l’instauration d’un traitement : d’un côté, on veut des médecins généralistes ; de l’autre, on ne veut pas payer plus ... quel plateau pèsera le plus lourd ? Il n’y a qu’à attendre !

      Un jeune remplaçant réfractaire au libéral, après y avoir goûté (pourtant ça sentait bon, vu de l’internat ...).

  • - Parce que l’inégalité de traitement entre les médecins salariés et les libéraux restants, ferait fuir avant l’heure les médecins libéraux :
    http://www.franceinfo.fr/societe/terrains-de-campagne/web-reportage-la-france-des-deserts-medicaux-527941-2012-02-20

    - Il existe une différence de rentabilité entre un médecin libéral et un salarié :
    http://www.atoute.org/n/article198.html

    - dernière hypothèse :-) -> parceque ces postes existent déjà :
    http://www.medecinsdudesert.com/

  • Peut être qu’ils ne sont pas encore complètement persuadés qu’il va falloir payer pour avoir des médecins dans leurs zones
    Parce que cela s’intègre plus généralement dans le cadre de l’aménagement du territoire et que dans ce domaine c’est une disparition progressive de tous les services publiques avec une baisse de l’attractivité pour les jeunes médecins
    Parce que certains MG libéraux verraient d’un très mauvais oeil l’arrivée de ces centres qui risqueraient d’entraîner pour certains une baisse de leur chiffre d’affaire ...
    Parce que pour certains élus comme pour certains spécialistes hospitalo-universitaires les MG ne servent pas à grand chose ...
    parce que si je devais m’installer aujourd’hui dans une de ces zones j’aurai peur d’y laisser ma peau (le MG doit faire ceci, doit faire cela, est responsable de tout mais n’a aucune compétence reconnue ....etc

  • Bon, l’essentiel a été dit. Je reformule et je complète les réponses à la question.

    1) Cela coûterait deux fois plus cher : les actes réalisés par les médecins salariés coûtent environ deux fois ceux des médecins conventionnés.

    2) Il faudrait appliquer le droit du travail français. Là, le bât blesse car les conditions de travail des médecins libéraux sont plutôt héritées du début du XXe siècle. Adieu le même médecin au même poste de 8 h à 21 heures. Adieu la garde de nuit qui fait suite à une journée de travail de 10 heures et qui s’enchaîne avec une nouvelle journée de travail. Il faudra compter sur beaucoup plus de médecins.

    3) Il faudrait appliquer la loi française : adieu les convocations et condamnations arbitraires par les caisses de sécurité sociale. Adieu les réquisition préfectorales scélérates. Adieu les forfaitures ordinales contre les récalcitrants qui ont l’outrecuidance de demander l’application de la loi.

    4) Il faudrait gérer l’insatisfaction des patients : la disponibilité et la productivité d’un médecin payé à l’acte n’a rien à voir avec celle d’un salarié. C’est humain. C’est inéluctable. Attendez-vous à des rendez-vous à 15 jours, à des cabinets fermés à 18 heures et le week-end.

    Bref, le constat est limpide : les médecins libéraux apportent un service d’un rapport qualité prix absolument imbattable. Mais bon, la tutelle trouve qu’ils coûtent tout de même trop cher. Donc on les prive des moyens de leurs missions (professionnalisation de la permanence des soins, budget de secrétariat, rémunération correcte).

    Donc, on attend des médecins libéraux qu’ils assurent les missions d’un service public, mais en espérant s’en tirer avec la moitié du budget nécessaire. Et donc, cela ne marche pas. Et seuls les crétins peuvent encore s’en étonner ou imaginer qu’on va pouvoir les contraindre.

    Et si tout cela vous paraît absurde ou illogique, je vous propose une solution simple pour sauver le budget de la France : transformer tous les postes d’agents de l’Etat, profs en tête, en professions libérales. De quoi annuler le déficit public d’un coup. Ce qui est vrai dans un sens l’est dans l’autre.

    • Cher DD,
      Ne tombons pas de la simplisme du libéral moyen.
      Il ne faut pas confondre quantitatif et qualitatif.
      La question des conflits d’intérêts que génère le paiement à l’acte est un petit peu trop facilement évacuée de ton raisonnement.
      Et la question de la surconsommation des actes et des médicaments en France(champion du monde !) aussi.
      Voir un patient revenir au cabinet, mettons, six fois dans l’année, parce que la dernière fois on lui a prescrit des antibiotiques (ou autre chose) au pas de course sans prendre le temps de lui expliquer que, non, les antibiotiques ce n’est pas automatique pour telle et telle raison, et qu’il est désormais persuadé que c’est ça qu’il lui faut chaque fois qu’il a un truc de travers, ce n’est pas un exploit dont il faille se glorifier.
      Je ne suis pas sûre que cette manière de faire constitue une source d’économies pour l’Etat, une source de progrès pour la santé publique et une source de santé pour des patients bourrés de médicaments.

      Chaque fois qu’on parle de revenir à une pratique médicale plus raisonnable les mêmes médecins qui se plaignent d’être débordés commencent à se plaindre que leur revenu pourrait en pâtir.
      Pourtant, ça leur ferait des vacances. Il faudrait savoir.

      Je discerne dans ton propos un dédain non dissimulé pour les agents de l’Etat.

      Après l’avoir critiqué (me semblait-il ) tu reviens à toute allure vers la démarche qualité et ses obsessions quantitatives. Parce que ton raisonnement se réduit à ça : du quantitatif.
      Je suis franchement déçue.
      Qu’elle est loin, qu’elle est loi la revanche du rameur.

    • Chère CMT
      Ta critique est tout à fait pertinente. Je ne suis pas rentré dans le détail. J’avais été moins manichéen ici http://www.atoute.org/n/article198.html

      Je n’ai aucun mépris pour les agents de l’état. Je constate que leur productivité est inférieure et leur coût plus élevé. Je sais qu’ils soignent parfois des patients plus lourds, qu’ils prennent plus de temps, qu’ils échappent au conflit d’intérêt de la prescription "pour faire plaisir".

      C’est une médecine différente, dont le modèle anglais permet d’avoir une idée : globalement une bonne médecine, peu chère, mais où les patients sont à la fois bien traités et maltraités. Et une médecine à deux vitesses désertées par les classes économiques supérieures de la population.

      Je pense en effet qu’à moyen terme, les comptes de la nation pourraient s’y retrouver. Mais les patients français seraient très malheureux de perdre leur pouvoir sur le médecin lié au paiement à l’acte.

    • J’insiste néanmoins.
      Le problème n’est pas (vraiment pas à mon avis) combien d’actes on fait, en combien de temps, qui va plus vite. On peut laisser ce genre de débats pour les cours de récréation.
      Le problème est vraiment qu’est-ce qu’on fait avec le patient pendant le temps qu’on passe avec lui.
      Si on accroît sa capacité à se prendre en charge, ses compétences pour faire ses propres choix hors de toute influence commerciale et orientée, pour sa santé, alors on le verra moins souvent au cabinet mais il sera en meilleure santé. Il faut donc intégrer la médecine préventive dans les compétences du médecin . Médecine préventive dans le sens d’éducation à la santé. Et c’est tout un art.
      Evidemment c’est une autre approche de la médecine, moins technique, moins thérapeutique, moins coûteuse...
      Et évidemment si on met un médecin formé à faire de la médecine libérale telle que la formation est faite actuellement avec les influences qui l’on sait seul dans un cabinet avec un salaire, il va faire la même chose qu’il fait d’habitude mais plus lentement.
      La demande restera donc la même (la iatrogénie aussi) et il faudra plus de médecins pour faire le même travail.
      Toi qui raisonnes tant sur la démarche qualité tu devrais comprendre cela.
      Il faut travailler en amont sur la formation des médecins, sur leurs motivations mais aussi en parallèle sur l’esprit critique des patients et sur leur capacité à se prendre en charge.
      Un bon médecin c’est, comme un bon parent, celui qui apprend aux patients à être autonomes et à se passer de lui et non celui qui les rend dépendants.

  • il.y a d autres voies aussi
    Rouvrir une progression de carriere vers CES a ceux qui ont bossé 2 ou 3 ans au sahel medical.
    Ouvrir l’acces au secteur 2 apres 2 ans en sahel medical.
    Creer avec le salaire du medecin, un salaire pour le conjoint pour indemniser celui ci
    Mettre le secretariat et le comptable de la mairie a disposition gratuite du cabinet.pour la gestion des rdv et des paperasses.
    Faire un systeme de cheques creche pour permettre la garde des enfants et redynamiser les villages.
    Prendre en charge , par l etat, de la cotisation ordinale.
    Compliquer les procedures judiciaire pour mettre en cause un medecin
    Etablir une presomption de competence adaptee au desert.pour limiter le risque medico legal
    Permettre aux mg d avoir une assistante pour des actes remunerateurs delegables
    Permettre aux mg de faire dds radio, des mini irm, des dermatoscopies., des efr .... Delegues et teletransmis (telemedecine)
    Y a plein d idees a mettre en place....

    • "Creer avec le salaire du medecin, un salaire pour le conjoint pour indemniser celui ci". Vous voulez dire salarier une personne pour son rôle de conjoint ? Si c’est le cas, il faudra souffler l’idée à tous les chargés de mission de service public, ça les inspirera :).

      Fonctionnariser tous les médecins ça pourrait le faire, le coût plus élevé étant en partie compensé par l’égalité plus grande qui jaillirait de cette situation (enfin si le socialisme signifiait vaguement quelque chose), des horaires moins pénibles pour les médecins, des revenus moins importants probablement aussi (mais par contre pas de droit du travail hein, ça existe pas chez les fonctionnaires). Mais comme la tendance est plutôt à la "bonne" gestion de l’État, il est plus probable que les enseignants deviennent tous libéraux. Et non, il n’y a aucune chance que ça diminue le poids de la dette, quant à savoir si ça améliorera la qualité de l’enseignement... Mais ça pourrait être intéressant de voir si eux aussi ils feraient leur 50, allez 60, heures par semaine entre cours à domicile et cours au cabinet d’instruction, s’ils auraient besoin aussi de secrétaires pour gérer les papiers, etc. Ah voilà une bonne piste pour créer de l’emploi et faire en sorte que tout le monde y perde, du temps. C’est beau comme du libéralisme.
      Sinon le code du travail (donc qui ne s’applique qu’au privé) n’est pas non plus la panacée : par exemple, il n’y a pas de conditions particulières pour rémunérer davantage des jours fériés, ou des nuits ou autres ; ah si tiens pour la nuit il faut consulter un médecin du travail qui nous juge apte, ouf :). Si le droit du travail est parfois un peu clément avec les salariés c’est essentiellement grâce aux accords par branche qui se sont méchamment négociés avec les syndicats sur les dernières décennies. Chacun résiste comme il peut. Mais être fonctionnaire c’est aussi être exposé à toutes sortes de fourberies de la part de son ministère de tutelle. Un avantage cependant c’est que l’État (sauf pour ses comptables) couvre plutôt bien la mise en cause individuelle, même si ça aussi ça change (ce qui rend toutes sorties scolaires virtuellement suicidaires).

      Quoiqu’il en soit, j’ai toujours l’impression que les médecins se sentent un peu trop responsables (et qu’ils sont tous comme Bardamu, mais c’est un autre problème le sentiment de la juste valeur). Or la question de la santé est un choix politique. Soit on considère que c’est important, et on met à disposition les moyens, c’est-à-dire l’État faute de mieux, pour que cela se fasse (davantage de généralistes, plus de médecins en général, tous fonctionnaires, des études financées pour les plus pauvres y compris les dernières années... [même si par ailleurs comme toutes professions CSP+ la tendance à l’héritage est particulièrement forte]) ; soit on écoute les professionnels de santé qui sont aussi des notables et qui traînent de manière disproportionnée sur les bancs du Parlement (mais peut-être moins à la campagne).

  • La coercition sans valorisation c’est insupportable pour ceux qui travaillent et inefficace pour ceux qui s’installent
    Or depuis 30 ans c’est la dévalorisation qui nous amène à tous ces problèmes ...
    En effet travailler comme un fou et multiplier les actes ne rapporte rien qu’encore plus de dévalorisation
    A force d’ajuster la variable d’ajustement qu’est le soin on en arrive à diminuer la motivation des soignants et à constater les dégâts d’une gestion déplorable de la santé toujours plus chère toujours moins humaine
    Tant pis on continue et vive la coercition ...l’obligation le P4P la réquisition
    Une seule question :
    Exercer la Médecine Générale est ce pérenne tant que disponibilité et humanité ne sont pas valorisées ?

  • L’argument de la rentabilité moindre des médecins salariés revient souvent, je l’ai entendu de la bouche d’un haut responsable de l’Assurance maladie que j’interrogeais sur son idée de l’évolution des types d’exercice.

    Faut-il en conclure que les médecins hospitaliers sont improductifs et pour ainsi dire, tire au flanc ? Je ne le crois pas, du mois pas la majorité de ceux que j’ai connu pendant mes études.

    • Il faut toujours éviter de conclure hâtivement. Les médecins hospitaliers qui ont une activité libérale en ville le reconnaissent : ils travaillent différemment dans les deux mondes. Moins de productivité à l’hôpital, mais plus de temps pour aller au fond des choses.

  • les réponses sont connues. Elles amènent un meilleur rapport qualité/prix du système de santé (potentiel de 2 points de PIB, 40 milliards de dépenses de moins par an) avec une meilleure rémunération des médecins libéraux.

    Cela suppose de mettre en place une filière de soins. Cela suppose de mettre en place un contrat sanitaire dans lequel le médecin garantira 48h par semaine d’ouverture d’un cabinet qui ne sera souvent pas sur son lieu de résidence. Cela suppose de donner au premier recours, conformément aux recommandations de l’OMS des moyens financiers pour pouvoir disposer de moyens humains (secrétariat, IDE).

    Pour rappel, les besoins en médecins libéraux pour la France sont prorata des systèmes de références de 45 000 généralistes installés et 30 000 médecins d’autres spécialités (contre 62 000 et 48 000 libéraux actuellement).

    Aucune inquiétude, c’est pas demain la veille.

  • 5 ans en zone de formation ?
    Avec un âge d’installation aux alentours de 40 ans (si je ne m’abuse) je doute que cela résolve quoi que ce soit.
    Comment "fidéliser" un jeune médecin à sa région si c’est par la contrainte. J’avoue que ce raisonnement m’échappe.

  • Intéressant point de vue sur la lettre de galilée

    En particulier, les données DREES qui relativisent les temps d’accès aux soins annoncés.

  • Dominique, je suis tout à fait d’accord avec toi.
    Je remplace depuis 2 mois en zone blanche (1er hosto à 45 minutes - y compris pour l’arrivée éventuelle d’un SMUR - sous-densité médicale). Je connaissais le cabinet, très bien tenu, je connais la campagne, j’y ai grandi, et je sors de 2 ans d’internat en cabinet, j’ai eu cette chance. Et j’en chie (pardon pour le gros mot). C’est une pratique passionnante mais éreintante. Obliger un jeune médecin contre son gré à venir s’installer là où je suis le dégoûterait de la médecine en moins d’un an.
    L’avantage d’un salariat serait ici évident : un secrétariat (impossible ici pour l’instant pour des raisons diverses et variées), des horaires "à peu près" tenus, la possibilité de tourner à 2 ou 3 médecins sur le même lieu comme cela était fait dans l’exemple que tu donnes, et l’absence de pression administrative (qui n’est que peu valable pour moi en tant que remplaçante, mais que j’imagine aisément...).
    J’ajouterai suite aux commentaires précédents qu’ici faire de la médecine "rapide" est illusoire. Dans mes pires journées j’ai eu 24 patients. Sauf que sur 24 il y a 3 ou 4 visites à domicile avec bcp de kilométrage, et qu’on ne peut pas expédier les consults avec des patients âgés polypathologiques. Je n’imagine pas une autre façon de faire en salariat, le travail médical ne changerait pas. Ce qui changerait ce serait les conditions d’exercice, et c’est bien ça qui permet de tenir sur le long terme, non ?

  • Bonjour Mr Dupagne,
    C’est la première fois que j’écris sur ce forum mais je suis une fidèle lectrice de vos écrits et je vous entends régulièrement chez mon "copain" Mathieu Vidard !
    Ce thème de la désertification médicale me tiens à coeur : je suis jeune médecin généraliste remplaçante depuis 1 an. Je vis et j’ai fait mes études dans une petite ville, je remplace très régulièrement (une semaine sur 3) dans un cabinet à la campagne à 40 min de chez moi et à 50min-1heure du premier laboratoire, du SMUR/SAMU, du premier centre de radio, du premier hôpital de proximité (dans un trou quoi !!). Je pratique donc cette médecine "à l’ancienne" sans secrétaire avec une connexion internet médiocre et les fameux dossiers papiers. Je vois 25 patients par jour dont 7 à 10 visites. J’adore ... même si je déteste ce système de paiement à l’acte et la relation qu’il pollue entre les patients et moi ; vraiment je déteste. Je trouve très intelligent tout ce que tout le monde dit sur ce forum et cela me désespère un peu parce que j’ai l’impression que l’on ne trouvera jamais la solution. Moi je suis (encore) naïve et j’imaginais que l’on pourrait créer un système de médecins salarié de l’état en médecine générale avec des postes avec horaires, et rémunération attractive en laissant les médecins qui le souhaite fonctionner "à l’ancienne". Ainsi les patients sauraient à qui ils s’adressent et la manière dont nous travaillons.
    Ma dernière remarque concerne la déclaration du Conseil de l’Ordre : je crains que cela ne change absolument rien, en tout cas dans certaines régions. Prenons ma région comme exemple : le Limousin. Il y a largement assez de médecin à Limoges par exemple ou à proximité de Limoges, pareil pour Brive en corrèze. Par contre au nord de la Haute-Vienne, au Sud de ce même département, en Creuse, ou encore sur le plateau de Millevaches en Haute-Corrèze il manque sérieusement de médecins généralistes. Les étudiants de l’université de Limoges restent en très grande majorité à Limoges pour leur internat (je parle des futurs médecins généralistes) et s’installent pour la majorité dans leur région d’origine le Limousin. Par contre très peu s’installent à la campagne, ils restent en milieu urbain ou semi-urbain. Le problème n’est pas réglé.

  • Rappel aux élus et autres CNOM + Pr Perrotin : un médecin libéral est un individu qui engage son argent personnel dans son outil de travail. Dès lors comment obliger quelqu’un à s’installer et donc à investir dans un endroit qu’il n’aura pas choisi !? Impensable et liberticide.
    Sauf à créer des cabinets médicaux publics chroniquement déficitaires
    Personnellement, je me suis installé en libéral mais je subis ce statut que je n’ai pas choisi. Je n’ai fait que choisir la médecine générale.
    Je suis personnellement favorable au paiement majoritairement à la capitation pour les MG libéraux, comme en Grande-Bretagne. Cela aura plus d’avantage pour les médecins que pour les patients et la médecine à 2 vitesses qui existe déjà sera renforcée.
    La médecine libérale souffre de ce que ce soit les pires médecins qui gagnent le plus et les syndicats conservateurs majoritaires ont largement contribué à cet état de fait après avoir organisé la pénurie médicale qui ne fait que commencer... Avec la complicité de l’assurance maladie.

  • Docteur Dupagne,

    Vous citez l’initiative du maire de la Ferté Bernard . Entre mars 2011 et aujourd’hui comment l’expérience s’est elle déroulée ? Le Dr David Authié a été recruté comme coordonnateur ( http://www.franceinfo.fr/france-regions-2011-09-08-dans-la-sarthe-des-medecins-de-campagne-payes-par-la-commune-560407-9-13.html ) . J’ai trouvé , en date de décembre 2011 :"Après l’arrivée d’un premier médecin salarié, La Ferté-Bernard doit voir arriver en janvier prochain une deuxième généraliste, spécialisée en gériatrie, puis un troisième médecin en cours d’année 2012." ( pas trouvé de précisions sur le site de la mairie de la Ferté Bernard !?)
    Cordialement

  • Beaucoup de choses ont été écrites sur les mérites des "professions libérales", sur l’opposition entre le productif libéral et l’inefficace salarié. Il a même été écrit qu’un médecin "fera le choix du déconventionnement pour sauver sa famille"

    Je voudrais simplement verser au débat 2 points de vue (ils sont un brin provocateurs mais peut-être un brin réalistes aussi) :

    1 - lorsqu’un un professionnel perçoit l’essentiel de son revenu de la part d’organismes publics (ou grâce à l’existence de ces derniers), j’ai tendance à me l’imaginer un peu plus fonctionnaire que libéral. En l’état actuel, il est vrai que le médecin peut faire varier le montant de son "bulletin de salaire" en augmentant le nombre de ses actes.

    2 - je sais que l’on peut faire dire beaucoup de choses aux chiffres ; y compris que le médecin "libéral" coûte moins cher que le médecin salarié. Mais prend-on en considération la totalité des prescriptions pour apprécier la situation réelle ?

    Je suis conscient que la solution au problème des déserts médicaux reste, pour l’essentiel, à trouver. Le "médecin salarié" est peut-être une fausse bonne idée.

    Celui de l’exercice contraint durant une petite période n’est-il pas, au fond, préférable ? Après tout, le citoyen d’où qu’il soit finance par l’impôt les études des médecins ; pourquoi ne pourrait-il rien recevoir en retour s’il ne réside pas lui-même à proximité ... de la faculté et de l’opéra ?

    Il est certain qu’aussi longtemps que l’on se contentera de raréfier l’offre, cela garantira aux médecins un pouvoir d’exigence en matière de revenus et d’implantation ...

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